XXIII. — IDYLLES PARLEMENTAIRES
[H. et D.. 1963'
Jusqu'à la dernière minute, Dauinier, dans ses colères, comme dans ses élans lyriques, garde une confiance absolue dans l'avenir. Il méprise ses adversaires, mais il ne les redoute pas. Aussi les attaque-t-il parfois d'un ton moins âpre ; ainsi dans la série des Représentants représentés ou dans les Idylles parlementaires parues en 1850-1851.
Les députés sont en vacances, à quoi occupent-ils leurs loisirs ? Daumier va nous l'apprendre. En 1850, la manie de l'antique sévit encore; elle s'est même rajeunie. Les néo-grecs avec Hamon, nous conduisent vers une antiquité familière, qui fleure l'anthologie. Daumier, néo-grec à son tour, nous présente ses héros sous des costumes quasi antiques, c'est-à-dire en caleçons de bain. Ce n'est pas, on le devine, pour prêter des formes idéales aux parlementaires. Berryer fait la moisson en compagnie de Montalembert ; Dupin, député rural, pousse la charrue. Taschereau, tel le Zéphyr de Prudhon, se balance auprès d'une onde pure. Le Premier Secret de l'Amo'ur de Jouffroy autorise une confidence scabreuse de Thiers à Mole et c'est Mole avec Thiers que nous retrouvons ici cueillant les pommes de discorde.
Mole, selon Barante, n forma le projet de réunir les
amis de l'ordre dans un seul et même parti, en effaçant le souvenir des dissentiments qui les avaient divisés en fractions opposées. Il fallait les associer pour défendre la société encore menacée par des passions qui ne l'attaquaient plus à main armée, mais qui cherchaient à la détruire par des lois. Nul n'était plus destiné à cette œuvre patriotique ; il s'y dévoua tout entier. Jamais l'esprit de conciliation, le ménagement des amours-propres, le silence sur le passé ne furent plus assidûment pratiqués. La position de M. Mole devint ainsi grande et honorable. Il était le centre de cette ligue des gens de bien ; son nom, les grandes fonctions qu'il avait remplies, sa fortune, lui donnaient une importance incontestée. » Cette apologie explique la haine de Daumier. Les dehors de l'homme prêtaient à la charge. Selon M. Thureau Dangin qui a tracé son portrait avec une complaisance particulière. Mole portait u un voile brillant de dignité fine et charmante, d'exquise et noble décence. Dans toute sa personne, dans son maintien, sa démarche, et jusque dans le tour de sa conversation, apparaissait une élégance de nature et de race qui faisait de lui un type accompli de distinction. »
On s'amusera à confronter la charge de Daumier avec le portrait d'apparat célèbre peint par Ingres en 1834. Les deux maîtres, loin de se démentir, se contresignent.
Les IDYLLES, PARLEMENTAIRES sont improvisées d'un crayon gras, qui écrase volontiers le trait, par indications sommaires et appuyées.