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AU SOLEIL COUCHANT

L'activité de Daubigny ne diminuait pas; il conservait toujours l'extraordinaire facilité de travail de ses années de jeunesse, u J'aurai beaucoup barbouillé, cette campagne - ci — écrivait- il à M. F. Henriet en septembre 1872. Je compte 55 pochades, mais il s'en faut qu'elles soient toutes bonnes. J'en ai dans le nombre une de trois mètres et quatre de deux mètres. »

L'obligation de prendre les eaux l'avait conduit à Cauterets cette année-là; mais, quoiqu'il ait rapporté de Gavarnie une Cascade qui compte parmi ses meilleures études, les Pyrénées n'étaient pas parvenues à l'inspirer comme autrefois le Dauphiné : « J'ai enfin fini mes excursions montagnardes et nautiques. J'ai commencé par un voyage en bateau. Je suis allé ensuite à Cauterets, puis à Villerville, où j'ai fait quatre grandes pochades. Je n'ai rien fait de bon à Cauterets ; c'est vraiment plus beau à voir qu'à peindre: ce que l'on fait est toujours trop petit et on ne donne aucune idée de la grandeur

de ces pays-là on est tellement surpris par ces

grands aspects qu'il faudrait rester longtemps pour trouver l'interprétation capable de les rendre et pour

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ne pas tomber dans la banalité photographique Il

n'est tel encore que la nature dans laquelle on vit tous les jours, où l'on se plait réellement. Les tableaux se ressentent alors de la vie intime et des douces sensations qu'on y éprouve. » (Lettre à M. F. Henriet) .

Après les sites d'Auvers, c'est aux campagnes normandes de Villerville qu'il revenait le plus fidèlement. « J'ai vu des couchers de soleil sur la mer — écrit-il dans sa correspondance familière — qui rendent les Claude Lorrain bien ternes, et puis des pêcheuses de moules, des pécheurs de crevettes, de

plus, tous coiffés de bonnets de coton Il faudrait

de grandes toiles pour faire tout cela. » « Les vagues ces jours-ci vous passent par dessus la tête. Je ne suis pas fâché d'avoir vu la mer dans cet état-là. Les barques de Villerville ont été forcées d'aller se remiser à Honfleur. » (Lettres à M. Ceoffroy- Dechaume).

Nous avons déjà rencontré dans son œuvre quelques-unes des toiles où il s'est efforcé de rendre la puissance du souffle marin sur les pâturages épais, comme dans Le Pré des Graves de 1859. Dans les essais de 1872, c'étaient des effets de soleil couchant qu'il exprimait. Us les qualifiait lui-même de simples pochades. Deux au moins, sont mieux que des ébauches et peuvent compter parmi ses CBuvres les meilleures : la toile un peu heurtée qui fut exposée au Salon, et le tableau plus calme dont nous donnons ici la reproduction.

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