‹ DaubignyChapitre 29 sur 50 · XXIX. — LE VILLAGE PRES BONNIÈRES · texte numérisé non relu

XXIX. — LE VILLAGE PRES BONNIÈRES

La date de 1861 a dans la carrière de Daubigny une importance particulière. Le peintre, jusque là, s'est imposé sans lutte ; par une croissance régulière, il a atteint, sans éclat prématuré, une incontestable célébrité et son talent a su concilier l'estime des artistes et des amateurs. Ce n'est qu'à partir de ce moment que ses œuvres vont être discutées âprement et qu'à côté du chœur des admirateurs fidèles, le groupe des opposants élèvera la voix. Daubigny ne retrouvera plus l'unanimité des Salons de 1857 et 1859.

Ce changement d'attitude de la critique correspondait à une transformation véritable de la manière de Daubigny. Sur de ses moyens, il s'efforçait de plus en plus d'étendre la valeur et la portée du paysage, d'exprimer, à travers le réalisme des formes, l'impression profonde qui s'en dégage. « Il est dans la nature, — écrit M. Henriet, dont le témoignage est toujours précieux, — des effets, des heures, des impressions qui ne posent pas pour le peintre, et devant lesquels l'artiste qui n'a pas dompté toutes les difficultés de son art sent douloureusement son impuissance. C'est cette suprême évolution qu'il a voulu accomplir.... Ne voulait-il pas, en effet, — continue M. Henriet, — résumer des impressions au lieu de peindre des coins et des morceaux.

substituer aux tons positifs des colorations modifiées et relatives, sacrifier un peu de la vérité littérale pour faire la part plus large à l'interprétation ? »

Ces explications de M. Henriet précisent clairement les intentions de Daubigny vers 1860. Dans cet élargissement du réalisme, on voit poindre les procédés et le système de l'impressionnisme. Il n'est peut-être pas sans intérêt de chercher l'accueil qui lui fut réservé lors de sa première apparition, encore indécise, au Salon de 1861.

La critique en effet ne s'y trompa point; elle discerna dès l'abord le caractère du changement qui s'opérait chez Daubigny et qui se marquait surtout dans la toile sombre du Village près BONNIËRES. « A titre d'impression, c'est un chef-d'œuvre, — écrivait A. de Calonne — ; à titre de paysage, c'est une œuvre incomplète, ou pour parler plus juste, ce n'est pas un paysage... Daubigny, ajoutait-il, n'est ni un savant ni un raffiné ; il voit juste et promptement, il saisit l'effet instantanément et le fait passer sans transition, sans tâtonnement, de son esprit sur la toile. »

L'œuvre a été gravée sur bois par Peu lot (Monde illustré, 26 juillet 1862). Une réplique contemporaine, reproduite ici, a été lithographiée par Vernier, sous le titre Le Village de Glouton ; la toile a passé par les collections Gustave Claudon et Laurent Richard et se trouve aujourd'hui en Amérique.

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