‹ DaubignyChapitre 33 sur 50 · EN BOURGOGNE · texte numérisé non relu

EN BOURGOGNE

Malgré ces réserves, le tableau eut ses admirateurs aussi chaleureux, aussi enthousiastes qu'en 1857 ou 1859. « Les vignes échalassées s'étendent à perte de vue, — écrivait Castagnary, — couvrant de leurs pampres verts et rouges tout le renflement du coteau. Dans un chemin creux d'ornières sont arrêtées la charrette et les cuves. L'échelle est dressée. Les bœufs accroupis reposent... Par delà, aux bords de l'horizon, les champs se prolongent et déroulent leur nappe interminable. Du plus haut de la toile, un soleil chaud, éclairant ce grand paysage et cette humble églogue, envoie en tous sens sa lumière tamisée par le ciel de septembre. — Cette Vendange, d'une facture large et d'une coloration puissante, est le chef-d'œuvre de Daubigny 1 Quelle vérité d'impression f Quel sens de la nature française I C'est encore par des lignes simples, des plans savamment juxtaposés, que l'artiste a dégagé le caractère du paysage. Remarquez-vous comme ce coloriste est en même temps dessinateur? »

J. Lafenestre réservait au tableau une page plus vibrante encore. « La Vendange est le chefd'œuvre de M. Daubigny. Ici l'étude spéciale disparaît ; l'exactitude d'une reproduction locale importe peu ; l'art domine et la fidélité d'imita-

tîon n'est plus le grand intérêt. La sensation reçue devant ce grand spectacle vivant est simple et précise, énergique et saine; elle porte l'esprit bien plus loin qu'au site connu, à l'heure passagère , au phénomène d'un moment : elle lui fait embrasser d'un coup toute la splendeur laborieuse d'une saison entière et l'enivre en un instant des joies ardentes de l'automne fécond. Des vignes mûres, des pampres jaunes, des filles qui se penchent entre les échalas et se teignent les doigts aux blessures de la grappe ; deux bœufs, attelés à une tonne grossière, qui s'endorment sur le chemin ; un vigneron qui vide sa hottée; des coteaux rouges à perte de vue, où l'on devine sous un frémissement de feuilles les vendangeurs accroupis, les serpes luisantes, les rires qui s'élèvent, les raisins qui tombent. Telle est la scène simple et grandiose qu'a traitée M. Daubigny, et la lumière chaude, rougissante et vineuse dont il l'a enveloppée porte à la tête comme des fumées de pressoir... N'eût-il peint en sa vie que ces lignes magnifiques et solides de collines caillouteuses... M. Daubigny pourrait être compté parmi les grands paysagistes, h

Daubigny considérait la Vendange comme une de ses ceuvres essentielles. Quelques années plus tard, il refusait de s'en défaire à moins de 30.000 francs (Collection d'autographes de la Bibliothèque Doucet). Lors de la vente qui suivit la mort de Daubigny, le tableau fut acquis pour 10.000 francs. Il figure aujourd'hui au Louvre.

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