XIII. — LE MARAIS D'OPTE VOZ
De ce dessin au caractère noble et puissant, il faut rapprocher les toiles que Daubigny exposa au Salon de 1853, LE Vallon d'Optevoz et L'ÉTANG DE GVLiEU. Elles y remportèrent un succès considérable qui valut au peintre la première médaille. La critique fut unanime à signaler l'étrange impression de solitude qui se dégageait de ces paysages dénudés, d'un réalisme si profond. « Ne vous est-il pas arrivé, dans vos explorations de touristes, — écrivait Clément de Ris dans l'Artiste , — de voir tout à coup s'ouvrir, sous vos pas, dans un pli de terrain, un petit vallon calme, reposé, plein de formes élégantes et tranquilles, de couleurs discrètes et harmonieuses, d'ombres et de clartés adoucies, bordé par des coteaux aux croupes amènes et fuyantes, et dont aucun pas ne semblait avoir troublé le poétique silence ? Un étang, placé là
comme un miroir, en réfléchissait l'image, et portait sur les bords de sa coupe des gerbes de roseaux, de pas-d'âne, de flèches et de fraisiers d'eau, les fleurs blanches et jaunes du nénuphar, au milieu desquelles fourmillait un monde bourdonnant d'insectes et de moucherons. A votre approche, quelque cigogne, occupée à lustrer son plumage, s'envolait en faisant claquer son bec; la bécassine filait en poussant son petit cri ; puis tout retombait dans le silence, et le vallon, vous accueillant comme un hôte, reprenait sous vos yeux son mystérieux travail. C'est en effet, ces couleurs et ces harmonies qu'à rendus M. Daubigny dans l'Étang de Cylieu. La limpidité des eaux, la clarté et la finesse du ciel, la fraîcheur de l'air sont intraduisibles. Ce tableau s'aspire autant qu'il se regarde, et il s'en échappe je ne sais quel arôme de feuille mouillée qui finit par vous enivrer.»
C'est la même inspiration qui anime la toile que nous reproduisons, un Marais d'Optevoz qui date de 1852. Il appartient à la collection Sarlin et figura à la Centennale de l'Exposition de 1900.
LU
DAUBICNY 43