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XX. — LE PRÉ DES GRAVES A VILLERVILLE

Le même accueil favorable fut réservé aux envois de Daubigny en 1859, Le Pré des Graves a

VILLERVILLE, le SOLEIL COUCHANT, les BORDS DE

L'Oise, le Lever de Lune. Ce salon fut pour lui comme une consécration définitive. « M. Daubigny , — pouvait écrire Théophile Gautier, — nous paraît aujourd'hui le premier des paysagistes objectifs. » (( Son exécution est large et sûre d'elle-même; on le sent maître de sa palette, maître de ses effets, maître enfin dans son art. » (L. Jourdan). La croix de chevalier de la légion d'honneur vint donner à cette renommée une sorte de consécration officielle. LE Pré des Graves de 1859 est la première toile importante de la série des paysages normands, où Daubigny s'est efforcé de rendre toute la puissance des souffles marins. Après le recueillement des étangs dauphinois ou le calme des eaux transparentes de la Seine, c'est une note nouvelle dans son œuvre, u Nous sommes sur une des côtes de la Normandie, — dit Castagnary dans l'analyse judicieuse qu'il fait du tableau. Le terrain, que la végétation commence à abandonner, descend à plis fuyants vers la mer. de gauche à droite, se dénudant à mesure qu'il en approche. Un pan de bois occupe l'angle à gauche. A droite est le rivage et un bout d'océan, presque rien, deux pouces d'eau salée, mais assez pour en laisser deviner la

puissance et l'infini... Au milieu du tableau est un bosquet d'arbres qui, perpétuellement fouetté par le vent d'ouest et rongé par lui, se déverse du côté de terre. Un grand frisson de vent parcourt l'étendue de la toile. Les bœufs et les chevaux, tournant presque tous le dos au souffle de la mer et allongeant leurs échines parallèles, s'abritent sous les trois arbres du centre ou s'éparpillent à l'entour.

<( Les arbres, surtout ceux de gauche, manquent

à mon avis de consistance Mais les terrains avec

leurs gazons et leurs plantes sont merveilleusement établis, d'une telle puissance et d'une telle vérité locale, que je ne sache pas en notre temps un artiste capable d'en faire de semblables. L'ordonnance générale est très belle ; il y a là-dedans, la vie, la largeur et la solidité d'un Ruysdael. »

Cette facture plus large et plus libre parut en réalité un peu déconcertante après les œuvres de 1857. Quelques-uns se plaignirent de « cette exécution lâchée, ces arbres incorrects..., ces terrains lourds et maladroits » (B. de Lépinois) et n'aperçurent qu' Il un contre-sens bizarre » dans le contraste entre les animaux immobiles et le bouquet d'arbres qui « se tord sous les caresses un peu brutales du vent de mer» (E. Chesneau).

Ces réserves se perdaient d'ailleurs dans le concert général d'éloges. « Que cette verdure est drue, intense, saturée de sève et de suc salins ! s'écriait Paul de Saint-Victor. On partagerait presque l'appétit des vaches superbes qui la broutent si voluptueusement 1 »

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