‹ DaubignyChapitre 36 sur 50 · XXXVI. — BORDS DE L'OISE · texte numérisé non relu

XXXVI. — BORDS DE L'OISE

Parmi les nombreux Bords de lOise que le goût public exigeait du peintre, quelques-uns furent mieux que de simples ébauches commerciales. La toile du musée de Lille que nous reproduisons est aussi noblement composée qu'un Claude Lorrain. Elle fut exécutée en 18 65 et envoyée à l'exposition de peinture que la Société des Beaux-Arts de Lille organisa l'année suivante. Acquise par la Municipalité pour le Musée, elle souleva dans la presse locale un débat analogue à celui qui se livrait chaque année à Paris autour du talent de l'artiste. Tandis que quelques-uns vantaient l'ampleur de l'exécution (article d'Alex. Leleux dans L'Echo du Nord), certains reprochaient au peintre le parti pris d'esquisse un peu superficielle (article du Propagateur). Ph. Burty, dans le compterendu qu'il fit de l'exposition de Lille pour La Gazette des Beaux- Arts, tout en signalant la valeur de l'œuvre, la déclarait << sourde, inachevée et opaque ».

« L'unité de la composition est parfaite, tout étant subordonné, voire sacrifié à un effet d'ensemble, — écrit M. F. Benoit qui a étudié la toile

dans la luxueuse publication qu'il a consacrée récemment au Musée de Lille. Point de particularités, nul détail; rien que des masses largement silhouettées et sommairement modelées, avec des abréviations hardies qui réduisent une forme à quelques traits à peine précisés, mais forcent l'imagination à compléter et la mémoire à évoquer ».

En même temps qu'il envoyait son œuvre à Lille, Daubigny en exposait au Salon de Paris une variante qui figure aujourd'hui au musée de Rouen. « Quelle dose de talent ne faut-il pas à Daubigny, — écrivait Ch. Blanc à propos de cette dernière toile, — pour nous tenir si longtemps en contemplation devant ces Bords de l'Oise I Qui aurait dit que ce fleuve familier, ces simples bouquets d'arbres, cette nature sans mouvement et sans nom, fourniraient matière à un paysage d'une beauté si attachante et si pénétrante I Le philosophe antique, pauvre et content, portait avec lui toute sa fortune : le vrai paysagiste, inquiet et riche, porte en lui toute la nature. L'image du site le plus humble se transfigure tout à coup, s'idéalise, dès qu'elle est venue se peindre au fond de cette chambre obscure, qui est son âme ».

Rappelons qu'une des plus vigoureuses eauxfortes de Daubigny, LE Gué, exposée en 1866, s'inspire du même motif que le tableau reproduit ici.

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