‹ DaubignyChapitre 41 sur 50 · XLI. — OCTOBRE · texte numérisé non relu

XLI. — OCTOBRE

C'est une facture et un sentiment analogues que l'on retrouve dans la toile intitulée Octobre. L'œuvre, acquise lors de la vente Daubigny et qu'un don de M"^^ la baronne douairière R. van Lynden a fait entrer en 1900 au musée d'Amsterdam, doit dater probablement des environs de 1868. Ici encore, c'est une impression de vide qui domine ; rien ne vient rompre l'étrange monotonie de cette vaste étendue de champs qu'éclaire un beau ciel tragique; dans le lointain, les restes des récoltes achèvent de se consumer et de lourdes fumées rasent le sol. Comme dans le Lever de Lune, c'est par la simplicité des moyens que le peintre atteint cette singulière puissance d'effet.

Les hardiesses de Daubigny n'allaient pas sans inquiéter le monde officiel de l'art. On était, vers cette année 1868, au plus fort de la lutte livrée parles u réalistes » et des démonstrations bruyantes de Courbet et de Manet. Daubigny ne cachait pas ses sympathies pour le groupe des jeunes. On lui reprochait de favoriser, par son exemple et

son appui, tous les excès de l'art naturaliste. Ce fut Castagnary qui se chargea de remettre les choses au point : « Si le Salon de cette année

est ce qu'il est, si, dans ce débordement de

la peinture libre, la peinture d'Etat fait une assez pauvre figure, c'est à Daubigny la faute, Daubigny a voulu faire de la fausse popularité ; c'est un ambitieux, un libéral et un libre-penseur ; un peu plus, ce serait un matérialiste I Je ne sais pas si Daubigny a fait tout ce que M. de Nieuwerkerke lui attribue. Je le croirais volontiers, car Daubigny n'est pas seulement un grand artiste, c'est encore un brave homme qui se souvient des misères de sa jeunesse et qui voudrait épargner à la jeunesse des autres les rudes épreuves qu'il a subies lui-même » .

Daubigny reçut avec une égale sérénité les attaques de ses adversaires et la croix d'officier par laquelle répondirent ses admirateurs : « En allant voir Arago..., — écrivait-il à M. Henriet, — il m'avait bien dit qu'il croyait que j'aurais la croix d'officier... Il y a déjà longtemps ;... je n'y pensais donc plus et je vous assure que cela ne m'empêchait pas de dormir, car toutes ces distinctions vous rapprochent toujours un peu plus du monde officiel, et Dieu sait combien il me répugne et me dégoûte ce monde- là , où souvent les plus décorés sont les plus tarés et les plus pourris de cœur. Aussi, dans la vie, vivent les quelques bons amis qu'on y rencontre... ». (Lettre inédite communiquée par M. Henriet).

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