XIV. — LES CERFS SOUS BOIS
En 1853, l'Empereur Napoléon ayant décidé de faire graver un certain nombre de tableaux du Louvre, le directeur général des Musées chargea Daubigny de reproduire le Buisson de Ruisdael. i< 11 a rendu le chef-d'œuvre du maître de Harlem, — dit M. F. Henriet, — non point en habile croiseur de tailles, mais en peintre qui interprète un autre peintre, et qui va droit au sentiment du modèle. Il est arrivé à la puissance d'effet de l'original et il en a exprimé en même temps l'austère mélancolie. »
Cette planche a, dans l'ceuvre gravé de Daubigny, une importance exceptionnelle ; elle semble marquer une transformation véritable, comme une manière nouvelle, et les termes qu'emploiera M. Frédéric Henriet, quand il parle à propos du Buisson de ces u hardiesses de morsure ». de cette (I franchise u et de cette «vigueur» précisent
bien la portée de ce rajeunissement. C'est à la fois l'expression du sentiment le plus profond et la recherche de l'effet le plus apparent qui vont se retrouver nettement dans les eaux-fortes de cette époque.
Le succès du Buisson décida le gouvernement à demander à Daubigny de reproduire également LE Coup de Soleil de Ruisdael. Commandée en 1855, la planche fut livrée en 1860 à la chalcographie du Louvre.
Les principales pièces de cette seconde série d'eaux-fortes furent réunies par Daubigny en un cahier qui parut en 1853. Plus mince que celui publié en 1851, il ne contenait que huit compositions : LE Bac de Bezons, les Cerfs sous Bois, LES Vaches au Marais, le Marais aux Cigognes, l'Ondée, la Place de Villerville, le Guet du Chien, le Chant du Coq.
Les Cerfs sous Bois que nous reproduisons sont une des planches les plus gracieuses et les plus libres du recueil. Un cerf et une biche suivent au galop la lisière d'une futaie de peupliers qui se dresse autour d'un marécage ; les troncs presque sans feuilles s'élancent minces et souples, formant sur le grand ciel bas de la clairière un entrecroisement harmonieux. Le mouvement des lignes de ce sous-bois, les jeux de lumière dans les branches et les eaux dormantes montrent bien cette recherche de l'effet saisissant que Daubigny poursuit de plus en plus.