VI. — TEMPS D'ORAGE
L'intérêt de ces premières eaux-fortes de Daubigny est qu'on y voit se préciser sa conception du paysage et qu'on y suit, avec une clarté remarquable, ses progrès dans la voie du réalisme où il venait à peine de s'engager. Presque toutes ces études semblent faites d'après nature : on y reconnaît la vision directe et sincère ; on y sent, dans les eaux aux rives boisées, dans les sentiers fleuris et les vergers printaniers, un effort pour exprimer, dans leur simplicité, la campagne familière et la vie rustique ; on y retrouve quelques-uns des motifs qui reviendront le plus souvent sous le pinceau de Daubigny. Dans les Petits Cavaliers, c'est la Seine, l'île de Neuilly, avec, dans le lointain, le profil du Mont Valérien ; deux cavaliers passent à gué le fleuve en se dirigeant vers l'île ; les eaux paresseuses, les arbres sveltes qui se projettent à droite, composent déjà tout le
paysage de rivière qui fera plus tard la vogue de Daubigny. Ce sont également les transparences de l'eau qu'il s'efforce de rendre dans son Lever
DE LUNE DANS LA VALLÉE D'ANDILLY, qui figura
parmi les eaux-fortes du Salon de 1846 ; ici, c'est une mare dormante où la lune, qui se lève au fond des champs, vient refléter ses premiers rayons; effet délicat que Daubigny recherchera sans cesse et que nous retrouverons dans l'ensemble de son œuvre comme un thème favori.
Ce souci de ne pas se confiner dans l'atmosphère de l'atelier, de se placer en face du paysage, d'en saisir les éléments dans leurs rapports vivants et mobiles, sans s'inquiéter d'une composition artificielle, pouvait encore paraître audacieux à ce moment. Malgré les coups portés aux conventions académiques par la génération précédente des Corot, des Dupré, des Rousseau, des Diaz, la tentative, de l'école du plein-air restait discutée. Daubigny avait à cette époque pris résolument parti. En même temps qu'il s'essayait avec Geoffroy-Dechaume au travail dans la campagne, nous le trouvons préoccupé d'étudier de près la technique et la manière des novateurs. C'est en s'inspirant de Paul Huet qu'il conçut le Temps d'orage, que nous reproduisons ici et qui complète la série des eaux-fortes décrites plus haut. Un second état de cette gravure fut publié dans L'Artiste en 1853.
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DAUBICNY == 29