‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 6 sur 60 · SES · texte numérisé non relu

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par exemple conclut de la continuelle transformalion de la propriété à l'avènement de la propriété collectiviste. Nous voyons que la propriété se transforme, que même cette transformation, par une réaction qui devait suivre certains excès de propriété individuelle, se fait plutôt dans un sens collectif; mais en résulterat-il nécessairement, comme le croient la plupart des socialistes, que la forme future de la propriété sera certainement et définitivement collective ? L'évolution, au contraire, se fait dans divers sens, elle peut être soit progréssive, soit régressive, progressive et régressive à la fois sans qu’on puisse préciser dans quel sens elle se fera. L'histoire ne nous permettraitclle pas de présumer qu’à une période de réaction en un sens en succède une nouvelle dans un sens opposé, qu'après, par exemple, une marche vers la propriété à forme collective, il se produira un mouvement qui, en sens inverse, tendra à rendre à l'individu les droits qu’on aura pu lui enlever?

L’accord du socialisme avec la théorie de l’évolution devait attirer l’attention de l’individualisme, de là trois’ principales contradictions que cette dernière école a prétendu relever entre la doctrine socialiste et cette théorie :

1° Relalivement à la propriété : la forme collective que le socialisme veut lui donner, serait un retour aux formes primitives, à la barbarie des premiers âges";

1. CF. G. Guyor, La Tyrannie socialiste. Paris, Delagrave, 1893, ch. rer.

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2 En second lieu, il ferait disparaître la liberté individuelle, une des principales conquêtes des temps modernes; |

3° Enfin, souvent le socialisme. est révolutionnaire, ce qui s'oppose certainement au caractère évolutionniste qu’il revendique?.

Nous n’avons pas à entrer ici dans de telles discussions : 1] nous suffira de remarquer que le socialiste prétend à son tour y répondre victorieusement.

Au premier argument, il objecte qu’il n’est nullement certain que la forme de la propriété fut d’abord collecve : c’est une question historique et aucun texte ne permet de l’affirmers.

Très probablement, à l’origine, il y avait assez de terre pour tout le monde comme aujourd’hui dans les pays peu peuplés. — D'autre part, en admettant qu’elle fut collective, il n’y à pas d’assimilation pos-" sible. S'il y a régression, il n’y à que « régression apparente‘ ». « Celle loi de régression apparente, écrit M. Ferri, démontre que le retour des institutions

sociales aux formes et aux caractères primitifs est un

1. Cf. G. GuyoT, Les Principes de 1789 et le socialisme, livre IT, CHAT pa00

9. Cf. P. DESCHANEL, La question sociale. Discours prononcé le 95 juillet 1894, Paris, 1898.

3. Cf. P. GurRAUD, La propriété foncière en Grèce, ch. 1°’, Paris, 1893. ;

4. Cf. DRAMARD, Transformisme et socialisme, concordance des principales revendications du socialisme contemporain avec les corollaires de la théorie de l’évolution. Paris, br., 1882, p.43. FERRI,

op. cit., p. 93.

fait constant », mais que « ce retour à la forme primitive n’est pas cependant une répélilion pure et simple...1».

« L'étude approfondie de l’histoire, dit M. Dramard, nous démontre en effet que tout progrès semble être au premier abord un recul ou plutôt un retour vers les anciennes coutumes; mais ce relour n’est qu’apparent. »

Enfin il paraît certain que la conception de la propriété des premiers hommes et celle des collectivistes diffère profondément : la première semble naturelle, tandis que cette dernière est une association de propriété, de droits de propriété en vue d’une exploitation ralionnelle qui, dans l’idée de ces partisans, devrait assurer ainsi un rendement plus considérable et permettre une réparütion plus équitable des produits.

Sur le second point, la tâche du socialisme semble plus difficile ; mais 1] faut noter qu’une des prétentions du socialisme est de concilier la liberté avec l’autorité, c’est-à-dire les droits de l'individu et de l’État?.

Enfin sur le dernier argument invoqué par lindividualisme, les écoles socialistes ne partagent pas toutes les mêmes vues. Pour certaines la contradiction reste flagrante (celles-ci se rapprochant de la théorie anar-

1. FERRI, 0p. cit, p. 100. Cf. également, en ce sens, DEMOOR, MASSART, VANDEWELDE, op. ci, particulièrement pp. 193, 196 et 231 : « L'évolution régressive ne s'opère pas dans un ordre déterminé et ne constitue nullement un retour vers l’état primitif. »

2. CE. FERRI, op. cit., p. 101, L'évolution sociale et la liberté indi-

viduelle. Cf. Georges RENARD, Le régime socialiste (V. Alcan, 1898, Paris). 1" partie : Principes généraux.

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chiste) ; pour d’autres (et c’est la majorité, croyonsnous), la révolution complète l’évolution, mais ils donnent à ce mot révolution un sens spécial, général, « la période critique et décisive, plus ou moins prolongée, d’une évolution arrivée à son terme », ce qui la distinguerait de la révolte « violence partiellement collective » ou de’la violence individuelle qu’ils répudient également. Le processus de l’évolution serait nécessairement suivi de crises, de révolutions qui en seraient la réalisation ; il se passerait ainsi quelque chose d’analogue à ce qui se passe lorsque le poussin, après avoir évolué dans l’œuf, est obligé pour en sortir de briser sa coquille à coup de bec.

K. Marx, Engels et les collectivistes entendent ainsipar évolution quelque chose de particulier qui se complèterait par la révolution, par la violence même, « cette accoucheuse de société nouvelle ». Le changement serait bien la loi des sociétés humaines : « L’his-

loire tout entière n’est qu’une transformation continue

T. FERRI, op. cil, p. 128. — En ce sens, DEVILLE, Principe, socialistes. Paris, 1898, 2° édit., p. 73, IX. Socialisme, révolution, internationalisme. « Évolutiou et révolution ne se contredisen pas, au contraire : quand elles se produisent toutes les deux, elles se succèdent en se complétant, la deuxième est la conclusion de la première, la révolution n’est que la crise caractéristique qui termine une période évolutive.» Cf., également en ce sens: Élisée RECLUS, L'Évolution. la Révolution et l’Idéal anarchique, p. 15. Paris, Stock, 18. « L'évolution et la révolution sont les deux actes successifs d'an même phénomène, l’évolution précédant la révolution et celle-ci précédant une évolution nouvelle, mère de révolutions futures ; évolution et révolution, deux stades successifs d’un même

phénomène, »

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de la nature humaine » dit Marx'. Mais, étant donné certains principes économiques ou politiques régissant la vie des sociétés, il serait possible de prévoir dans quel sens se fera l’évolution économique ou politique de la société. Une évolution fatale de ces principes nous conduirait à Certaines conséquences que Vhistoire nous permettrait ainsi de prévoir.

Cette évolution fatale serait-elle de même ordre que l’évolution biologique ? Il est évident qu'il ne peut y avoir identité, il y a simplement analogie, mais analogie qui varie suivant le degré de déterminisme des écoles socialistes. Toutefois, les marxistes eux-mêmes tendent à reconnaître à l’intelligence, à la volonté de l’homme, une certaine part dans l’évolution sociale, part nulle dans l’évolution biologique essentiellement

matérielle ?.

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