XXVII. — LA PLACE DES LAVEUSES (Suite) LE PAVILLON DE FLORE
Les artistes, plus exigeants, ne partageaient pas l'engouement du public pour les faciles bords de l'Oise. Ils distinguaient soigneusement ces productions trop aimables des œuvres puissantes des Salons. Castagnary déclarait : « Il y a dans Daubigny deux peintres bien distincts. L'un, sévère, vigoureux, méprisant les petits détails et les effets qu'on en tire, allant droit au simple, au large et atteignant la grandeur par la sobriété des moyens... Il en est un autre que la foule comprend plus aisément et aime davantage ; qui a fait dans un ton doux et gris un nombre considérables de Bords de l'Oise, ou bien de petites fermes séduisantes, avec des bouquets d'arbres agréables. Celui-là, nous le laissons aux marchands de la rue Laffitte, n'est-ce-pas. maître ? »
« Demandez à M. Daubigny — écrivait Emile Zola dans son feuilleton de l' Événement de 1866, — quels sont les tableaux qu'il vend le mieux. H vous répondra que ce sont justement ceux qu'il estime le moins. On veut de la réalité adoucie, de la nature propre et lavée avec soin, des horizons fuyants et rêveurs. Mais que le peintre peigne avec vigueur la terre forte, le ciel
profond, les arbres et les flots puissants, et le public trouve cela bien laid et bien grossier. »
Aux commandes des amateurs, étaient venues s'ajouter, pour Daubigny, celles du Gouvernement. L'administration des Beaux-Arts venait de lui confier un important ensemble. Après le succès éclatant du Salon de 1859, on l'avait chargé de décorer la salle d'introduction et l'escalier du Ministère d'État (ministère des finances actuel), que Lefuel achevait de construire. Daubigny exécuta quatre grands panneaux décoratifs. Dans ceux de la salle d'introduction, il représenta des Cerfs et des Hérons au milieu d'un paysage un peu imposant de rivière et de forêt. Il choisit pour l'escalier la vue du Pavillon de Flore, prise de la rive gauche de la Seine, en amont du Pont-Royal, et la perspective du Jardin du Prince impérial, avec le bassin, l'allée des marronniers, et, dans le lointain, la façade du château des Tuileries.
Admirablement conservées, largement éclairées, parfaitement harmonisées avec leur cadre monumental, ces deux dernières toiles mériteraient d'être plus connues.
Avec la belle tenue de leurs architectures (la collaboration de l'ami Mignan, plus expert en perspective, n'y est pas étrangère), avec leur coloration discrète et délicate, elles nous révèlent un aspect en quelque sorte classique du peintre que ses autres œuvres ne laissent pas soupçonner.