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Daumier était né peintre. La vocation longtemps latente s'affirmait en 1848. A l'exposition de 1849, il envoyait le Meunier, son Fils et l'Ane, en 1851, LES Femmes poursuivies par des Satyres, Don Quichotte et Sancho et le dessin de Silène que nous reproduisons. Après le Coup d'État, dans le dégoût où il tomba de son métier de lithographe, la peinture emporta tout. « Pourquoi diable, étant jeune comme vous l'êtes, disait-il à Etienne Carjat, en 1856, vouloir faire de la caricature ? Moi, voilà bientôt trente ans que je crois toujours faire la dernière I n Et, tandis qu'il bâclait ses pierres, il « peignait toute la journée. Quand un tableau ne venait pas, il le laissait en chemin; mais si peu qu'il couvrît la toile, c'était toujours de l'imprévu où se montrait son esprit et son cœur » (Jean Gigoux).
Pourtant, à aucun moment, il ne voulut s'évader de la caricature, qui était son gagne-pain.
Il ne pouvait, d'ailleurs, se faire illusion ; sa peinture n'était pas ignorée mais, par un sort pire, elle n'était pas comprise. On la regardait comme la distraction d'un homme sympathique et on lui accordait, dans les critiques des Salons, un mot en passant, par politesse. Quand, à longs inter-
valles, il exposa ses Blanchisseuses en 1861, LES Amateurs dans un Atelier et des aquarelles, en 1869, Gautier, Castagnary, Thoré l'oublièrent ou lui consacrèrent deux lignes. Qu'il eût pourtant un génie puissant et neuf, le Silène en porterait à lui seul le témoignage. « L'ivresse des lignes et des masses, écrit M. Henry Marcel, la volupté de pétrir, d'agiter, de tordre les formes, jdont témoigne, par exemple, la Kermesse de Rubens, apparaît également dans toute composition de Daumier, comme son véritable mobile inspirateur. Le Silène du musée de Calais respire, au plus haut degré, cette joie sensuelle, païenne et bachique. »
Mais il y a plus ici qu'une page remarquable ; au moment où Daumier interprète l'antiquité de cette façon vivante. Millet — M. Roger Marx en a fait la remarque — se livre à la même inspiration selon le même esprit, et les deux artistes se rencontrent pour traiter le sujet d'ŒoiPE détaché de l'arbre. Coïncidence due à la parité du temps et du génie? Ou influence et, dans ce cas, qui a été l'initiateur? Daumier était plus âgé, plus formé que Millet, a-t-il agi sur lui ? Le problème n'est pas encore résolu.
Entre Daumier et Millet, il y a d'ailleurs des analogies qui, dès 1878, se sont imposées à l'esprit de M. Camille Pelletan et de Duranty. u Tout commande — écrit M. Roger Marx —que l'on rapproche Millet et Daumier, la philosophie de l'œuvre, son caractère de revendication sociale et jusqu'à la puissance michelangelesque de l'expression. »