XXXVII. — LES ANDELYS
Daubigny n'avait pas renoncé à ses expéditions en bateau. Chaque année, lorsque la saison s'y prêtait, il s'embarquait de nouveau sur le Botin pour quelque course plus ou moins lointaine. Il remontait parfois jusqu'à l'Yonne, mais c'est à la Seine surtout, dans son cours vers la Normandie, qu'il donnait la préférence. Dans plusieurs lettres familières et vivantes, il a décrit avec bonne humeur ces voyages d'exploration : u J'attendais pour l'écrire, — dit-il à Ceoffroy-Dechaume, — la
marche régulière du Botin car maintenant que
nous ne connaissons plus le pays, c'est un peu au hasard de la fourchette. Nous commençons pourtant à prendre l'habitude de ce voyage nautique et nous ne rencontrons vraiment que de bonnes gens... Nous n'avons vu le pays d'Herblay que par le temps gris. Nous avons pris par les îles et nous avons eu un moment de taf à la sortie de ces vieux restes de pont que nous avions vu ensemble. Nous ne couchons plus dans le navire. Nous avons même
fait cadeau de nos deux bottes de paille à Neptune pour qu'il nous soit propice. Cependant ce vieux gueux-là nous a fait casser un aviron en pleine eau au-dessus de Triel... Nous avons déjà navigué deux fois par la nuit noire... ; nous mettions notre lanterne qui éclairait toute la Seine. C'était très amusant d'effet. Nous allons, comme tu vois, a petites journées... Il faut voir le grrrand brrranle-bas des pochades à bord du Botin, comme ça s'exécute F... Le mousse n" 1 fait bien son devoir depuis que je lui
ai acheté une lavette Je vais me diriger sur
Vernon Je visiterai aussi la petite rivière de
l'Epte. Je ne compte pas aller plus loin que Les Andelys ; c'est le temps qui décidera, mais jusqu'à présent il ne fait pas froid et l'on peut encore travailler. On n'est dérangé que par les bateaux à vapeur et il en passe et repasse beaucoup. » «J'ai une équipe un peu indisciplinée, — écrit-il une autre fois, — mais avec des coups de garcette et des coups de ginglet couleur de groseille, ça va encore assez bien. Nous allons attraper le cidre, ce qui mettra du calme dans l'équipage. Nous avons fait quelques pochades, mais le temps est souvent à la pluie. Je compte sur la nouvelle lune. Nous partons pour Rouen». (Lettres inédites, communiquées par M. Geoffroy-Dechaumej .
C'est de ces excursions que furent rapportées les toiles que nous reproduisons, une vue des Andelys et une perspective des bords de la Seine à Château- Gaillard.
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