‹ DaumierChapitre 22 sur 52 · XX. — LES DI VORCEUSES (1848) (H. et D · texte numérisé non relu

XX. — LES DI VORCEUSES (1848) (H. et D

Républicain convaincu, démocrate de tempérament, Daumier est effarouché par toute innovation économique, par toute idée de transformation sociale. 11 a essayé de jeter le ridicule sur l'aérostation, les grands vapeurs transatlantiques, les chemins de fer et le macadam. Il a raillé le pacifisme et ses apôtres: Richard Cobden et Victor Hugo ; il a plaisanté le socialisme, fait d'assez lourdes charges contre Proudhon et contre Victor Considérant. Surtout il a été l'adversaire irréductible de l'émancipation féminine. Mysogine, non pas, mais il veut que la femme reste à son foyer et l'image que nous commentons est tout un manifeste.

C'est exactement la philosophie du bonhomme Chrysale. Daumier l'a développée avec une veri^e inextinguible, poursuivant, tour à tour, les Bas Bleus, les Divorceuses et les Femmes Socialistes.

Très convaincu, il est très souvent puissant et comique. Le bas bleu, vaniteux et ridicule, abandonne à son malheureux mari le soin de laver la vaisselle, de compter le linge sale, de bercer ses enfants, tandis qu'elle collabore ou intrigue avec ses consœurs, envahit les bibliothèques et les bureaux de rédaction, sans se décourager par l'insuccès de ses livres ou par les rebuffades des directeur de revues et de théâtre. Les divorceuses et les

femmes socialistes méprisent leurs maris, les insultent, les abandonnent ; elles assistent aux banquets politiques, tiennent des réunions publiques.

Sans protester contre cette philosophie mesquine, rappelons seulement que Daumier est contemporain de Georges Sand, de Desbordes-Valmore, de Mme Ackermann. de Louise Colet, de Rosa Bonheur.

il a, au reste, défendu une mauvaise cause par des dessins excellents. La série des Bas-Bleus (1844) contient de très belles pages; celle des Divorceuses. plus récente, est d'un crayon plus frémissant, plus alerte, avec des chatoiements de tons et des trouvailles rares. Le dessin que nous présentons a été analysé par Champfleury en ces tertnes :

(( Dans une lithographie, blonde comme une esquisse de Rubens, une grosse personne coiffée à la chinoise et une femme maigre aux cheveux en saule pleureur regardent avec pitié une mère de famille qui fait sauter ses enfants sur ses genoux.

— Qu'il y a encore en France des êtres abrupts et arriérés, s'écrie une des divorceuses, voilà une femme qui, à l'heure solennelle où nous sommes, s'occupe bêtement de ses enfants I

Rarement Daumier a composé un ensemble plus charmant que celui de la mère et de l'enfant. Le drame se passe à la porte d'une petite maison de campagne ; il semble que l'artiste, ayant à peindre des arbres et les jeux du soleil sur les contrevents verts de la façade blanche, ait voulu prouver sa tendresse de sentiments, que relève le groupe bouffon des deux divorceuses épiloguant dans l'ombre. »

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