XXX. — LE GRAND PARC A MOUTONS
Le Grand Parc a Moutons, du Salon de 1861, traité avec l'ampleur nouvelle que recherchait Daubigny, parut au premier abord à la fois vide et banal. Maxime Du Camp comparait le peintre à « un chanteur qui ferait des gestes, ouvrirait la bouche, remuerait les yeux en cadence et n'émettrait aucun son ». « M. Daubigny, dont la réputation est assez récente, — écrivait W. Bùrger, — s'est composée une manière par un certain mélange de Corot et de Dupré. Ses tableaux du
Salon sont faibles et sans accent Le Parc
a Moutons rappelle Jacque ou Millet, M. Daubigny manque d'individualité. »
Dans la composition de cette toile, on vit, non sans raison, l'influence de Corot, et l'on releva ce qu'elle pouvait avoir de dangereux si l'on faisait de ses procédés un véritable système. « Nous voyons à regret M. Daubigny suivre la marche qui a perdu M. Corot ; être trop satisfait de lui et se contenter d'ébauches, de pochades où les masses sont à peine et grossièrement indiquées. Sa peinture a toujours été voilée, mais maintenant elle menace de devenir inintelligible. Du reste, M. Daubigny, malgré son entourage de flatteurs, a pu s'apercevoir du peu d'impression qu'ont produit ses tableaux, qui d'ordinaire, attiraient la foule. » (Louis Auvray).
Ce qui inquiéta surtout, dans cet impressionnisme
naissant, ce fut le parti pris marqué de s'en tenir aux grands contours, aux oppositions de masses qui frappent au premier coup d'ceil, de donner ainsi aux œuvres les plus réfléchies un aspect d'ébauches rapides. Théophile Gautier se fit l'écho des craintes qu'inspirait la manière récente de Daubigny : u II est vraiment dommage que ce paysagiste d'un sentiment si vrai, si juste et si naturel, se contente d'une impression et néglige à ce point les détails. Ses tableaux ne sont plus que des ébauches et des ébauches peu avancées. Ce n'est pas le temps qui lui a manqué, car il n'a pas exposé moins de cinq toiles assez importantes. C'est donc à un système qu'on doit attribuer cette manière lâche, que nous croyons dangereuse pour l'avenir du peintre s'il ne l'abandonne au plus vite. Nous n'aimons pas plus qu'un autre le fini minutieux, admiration et joie des Philistins, et nous admettons que l'artiste procède par masses: Nous n'exigeons pas de M. Daubigny les nervures d'une feuille au troisième plan : mais encore faut-il que les arbres s'agrafent au sol par des racines, que leurs branches s'insèrent
à un tronc Les arbres ne sont ni des plumets ni
des fumées. Les terrains, même couverts d'herbe, ont une assiette solide et ne ressemblent pas à de la terre glaise pétrie avec de la laine hachée. »
L'eau-forte magistrale gravée par Daubigny sur le même sujet date de 1860. Mais elle n'a été publiée et exposée que quelques années plus tard. La planche appartient aujourd'hui à la chalcographie du Louvre.
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