XXXVIII. — CHATEAU-GAILLARD
La belle toile du paysage de Château-Gaillard, qui a reparu à l'Exposition centennale de 1900, est un des morceaux les plus accomplis de cette période. Avec ses grandes lignes fuyantes, ses larges taches d'ombres, ses oppositions de masses, elle donne une juste idée de la manière et des moyens de Daubigny. Castagnary fournit à ce propos quelques explications sur les procédés techniques du peintre. « Pour la première fois de sa vie, — écrit-il en parlant des oeuvres de cette époque, — il emploie le couteau à palette. L'innovation est intéressante et vaut qu'on
la signale Vous connaissez le couteau dont se
servent les peintres pour relever les couleurs sur la palette. J'ignore si dans le passé de grands artistes l'ont employé en supplément de la brosse et s'en sont servi pour peindre; ce que je sais, c'est que dans ce siècle, Courbet en fait un usage constant et qu'il en tire des effets extraordinaires. Cette largeur
d'exécution et cette beauté de coloris, que tout le monde lui reconnaît, viennent en partie de là. Posé avec le couteau, le ton acquiert une finesse, une
transparence que la brosse ne saurait lui donner
Daubigny commence l'essai pour son propre compte; et voyez déjà si son art n'y a pas gagné. »
L'innovation, dont se réjouissait Castagnary , parut à certains, que fatiguait l'apparence continuelle d'ébauches, alourdir encore le faire de Daubigny. « Les terrains et les maisons, les eaux et les plantes, — écrivait Paul de Saint-Victor, — tout est fait de même, tout rentre dans un gâchis de tons douteux et obscurs. Rudis indigestaque moles.)» Et il ajoutait avec un parti pris évident : « Les négligences qu'on passe aux récentes visions de M. Corot et aux frais mirages de M. Chintreuil, on ne saurait les permettre à la nature boueuse et commune qu'affectionne M. Daubigny. La facture la plus rigoureuse et la plus savante pourrait seule relever la tristesse vulgaire des sites fastidieux où il se complaît : or l'exécution de M. Daubigny se débilite à vue d'œil. Sous une apparence de largeur, ses paysages n'ont plus ni contours distincts, ni forme appréciable. La lumière se retire de leurs ciels brouillés ; ils deviennent ennuyeux comme la pluie qui les menace constamment. »
ce
D < Ui