‹ DaubignyChapitre 2 sur 50 · IL — TIVOLI · texte numérisé non relu

IL — TIVOLI

C'est d'un voyage qu'il fit en Italie, en 1836, en compagnie d'un jeune peintre, Mignan, que Daubigny rapporta ses premières œuvres: quelques dessins et quelques eaux-fortes. Il avait alors dix-neuf ans. Depuis plusieurs années déjà, il était tourmenté du désir de voir l'Italie. Lentement, les deux jeunes gens épargnèrent, sur le produit de leur travail, la somme qu'ils jugeaient nécessaire. « Ils pratiquèrent, raconte M. F'. Henriet, une cavité dans la muraille de leur mansarde, maçonnèrent solidement l'orifice en y ménageant une discrète ouverture, et ce fut dans cette caisse de sûreté d'un nouveau genre que les deux amis jetaient chaque soir les menues pièces échappées aux besoins de la journée. » Pour augmenter ses ressources, Daubigny travailla sans relâche, peignant des panneaux décoratifs d'appartements ou des ornements pour les salles du Musée de Versailles. Lorsque leurs économies semblèrent suffisantes. Daubigny et Mignan se mirent en route. Ils gagnèrent Gènes, Livourne, Florence, Rome, Naples, découvrant avec enthousiasme ces terres classiques. « Les conversations, écrivait Mignan à son père, sont toujours sur la peinture, sur les antiquités et l'histoire ancienne : on ne peut pas parler d'autre chose. » (Lettre inédite, communiquée par M. Mignan). Ils se fixèrent pour quelque temps aux environs de

Tivoli, à Subiaco, sur les bords du Teverene. « Nous espérons rester six mois à étudier, en ne gardant pour revenir que trois cents francs, écrivait Daubigny à son ami Trimolet, le 17 avril 1836. Comme nous avons vu un beau pays I Que de belles et grandes montagnes ! Ce sont les Apennins ; ils ont encore de la neige sur leurs sommets, mais dans le bas, quelle verdure et quel contraste f Cependant, je crois la végétation en arrière dans ces montagnes à cause de leur hauteur, car les vallées sont encore à une hauteur énorme de l'horizon, puisque la rivière l'Anio, qui passe au milieu en faisant plusieurs cascades, finit par se précipiter à Tivoli de la hauteur de quatre cents pieds. Comme les bords de cette rivière sont frais, tous les arbres y sont verts, et quel bruit f L'eau se brise sur les pierres, saute, jaillit et roule avec rapidité jusqu'à Tivoli. Mais lorsque vous quittez ces bords et montez au monastère de l'ordre de Saint- Benoît, vous n'entendez plus rien et voyez ces grands plans de montagnes et de gorges se dérouler devant vous. » (Lettre inédite, communiquée par M. H. Mignan).

Quelques croquis d'album, très sages, très précis, encore un peu timides, de la collection H. Mignan, comptent parmi les rares souvenirs de ce voyage. Le dessin de Tivoli ci-contre, qui appartient à cette série, nous montre le jeune peintre devant un paysage grandiose, plus soucieux de noter ce qu'il voit que de nous étonner par un savoir-faire imité des maîtres.

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m. — SAINT-JÉROME

A son retour d'Italie, Daubigny prépara son premier envoi au Salon. Il y figura en 1838 avec une Vue de Notre-Dame de Paris et de l'Ile Saint- Louis, montrant ainsi, dès son début, sa prédilection pour les sites familiers du pays natal.

Daubigny avait formé avec quelques jeunes artistes une sorte d'association. Chaque année, l'un d'entre eux exécutait, aux frais de la communauté, un tableau pour le Salon. En 1839, vint le tour de Daubigny.

Il partit pour les montagnes du Dauphiné, qui lui avaient fait, lors de son voyage en Italie, une forte impression, et se fixa au bord de la Durance, au bourg d'Oisans. Tout de suite les sympathies vont à lui : c'est le père Gérard, supérieur du séminaire, qui lui abandonne une chambre vacante de la communauté ; c'est un ingénieur des ponts-etchaussées qui, aubaine inespérée, paie magnifiquement 150 francs une de ses toiles, u Je trouve ce pays très beau, écrivait l'artiste à ses amis, surtout à cause de la sacrée couleur de ces terrains primitifs. Il semble voir les restes d'un creuset, car ces rochers sont remplis de mine de cuivre, de plomb, de fer et une foule d'autres ; il y a même en face ma fenêtre une mine d'or. » (Lettre inédite, communiquée par M. Geoffroy-Dechaume.)

Daubigny va et vient, souvent pris de scrupules tant il est désireux de justifier la confiance de ses amis. <( C'est bien difficile de trouver son paysage tout fait allant au sujet que l'on veut traiter. On

est toujours forcé de 7e composer. Où je suis, j'ai même trop de matériaux pour cela, mais il me in an que des terrains de premiers plans : il y a trop de différence de la montagne à la plaine... Je ne devais pas vous faire un mystère longtemps de mon sujet, écrit-il quelques jours après, j'attendais que j'y sois bien déterminé et ayant trouvé mon affaire dans la combe de Malaval, je vais commencer. »

Quand il est dans <i l'atelier » une sorte de timidité l'arrête sans cesse... «Encore un peu de temps et je vais en étaler de cette couleur sur ma grande toile. Elle est si belle que j'ai peur de la tacher î »

Mais il n'a qu'à consulter la nature pour reprendre courage, et de ce double travail en plein air et dans la chambre du séminaire le tableau finit par sortir.

Vers la fin de 1839, Daubigny revint à Paris. Son œuvre fut exposée au Salon de l'année suivante. Dans une composition de style tout classique, il avait représenté saint Jérôme en prières. Les grandes lignes sèches du paysage, la pose figée du saint conservaient encore une raideur exagérée ; mais on y sent un effort réel pour exprimer son observation directe, pour rendre, dans toute son étrangeté, un décor qui l'avait frappé. «La gorge devient plus étroite — écrivait-il encore à Geoffroy- Dechaume — on passe sous une voûte qui a bien

deux cents pieds de long On voit dans le milieu

de cette gorge des blocs énormes qui sont tombés au milieu de la Romanche et qui en gênent le cours; elle fait un bruit terrible en passant à travers toutes les crevasses de ces rochers. »

Nous reproduisons l'eau-forte que Daubigny fit lui-même d'après son tableau et qui fut publiée en 1840 par le journal l'Artiste. (F. H., n^ W).

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