‹ DaubignyChapitre 24 sur 50 · XXIV. — LE BATE AU- ATELIER · texte numérisé non relu

XXIV. — LE BATE AU- ATELIER

Ces voyages ne tardèrent pas à prendre une place importante dans la vie de travail de Daubigny. Il se plaisait à ces expéditions originales qui lui permettaient de saisir son modèle pour ainsi dire sans apprêt et dans sa vivante mobilité. Le Botin parcourut ainsi lentement toutes les rives de l'Oise, «tantôt à la rame, tantôt remorqué au halage par un cheval, rasant les bords, faisant plier sous son avant les longues tiges des flèches d'eau.» (Ch. Yriarte).

Vers 1860, en écrivant à Ceoffroy-Dechaume, au cours d'une de ces expéditions, Dauhigny illustra sa lettre de quelques croquis plaisants. Les croquis furent sans doute goûtés car ils ont reparu, revus et augmentés, dans une petite suite d'eaux-fortes, souvenir pittoresque de ce nouveau mode d'excursion. (< Pendant les longues soirées d'hiver — raconte M. Frédéric Henriet - // narrait, le

crayon à la main, les incidents et les souvenirs du voyage. C'est ainsi qu'est née la plaisante et familière odyssée du Botin que Cadart a publiée sous le titre Voyage en Bateau. C'est une série de croquis sans prétention, effleurés d'une pointe rapide et sommaire, et traités avec la liberté qui convient à des badinages. Nous y voyons Daubigny et son fils, tantôt faisant force de rames pour éviter les vapeurs, ou dévorant à belles dents sur le pont du bâtiment, pendant qu'auprès d'eux la bouilloire à café fume et parfume. Puis les voici dormant à fond de cale, ou se guidant la nuit à la lueur d'un falot à la recherche d'un lit plus confortable, ou bien encore travaillant dans la cabane du Botin, dans ce bizarre atelier où les toiles et les panneaux se mêlent aux matelas et aux casseroles!»

Cette planche du bateau-atelier, que nous reproduisons, donne peut-être, si sommaire et si fugitive soit-elle, le portrait le plus ressemblant de notre peintre. « Au fond de la cabane du Botin, d'où l'œil embrasse le paysage, Daubigny, à cheval sur un banc, peint la vue du fleuve et de ses rives sur une toile appuyée contre le couvercle de la boîte à couleurs. Les parois de la cabane sont garnies, à gauche, de matelas, de bottes d'oignons, parasol, bouteilles, et, à droite, de gril, casserole, cafetière, harengs-saurs, pipes, cuillers, toiles ébauchées, et un carton avec cette étiquette : Réalisme. » (F. Henriet).

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