XXXV. — EFFET DE LUNE (suite) LE PARC DE SAINT-CLOUD
Paul Mantz analysait à cette date avec sa pénétration habituelle l'évolution de Daubigny. « Les amateurs qui en sont restés à ses Bords de l'Oise, à ses paysages verts, frais et d'une vérité si facile à comprendre, sont peut-être un peu déroutés par la manière relativement violente, heurtée, lâchée, qu'il a adoptée aujourd'hui. C'est le même artiste pourtant, mais il devient de plus en plus libre et émancipé... C'est une loi commune ; on monte de la Leçon d'Anatomie aux Syndics des Marchands ; on va, toute proportion gardée, de LA Moisson du Salon de 1852 à r Effet de Lune de l'Exposition actuelle ». Mantz cherchait enfin à caractériser la manière nouvelle de Daubigny : n Dans cette phase de son talent, il sacrifie le rendu du détail à l'aspect saisissant des grands ensembles ; il frappe plus fort et nous croyons qu'il n'a pas cessé de frapper juste. Des terrains voilés d'ombre, une chaumière d'où s'échappe la spirale montante d'une fumée, un ciel houleux, tourmenté, sinistre, où de blancs nuages éclairés par la lune roulent confusément sur un fond presque noir, tel est le tableau de M. Daubigny ».
86 r=r L'ART DE NOTRE TEMPS
Dauhigny avait reçu une commande nouvelle de l'administration des Beaux-Arts. Il choisit comme sujet une vue du parc de Saint-Cloud. La toile était prête en juillet 1864. « Voilà deux mois que je suis à Auvers, — écrivait-il à cette époque à M. Henriet — ; j'ai terminé là mon Saint-Cloud. Corot et Lavieille sont venus me voir; ils en sont contents et m'engagent à l'exposer l'année prochaine ». 11 ajoutait : « Je suis à Paris d'hier où je vais rester une dizaine de jours pour terminer et livrer mon Saint-Cloud ». (Lettre inédite, communiquée par M. Henriet).
L'œuvre, dont les musées de Chantilly et de Châlons-sur-Marne conservent deux états différents, est intéressante à rapprocher de ses grandes compositions du Ministère des Finances. Dauhigny y conserve cette légèreté de touche, cette coloration vive qui caractérisent sa première manière; mais, en même temps, une plus grande liberté d'allure, une sorte de brume vaporeuse attestent des préoccupations nouvelles.
Le tableau fut exposé au Salon de 1865 à côté de I'Effet DE Lune. Le contraste fut remarqué, u Je retrouve le Dauhigny d'autrefois dans la Vue du parc de Saint-Cloud, — écrivait Paul de Saint-Victor, — perspective solidement construite et largement peinte que rehaussent de taches posées justes les figurines des passants et des promeneuses. Une plus vive note de lumière aurait donné à cette vue riante l'éclat et la galté d'un concert ».
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DAUBICNY - 87