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DAUBÎCNY — — - 51
XV ni. — LE PRINTEMPS
Le Printemps tait avec la Grande vallée d'Optevoz un contraste curieux. Le rapprochement de ces deux toiles ne fut pas une des moindres raisons du succès éclatant de Daubigny. Il rendait sensible la variété singulière de son talent, cette souplesse, assez rare chez les paysagistes, qui lui permettait de passer aisément des sites les plus graves aux coins les plus riants et d'exprimer, avec un sentiment aussi puissant, la mélancolie ou la gaîté. Après le silence recueilli, la clarté grise de la Grande Vallée, l'atmosphère du Printemps semble légère et parfumée. « On respire près de ce tableau. » (M. Du Camp).
(( Le Printemps est lumineux de promesses, de fécondité et d'espérances — dit la notice que nous avons déjà citée. Les arbres secouent aux tièdes caresses d'une brise parfumée la neige de fleurs qui les couvre; les blés verts poussent leurs tiges pressées dans les sillons fumeux; une paysanne, montée sur un âne, se rend au marché, joyeuse comme le spectacle dont elle est le centre, et calcule sans doute les profits de la moisson qui
va venir. Ce tableau suffirait à M. Daubigny pour le faire mettre au rang des maîtres, s'il ne l'était depuis longtemps. »
« Du fond du tableau, par un sentier qui s'ouvre au milieu des blés verts — écrivait Castagnary — s'avance une jeune paysanne montée sur un âne. A gauche, parallèle à ce sentier, s'allongent une ligne de pommiers en fleurs, et, par derrière, un massif de peupliers dont les profondeurs sont tout humides de fraîcheur et d'ombre. A droite, une longue rangée de pommiers courts et trapus viennent de l'horizon vers le premier plan en décrivant une courbe. Entre ces arbres, de beaux champs de blés en pleine croissance, traversés par le sentier dont j'ai parlé. Sur le devant, des herbes et des fleurs. Rien dans tout cela qui ne soit jeune, original et charmant : c'est l'idylle du renouveau dans toute sa verdeur et toute sa grâce. »
Edmond About se montrait avant tout frappé de ce réalisme profond devant lequel l'artiste disparait et s'efface : « C'est un chef-d'œuvre de peinture impersonnelle. La main de l'homme ne s'y montre pas. L'œuvre de M. Daubigny est comme le sourire du printemps vu à travers une fenêtre. Cet art sans parti pris, sans artifice apparent nous transporte tout uniment au milieu des prés et des arbres. Cette gamme de couleurs heureuses ne semble pas cherchée sur une palette, mais fournie par le soleil lui-même. »
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