‹ DaubignyChapitre 32 sur 50 · XXXII. — LA VENDANGE (Dessin · texte numérisé non relu

XXXII. — LA VENDANGE (Dessin

Les sévérités de la critique en 1861 inquiétèrent peu Daubigny. Sans se laisser condamner aux effets trop faciles des bords de rivières, il achevait une œuvre importante qu'il méditait depuis longtemps. <( J'ai vu à Joigny — écrivait-il à Geoffroy dès 1847 — des attelages de bceufs qui m'ont mis l'eau à la bouche pour ce pays-là... » Aussi cinq ans plus tard, méditait-il d'aller finir ses vacances en Bourgogne pour y faire des vendanges. Le voici à Corbigny, près de réaliser son projet, en 1853, mais le mauvais temps ne lui permet que des études de bceufs dans les écuries, u Je commence à désespérer des vendanges, — ajoutet-il, — car si ça continue, on ne pourra les faire qu'à la fin d'octobre et je serai probablement forcé de revenir sans les avoir vues. » Enfin voici l'œuvre en train en 1860 : « Je vous montrerai du nouveau, — écrivait-il à M. Henriet, — quelques tableaux commencés; entre autres une Vendange qui, je crois, vous ira. » Six mois plus tard, il ajoutait : tt J'ai trois tableaux en train, dont un bon. Je voudrais pouvoir en septembre aller voir les vignes, car je compte sur mes Vendanges pour le Salon prochain. » (Lettres inédites communiquées par M. Henriet).

Une première idée du tableau se retrouve dans un curieux dessin que nous empruntons à la

collection de M. H. Mignan. Plusieurs croquis et eaux-fortes pourraient attester aussi l'intérêt que Daubigny portait à son sujet.

Sa toile ne fut achevée qu'en 1863. Plus hardie encore que les précédentes, elle souleva les plus vives discussions. Bûrger dénonçait brutalement ces « images plates et faibles ». Même parmi les fidèles qui ne s'étaient pas élevés contre la transformation de 1861, quelques-uns regrettaient ces couleurs u tristes et noires » (C. Vignon). « Les tons roux et terreux y dominent par trop et produisent à la longue une sorte de monotonie fâcheuse », écrivait L. Enault. Une page de Louis Auvray résume bien cette sorte de désarroi que soulevait parmi les plus bienveillants les hardiesses d'exécution des Vendanges. « Le système de M. Daubigny est l'effacement ; il voit la nature à travers une gaze, comme on montre parfois au théâtre certains décors du fond de la scène. Dans ses toiles tout est vaporeux, rien n'est arrêté, même sur les premiers plans; il n'interprète qu'un seul aspect de la nature qu'il rend avec un charme infini. Mais dès qu'il sort de cette manière vague..., il perd tout le prestige de ses effets, tout le suave de sa couleur. Nous en avons un exemple au Salon actuel. Qui se douterait que ce tableau sombre, dur et plat, intitulé la Vendange, est du même pinceau qui a peint ces deux charmantes toiles, le Matin et les Bords de l'Oise a Au vers ? »

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