X. [— LES CHARRETTES DE ROULAGE
C'est du même recueil qu'est extraite l'eau-forte intitulée les Charrettes de roulage, traitée dans cette manière rude et simplifiée, avec cette recherche de l'effet saisissant où se complait déjà Daubigny ; sur un plateau désert et sans fin où croissent seuls des joncs de marécage, une ligne de charrettes avec leurs bâches se découpe sur un ciel triste et chargé. Il y a déjà, dans cette composition rapide, toute l'ampleur des grands tableaux qui s'imposent dans la suite.
C'est à ces deux cahiers d'eaux-fortes, d'un intérêt particulier, qu'il faut s'arrêter pour retrouver l'expression la plus complète et la plus vivante de l'art de Daubigny vers cette époque. Les tableaux du même moment n'en peuvent donner une juste idée. Ils conservent encore une sorte d'indécision. Le graveur, chez Daubigny, semble avoir précédé le peintre. C'est à Teau-forte qu'il se confie d'abord et c'est par elle qu'il tente d'exprimer ses conceptions nouvelles. Toute la transformation qui le conduit de la surcharge et de la minutie du début, aux touches plus larges et aux impressions d'ensemble des derniers
tableaux s'est accomplie, dans son œuvre gravé, de 1850 à 1860. C'est dans cette collection d'eauxfortes qu'il viendra puiser plus tard l'inspiration de quelques-unes de ses toiles les plus importantes.
Ce qui frappe surtout dans le recueil de 1851, c'est l'attrait qu'exercent sur Dauhigny les effets fugitifs du matin et du soir. Il se plaît aux clartés atténuées des premières lueurs, aux scintillements rapides du couchant. Presque toutes les planches des deux cahiers sont faites de ces impressions délicates. Dans LE Lever du Soleil, (lie soleil monte à l'horizon, dit M. Henriet dans son catalogue, et noie dans sa splendeur les champs étincelants de rosée. Fermes, arbres, saules aux scions à peine feuilles, sortent confusément des pénombres de l'aube, u Même note dans LE Satyre et dans l'Automne : « Sur la lisière d'un bois, au pied d'une haie sèche, une fontaine alimente un , ruisseau qui coupe transversalement un chemin sur lequel un paysan charge un âne de fumier ;... au fond, marais et coteaux noyés dans les lumineuses vapeurs du matin ». Les Chevaux de Halace, les Bords du COUSIN^ l'Ane a l'Abreuvoir traduisent les jeux d'ombre et de lumière, les contrastes les plus vifs du soir. De toutes ces pièces se dégagent les mêmes caractères, le même effort de réalisme sans apprêt et sans affectation, joint à un sentiment de poésie saine et familière.
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