XXVIIÏ. — LE JARDIN DU PRINCE IMPÉRIAL
Ce travail fut assez long à exécuter. Il retint Dauhigny pendant tout le cours de 1860. u Si je n'écoutais que mon envie, — écrivait-il au mois d'août à M. Frédéric Henriet, — j'irais de suite vous serrer la main. Dans ce moment je suis pris par ces tableaux du Louvre que j'ai négligés à cause de mon séjour à Auvers, et maintenant M. Lefuel me presse. On doit en poser un dans dix jours, pour accorder avec le ton des décorations environnantes. » (Lettre inédite, communiquée par M. F. Henriet). L'ensemble ne fut terminé qu'en 1863.
Les deux toiles Cerfs et Hérons du Salon d'introduction ont été gravée sur bois par Peulot d'après un dessin de Daubigny et publiées dans Le Monde Illustré de janvier 1864, accompagnées d'une description de Ch. Yriarte. « Ces deux paysages... sont exécutés dans des proportions monumentales, dans les salles du Ministère d'État. Dans l'une, à l'ombre d'ormes majestueux, parmi les mousses et les lances vertes, viennent boire les daims et les cerfs, dont l'ombre se reflète dans l'eau tranquille ; le groupe d'arbres qui est le motif principal du tableau, est d'une silhouette élégante et noble. — L'autre toile,
claire et gaie, d'une composition moins majestueuse, est tout aussi réussie ; ce n'est plus la forêt avec ses arbres centenaires ; c'est un bouquet d'élégants peupliers dont les feuilles tremblent au vent. Une mare, au premier plan, reflète dans ses eaux claires les miroitements de la lumière. » Le Pavillon de Flore et le Jardin du Prince impérial, que nous reproduisons, sont moins connus que les compositions précédentes. (( Moins solennelles que les premières, mais d'une grande liberté d'exécution et d'une remarquable vigueur de ton, elles présentent des lignes fermes qui s'agencent heureusement avec les détails symétriques de l'ornementation de l'escalier. » (F. Henriet). Ch. Yriarte écrit à leur sujet : «On s'est habitué à ne voir en M. Daubigny qu'un artiste épris d'air et de lumière, qu'un peintre robuste que la muse agreste conduit au bord de l'Oise et de la Seine, qui s'assied sur les berges plantées de saules et de liserons, et saisit les aspects charmants de la nature intime. — Si le peintre... auquel on doit LE Printemps... s'est voué à faire passer dans ses ceuvres les impressions que nous ressentons en face des campagnes qui nous sont chères, il peut aussi nous rendre les silhouettes élégantes de la nature historique. Il les dégage de la sécheresse soi-disant antique qui est le cachet de l'école... et se préoccupe de l'air ambiant, de l'enveloppe, des frémissements de la nature, de la palpitation de la vie. »