XII. — UNE VALLÉE DANS L'ISÈRE
Dans le courant de 1852, Dauhigny entreprit un nouveau voyage en Dauphiné, en compagnie de Corot, avec qui il s'était lié d'amitié. Il délaissa cette fois les montagnes de la Romanche pour explorer les paysages moins tourmentés du nord de l'Isère, qu'il avait découverts lors d'une excursion en 1849. « Crémieu, écrivait-il à cette époque, est un pays magnifique. C'est d'un sauvage étonnant. Ça rappelle le Guaspre Poussin et Salvator. Il y en a du reste pour tous les
goûts, tant c'est varié de caractère Je suis
bien fâché de n'être pas venu de suite dans ce pays où tous les beaux endroits sont à dix minutes de chemin de mon auberge ». Après un séjour à Crémieu, Dauhigny laissa son compagnon de route et vint s'installer seul à Optevoz. u Je pars demain pour Optevoz, chez M. Ciroux, aubergiste, département de l'Isère, où j'ai commencé des études Je suis dans un pays très
beau, bien supérieur à Crémieu. Ce sont des marécages et des fonds magnifiques. Si le père Corot n'avait pas eu l'idée fixe de revenir à Crémieu, je serais peut-être resté à Genève, car les bords du lac m'ont paru superbes. Au reste, il n'en faut pas tant et quand je vais
avoir fini quelques études, je reviendrai probablement finir la saison près Paris ou en Bourgogne où je voudrais faire des vendanges ».
Le beau dessin à la mine de plomb, reproduit ici, a été donné par M. Frédéric Henriet au Musée de Château-Thierry. Il est plus que probable que c'est une étude faite au cours de ce voyage. On reconnaît les terrasses arides et les rivières basses du Dauphiné.
Comme le Morvan, toute cette nature aux grandes lignes froides ne parvenait pas d'ailleurs à satisfaire complètement Daubigny. Il s'y sentait trop étranger, obligé de n'en saisir que l'enveloppe superficielle, n Je fais quelques dessins car je ne retournerai pas de sitôt dans ces pays qui sont d'un caractère tout opposé à ce que nous voyons tous les jours; ou alors il faudrait y vivre ». Il y trouvait quelque chose d'un peu solennel, une immobilité trop rigide qui s'accordait mal avec ' l'intimité qu'il cherchait. (( Voulant faire le plus possible la vie active de la campagne, le type du pays de Crémieu se refuse à cela ; on sent partout le besoin de la présence du berger Tiresix (sic) et de la belle Galatée. Un tas de fumier vous gène. Je comprends la préoccupation des Lyonnais peintres à professer le genre classique des Beaux-Arts. Ils y sont forcés par le pays. Seulement les malheureux devraient au moins copier juste. Mais ils font une rengaine détestable ». (Lettres inédites communiquées par M. Geoffroy-Dechaume).
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DAUBICNY ===^^==^^==== 41