‹ DaubignyChapitre 39 sur 50 · XXXIX. — LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

XXXIX. — LE PRINTEMPS

Au Salon de 1868, Dauhigny se plut à chercher un effet de contraste. Comme il l'avait fait déjà plusieurs fois, il rapprocha deux toiles différentes d'inspiration, de facture, de sentiment ; il avait choisi ses deux thèmes les plus familiers peutêtre, LE Printemps, dont la verdure rappelait ses plus fraîches compositions, le Lever de Lune, si souvent traité depuis 1860.

Le Printemps obtint un franc succès. On y trouvait plus d'ampleur que dans le tableau de 1857. « Les pommiers sont en fleurs — écrit Castagnary. — La sève a gonflé le bourgeon qui s'entr'ouvre. Le gazon pousse à la surface des prés, la feuille pointe aux rameaux des arbres. Un vent léger qui passe fait onduler la mer des seigles... Tout dans la campagne est doux, frais, délicat, joyeux comme l'enfance et joyeux comme la vie. C'est le printemps, c'est l'aurore de la saison qui recommence, c'est la jeunesse de l'année qui s'épanouit en sa grâce. De mystérieuses effluves ont parcouru la nature renouvelée, et, dans votre cœur, je ne sais quel trouble

inexpliqué y a répondu Qui a donné une

forme à ce rêve, un corps à ces sensations ? Qui a osé lutter de charmes avec la vérité,

ajouter à une image du printemps déjà ravissante en elle-même cette glose humaine que le printemps provoque nécessairement en nous et sans laquelle aucun tableau ne serait complet ?... Regardez bien cette page. Elle est exquise de tous points, sauf que le ciel manque un peu de lumière. Mais comme la végétation est gaie, avec quelle fermeté les terrains sont posés, et quelle note souriante et jolie que celle des amoureux enlacés qui vont disparaître sous les arbres comme s'ils fuyaient vos regards importuns ! Et puis notez bien que ce n'est pas un printemps quelconque, le printemps mythologique enserrant dans la généralité de ses allégories creuses, les climats les plus divers ; c'est le printemps français, le printemps du moins de la France du nord, celui que vous et moi connaissons et aimons. »

L'année suivante, Daubigny exécuta lui-même une gravure de son tableau que l'éditeur Lemerre publia dans un recueil intitulé Sonnets et Eaux- fortes . M. Gabriel Marc s'était chargé d'évoquer en quelques vers toute la poésie que contenait l'ceuvre du peintre.

Un pré vert au printemps ; des fleurs et du soleil. Un verger sourient de sa métamorphose, Pas d'horizon, mais un fouillis bleuâtre et rose Semé des diamants de l'aube à son réveil.

Et par le doux gazon tapissé de pervenches.

Deux amoureux buvant le zéphir embaumé

Suivent l'étroit sentier qui se perd sous les branches.

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