DU NID DE L'AIGLE
C'est dans une rue tranquille du quartier Popincourt, la rue des Amandiers, que Dauhigny et ses amis, le dessinateur Steinheil, le sculpteur Geoffroy- Dechaume, le peintre Trimolet, avaient établi leur «phalanstère artistique». Ils y tentaient un curieux essai de vie commune. Ils formaient de leurs gains une masse unique et chacun y puisait suivant ses besoins. Mais il fallait, pour qu'une telle association pût durer sans froissements et sans heurts, une amitié franche et robuste, un désintéressement mutuel assez rares. Rien ne paraît avoir troublé l'harmonie du phalanstère et la communauté dura plusieurs années.
Daubigny ne s'était pas encore dégagé de la manière académique et conventionnelle qui se marquait dans son Saint-Jérôme. L'Italie, rapidement entrevue en 1836, l'attirait toujours. Il songeait à quelque nouveau voyage qui lui permettrait une étude plus attentive. Ce dessein lui donna l'idée de concourir pour le prix de Rome. La perspective d'un séjour, sans souci matériel, à la villa Médicis lui souriait. Pour se préparer à l'épreuve, il entra, six mois auparavant, dans l'atelier de Paul Delaroche. M. F. Henriet a raconté par quelle distraction Daubigny, classé troisième au concours préliminaire d'esquisse, oublia de se présenter au jour fixé pour recevoir le sujet définitif.
24 zzz^^ -^= L'ART DE NOTRE TEMPS
Il fallait attendre quatre ans le retour du prix de paysage. Il abandonna son projet.
C'est à ce moment, semhle-t-il, que Daubigny se libéra complètement des liens qui le rattachaient aux traditions classiques du paysage. Dans la nature accueillante des environs de Paris, auprès de la chaumière de la mère Bazot, sa nourrice, dans les herbages humides de Valmondois, qui lui rappelaient sa première enfance, il prit nettement conscience de la nécessité d'une étude directe et réaliste. Ce furent des années d'effort et de recherches patientes. « Quand il avait bravement accompli le labeur de la semaine, dit M. Henriet, il s'échappait alors avec des émotions d'écolier... Que de fois ils partirent à pied, la nuit, Ceoffroy- Dechaume et lui, pour pouvoir dessiner tout le jour dans les herbes odorantes, sous les pommiers où s'enlacent les vignes ï » On peut juger de la transformation qui s'est accomplie chez lui, depuis l'époque où il parlait de composer un paysage pour encadrer son Saint-Jérôme, par la Vue prise aux ENVIRONS DE Choisy-le-Roy, exposée en 1843, et surtout par LE Carrefour du nid de l'Aigle dans LA FORÊT DE FONTAINEBLEAU du Salon de 1844. Cette dernière ceuvre contient encore bien des réminiscences , mais la composition est exécutée déjà d'une manière plus souple et plus vivante. Le journal l'Artiste en publia en 1844 une reproduction à l'eau-forte, de la main même de Daubigny, que nous donnons ici. (F. H.. n° 43).
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