XIX. — SOLEIL COUCHE
« Sur un plateau, par un chemin creux, rayé de profondes ornières et bordé d'une double rangée de pommiers durs et noueux, arrive un troupeau qui revient des champs. Le soleil n'est plus à l'horizon qu'une mince ligne rougie. Une meule de paille dessine sa noire silhouette sur le ciel. Des chardons sauvages et d'autres plantes communes croissent au rebord du chemin. Le bétail, fatigué du jour, s'avance tumultueusement, baissant la tête et ayant hâte de rentrer au parc où l'attendent le repos et le sommeil. » (Castagnary).
Avec le Soleil couché, nouveau contraste. L'ampleur des lignes, la simplicité du dessin rappellent l'harmonie de la Grande Vallée, mais tout se subordonne ici évidemment à l'effet de lumière. « Un peu plus de dessin, — écrivait Edmond About, — et nous aurions là le chefd'œuvre le plus complet du paysage réaliste. La suavité des tons est exquise, leur convenance entre eux, admirable. Le terrain, le ciel et les arbres composent une mélodie en trois notes, damais les derniers feux du jour n'ont décoché dans le feuillage des flèches plus dorées; jamais la terre remuée par la charrue n'a paru plus savoureuse et plus friande. La sainte unité, sans laquelle il n'est point de perfection dans les arts, relie et consacre tous les mérites de ce tableau. C'est un
vrai bloc sorti en une coulée de l'esprit du maître. Lorsqu'on a repu ses yeux de cette excellente peinture, on est captivé par un charme si puissant qu'il faut aller voir Poussin pour se réconcilier avec les belles silhouettes et les grandes tournures du paysage. »
A défaut du tableau, dont le sort actuel nous est inconnu, nous reproduisons la gravure à l'eau- forte de J. Veyrassat, publiée par le journal L'Artiste, en 1858.
Cette unanimité de la critique faisait soudain de Daubigny un des peintres les plus en vue. Il avait quarante ans à cette époque et semblait atteindre cette célébrité sans heurt, sans lutte, comme après un développement normal. « M. Daubigny, constatait-on dès ce moment, s'est élevé au degré de réputation où il a monté, comme ces tranquilles vapeurs qui s'éloignent de la surface des eaux à mesure que la chaleur du jour augmente. Pas un trouble, pas un froissement peut-être, dans cette destinée artistique ; humble et obscur, il l'a été, il le serait resté sans dépit s'il en eut dû être ainsi. La placidité de sa nature, qui se reflétait dans ses oeuvres, lui conciliait un nombre sans cesse grossissant de sympathies : il a été porté haut, plus haut, plus haut encore. Qu'a-t-il fait pour son succès ? Rien que de se laisser être heureux et de le peindre. » (H. Duvivier).
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DAUBICNY - 55