XXV. — BORDS DE LA SEINE
Les paisibles bords de l'Oise, les parages d' Anvers et de l'Ile de Vaux ne furent bientôt plus suffisants pour les excursions du Botin. Il fallut étendre le rayon des voyages. Accompagné de son fils Karl, Daubigny ne tarda pas à se risquer sur la Seine, plus vaste et plus variée. Il voulut descendre, avec sa frêle embarcation, la voie sinueuse et verdoyante qui s'ouvrait vers la Normandie.
« Ce fut par un froid matin de novembre 1857, — raconte M. F. Henriet dans les pages où il a décrit la vie du Paysagiste aux champs, — que Daubigny s'aventura pour la première fois à
travers les brumes de la Seine Le capitaine
et son mousse avaient arrimé dans la cale un
modeste mobilier dont le piteux inventaire donnerait le frisson à un sybarite. Mais s'ils avaient fait une maigre part aux exigences du confortable, ils s'étaient, en revanche, abondamment
pourvus de toiles, panneaux, brosses, couleurs, etc., et quelques réjouissants flacons s'étaient glissés à propos avec le matelas et les casseroles, pour réconforter nos marins après les grands périls et les fortes émotions.
(( Ainsi vécurent-ils sur le fleuve, brusquement séparés de la vie sociale, seuls au milieu des silencieuses sérénités de la nature, industrieux et libres, comme les héros populaires de Campe et de Foë, réalisant le rêve longtemps caressé du Chien-Caillou de Champfleury.
« Tous les ans, au retour de la saison fleurie, Daubigny dénoue l'amarre de son bateau et gagne, le cœur joyeux, les parages de Rolleboise ou d'Auvers qui l'attirent par d'irrésistibles attraits. Tous les caprices de la rive, les limpides paysages aux frais horizons, les villages nonchalamment couchés au bord de l'eau ou pittoresquement accrochés au flanc des coteaux, et ces nombreuses îles aux vertes frondes dont la Providence a semé le cours du fleuve, comme pour en tempérer la majesté par de souriants tableaux, posent tour à tour devant l'atelier flottant du peintre et viennent se refléter sur sa toile comme dans un miroir fidèle. »
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DAUBICNY 67