XXI. — SOLEIL COUCHANT
La première idée du tableau exposé, ainsi que les précédents, au Salon de 1859, se retrouve dans une des eaux -fortes de la série de 1851, L'ANE A l'Abreuvoir. La collection Moreau - Nélaton en possède un beau croquis à la sanguine.
Cette œuvre fut moins discutée que le Pré des Graves. Certains s'offusquèrent bien de cet âne audacieusement campé au premier plan et troublant de sa présence la majesté du paysage ; << Pourquoi mettre ce bonnet d'âne au soleil couchant? » écrivait Paul de Saint-Victor. Mais la plupart des critiques admirèrent au contraire cette simplicité sans emphase et voulurent voir dans ce tableau l'œuvre la plus caractéristique qu'eût encore fourni Daubigny, celle qui permettait le mieux d'analyser sa manière et son talent. Ils en marquèrent d'abord le réalisme sincère et familier. « Daubigny, — écrivait Théophile Gautier, — peint avec une naïveté charmante l'aspect choisi, laissant le spectateur libre de son impression ; ses tableaux sont des morceaux de nature coupés et entourés d'un cadre d'or. La seule chose qui soit à lui, c'est une certaine mollesse d'exécution qui donne au paysage un air vague, harmonieux et tendre. » Cette mollesse particulière à la touche de Daubigny frappe tous les critiques dans le SOLEIL COUCHANT. « Il ferme les yeux à moitié, — disait Louis Auvray, — pour regarder et voir la nature
comme à travers un voile léger. » Il semble qu'il y Bit là comme un parti pris de simplification qui fait le fond de l'art de Daubigny et que l'influence de Corot développera de plus en plus. Mais ce souci croissant de sacrifier le détail à l'impression d'ensemble risque aussi de dégénérer en un procédé factice et superficiel. On ne manqua pas, dès 1859, d'apercevoir cet écueil. « La peinture de M. Daubigny, — écrivait M. Du Camp, — correspond trop à ce que dans les lettres on appelle la littérature du sentiment... Il hésite à accuser sa forme et, à force de vouloir être naïf, il arrive souvent à n'être qu'incorrect. » D'oii ce reproche d'ébauche qui suivra Daubigny jusqu'à la fin. A la suite de ces discussions soulevées par les cBuvres exposées en 1859, Baudelaire résumait la controverse en ces termes : « Ses paysages ont une grâce et une fraîcheur qui fascinent tout d'abord. Us transmettent tout de suite à l'âme du spectateur le sentiment originel dont ils sont pénétrés. Mais on dirait que cette qualité n'est obtenue par M. Daubigny qu'aux dépens du fini et de la perfection dans le détail. Mainte peinture de lui, spirituelle d'ailleurs et charmante, manque de solidité. Elle a la grâce, mais aussi la mollesse et l'inconsistance d'une improvisation. Avant tout, cependant, il faut rendre à M. Daubigny cette justice que ses oeuvres sont généralement poétiques, et je les préfère, avec leurs défauts, à beaucoup d'autres plus parfaites, mais privées de la qualité qui les distingue. »
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DAUBICNY ^=^=========================== 59