XXXII. — LE MALADE IMAGINAIRE (Aquarelle
(Kl., 681
Voici Diafoirus et Argan, fantoches risibles et misérables ; l'un tremblant de peur sous les menaces de la science et l'autre impressionné malgré lui par les grands mots qu'il prononce, un peu pris à son propre piège, charlatan et sincère.
Par un dédoublement singulier, Daumier cherche à faire revivre la scène telle que l'a imaginée Molière et, en même temps, il la voit telle que les acteurs la jouent au théâtre, grimés, éclairés en dessous par la rampe et cet effet de lumière, auquel nous savons qu'il s'est complu (notice 25), jette sur sa composition une impression angoissante et fantastique.
C'est à la veille de la mort de Daumier que la valeur de telles pages fut pour la première fois publiquement proclamée. En 1878, un comité se forma pour organiser une exposition des ceuvres de Daumier aux galeries Durand-Ruel . Victor Hugo était le président d'honneur de ce comité, dans lequel figuraient Henri Martin, Peyrat, Théodore de Banville, Bonvin, Boulard, Daubigny, Dupré, Geoffroy- Dechaume, Burty, Castagnary, Champfleury, Paul Mantz, Paul de Saint-Victor, Emile de Girardin, MM. Jules Claretie, Camille Pelletan, Paul Meurice. A côté d'un choix de lithographies qui fut plusieurs fois renouvelé, on avait réuni près de cent dessins, tableaux ou aquarelles. Le moment
était mal choisi, à l'heure où s'ouvrait l'Exposition universelle, pour convier le public à une exhibition particulière. La foule ne se pressa pas chez Durand- Ruel ; mais les écrivains d'art y accoururent et quelques-uns d'entre eux exprimèrent, dans la presse, des opinions de justice, qui étaient alors paradoxales.
« Daumier — disait Paul Fouché — dans le National, connu surtout du public comme dessinateur est certainement un des plus grands peintres de l'école moderne. Il a tout: la largeur de touche, le dessin, la couleur, la pensée. Telle toile semble dessinée par Michel Ange et peinte par Delacroix. Un jour viendra et souhaitons qu'il soit proche — car Daumier est vieux et pauvre — où les vrais amateurs se disputeront à prix d'or ces tableaux d'un grand maître, inspiration d'une admirable conscience. #
« On parle de grande peinture — écrivait Violletle-Duc dans le Siècle — ; eh parbleu 1 en voilà », et il ajoutait :
i( On est aise de trouver sous l'artiste puissant, un penseur, un philosophe et surtout un homme de cœur. J'y suis allé plusieurs fois, je n'y ai pas entendu rire, bien que Daumier, ait aux yeux de beaucoup de gens, la réputation d'un caricaturiste. C'est que cette œuvre en bloc, appartient à l'art et, sur bien des points, sinon à ce qu'on est convenu d'appeler le grand art, certainement à l'art grand, qui laisse sa trace dans le souvenir, émeut et ne passe jamais de mode. »
AQU AR E
Le Malade Imaginaire