‹ DaubignyChapitre 40 sur 50 · XL. — LEVER DE LUNE · texte numérisé non relu

XL. — LEVER DE LUNE

Avec le Lever de lune au joueur de flûte. le ton change. « Cette consomption de la forme débilite par le sentiment même jusqu'à l'inanité les paysages de M. Daubigny, — écrit M. Paul de Saint-Victor... Le LEVER DE LUNE n'éclaire que le vide d'un site indiscret. C'est la fable du poète retournée : la lanterne magique est bien allumée, mais il n'y a rien sur les verres. » C'est la même impression de vide que note Edmond About : « Les immenses tableaux... comblés de détails insignifiants, comme le Lever DE LUNE de M. Daubigny, me rappellent ces festivals où deux mille chanteurs s'enrouent à chanter une ariette. » Bùrger est aussi catégorique: « Le Lever de Lune est pénible et faux. La lune est représentée par un paquet de couleur jaune; on pourrait la prendre avec la main. »

Castagnary, tout en faisant quelques réserves, s'efforce de répondre à ces critiques : « Le Lever DE LUNE rentre... dans la manière habituelle de Daubigny, celle de son tempérament, qui consiste à chercher le caractère du paysage dans l'ampleur du dessin et dans le déroulement de la ligne. Ce Lever de lune, pris à cet instant du soir où la terre est dans la pénombre et où le ciel n'éclaire pas encore, est d'un grand aspect, à la fois

sévère et fort. Pourtant je l'aime moins que le Printemps, non pas à cause de cette lune jaune à laquelle les plaisants s'acharnent et qu'un coup de brosse suffira à ramener à son ton juste, mais parce que l'exécution en est plus molle et la couleur plus délayée. »

Nous reproduisons une esquisse à la sanguine du tableau, qui fait partie de la collection Mignan. Après le Salon, Daubigny retoucha son immense toile (elle mesure 1 m. 65 de haut sur 3 mètres de large).

Le Lever de lune, ainsi remanié, fut acquis, en 1872, par M. Sedelmeyer pour la somme, alors sensationnelle, de 20.000 francs. En 1873, il figura à l'Exposition universelle de Vienne et, après la vente Sedelmeyer, il reparut au Salon du Champ de Mars, en 1878. L'œuvre cette fois fut admirée sans réserve et M. Henriet pouvait écrire : « Dans la plaine, un petit paysan et une petite paysanne chassent devant eux un groupe de bœufs et de vaches, à la tête duquel marche un âne ; plus loin, près d'un bouquet de bois, quelques travailleurs attardés achèvent de charger une voiture de foin : tout cela, à demi-noyé dans l'ombre mystérieuse du soir, tandis qu'à l'horizon la lune émerge des coteaux et monte majestueusement dans le ciel, enveloppée dans son nimbe lumineux. Ce chef-d'œuvre de sentiment rustique, empreint d'une poésie sans emphase, marque l'apogée du talent de Daubigny. C'est, croyons-nous, la page capitale de son œuvre, n

ifii; '

UJ —

UJ Q

ir

Page 1