XV. — L'ONDÉE
Une puissance plus grande encore de l'effet se retrouve dans l'Ondée : la composition est ici plus large, la couleur plus forte. Au premier plan, une berge qui s'incline vers des eaux marécageuses et que descend un troupeau de moutons rassemblés par des chiens pour fuir une bourrasque soudaine; sur le fond, un ciel étrange, tout chargé d'épais nuages que quelques rayons de soleil viennent illuminer ; sur ce foyer éclatant qui se découpe au centre, la silhouette du berger se dessine comme une ombre.
C'est avec une ampleur semblable que sont traitées la plupart des planches du recueil de 1853. Dans LES Vaches au Marais, le paysage, avec ses lignes souples et ses grandes masses, évoque, dit M. K. Henriet dans son catalogue, « le goût de dessin de Claude Lorrain ». Le Marais aux Cigognes, par la simplicité et la grandeur un
peu austère du décor, rappelle les toiles rapportées d'Optevoz à la même époque : dans un marais abrité par un groupe d'arbres, des cigognes s'ébattent tandis qu'un vol d'oiseaux raye le ciel; dans le fond, une percée laisse apercevoir l'horizon lointain.
En même temps que s'élargit ainsi la composition, le procédé technique se transforme; Daubigny simplifie ses moyens. Le « faire précieux et surchagé », suivant les expressions de M. Henriet, les « tons à la roulette et les ciels à la mécanique » des toutes premières eaux-fortes, la recherche minutieuse du détail qui se rencontre souvent dans les œuvres de 1851, disparaissent ici. » « Dans les planches de la seconde série, l'artiste va plus vite au but ; il se contente d'un trait large, ferme, expressif, et préfère l'accent à la finesse ; il a plus de maîtrise mais moins de naïveté. Si lâchée que soit cependant son exécution, la ligne a toujours dit caractère ; sous ce travail expéditif, on sent une science réelle vaillamment acquise. Là où un imitateur fourvoyé ferait vide et creux, Daubigny jette des indications de tableaux d'une grande tournure, comme l'Ondée. » (F. Henriet).
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