‹ DaumierChapitre 35 sur 52 · XXXIII. — DON QUICHOTTE (Peinture · texte numérisé non relu

XXXIII. — DON QUICHOTTE (Peinture

[Kl., 49)

M. Camille Pelletan dans le Rappel, fit un compte rendu excellent de l'exposition de 1878. Burty, dans la République Française se montra également perspicace. « M. Daumier, proclamait-il, est, dans la haute acception du terme, un classique. » Toutes les opinions ne furent pas aussi clairvoyantes. Duranty, dans un article très étudié et très ingénieux de la Gazette des Beaux - Arts porta toute son attention sur le dessinateur; M. Paul Lefort, dans l'Événement, n'envisagea que l'humoriste et Montrosier, dans l'Art, s'en tint au caricaturiste politique.

Les Don Quichotte comptèrent parmi les morceaux les plus remarqués.

On comprend facilement comment les héros de Cervantes se sont imposés à l'esprit de Daumier. Il y avait, pour lui, plaisir à opposer l'anatomie osseuse de Don Quichotte aux formes adipeuses de Sancho Pança et il n'est pas jusqu'à Rossinante qui ne fût propre à séduire son œil amusé par les mornes chevaux parisiens.

En Sancho Pança se résumait la médiocrité inépuisable et sympathique des bons bourgeois. Pour Don Quichotte, il effrayait à la fois Daumier par ses folies utopiques, et il le retenait par sa bravoure héroïque. Daumier, ennemi du pacifisme

et du féininisme, se refusait à pourfendre les moulins à vent, mais républicain enthousiaste, il adinirait le brave homme qui avait voulu délivrer de faibles victimes des géants tyranniques. Ces deux tendances se retrouvent dans ses divers Don Quichotte : tantôt il montre le héros dérisoire se livrant à de foUes cabrioles, tantôt il le conduit, intrépide, marchant à l'inconnu. Ici, la présentation est tout à fait imprévue. L'œuvre s'ordonne puissamment ; la force abréviatrice de Daumier y éclate parfaite: « dans la couleur comme dans le dessin, il fait tout procéder des jeux de la lumière sur les surfaces et accuse les plans comme les sculpteurs (Burty). ;>

Decamps, avant Daumier, a traité les méines thèmes et il l'a fait certes avec bonheur; mais, si amusants que soient ses récits, combien l'écriture en paraît mesquine et surchargée, combien l'envergure en est médiocre comparée à l'épopée incorrecte de Daumier.

Decainps, d'ailleurs, a agi fortement sur Daumier peintre comine il avait influencé le dessinateur. Daumier a aimé cette pâte triturée, cette matière riche et massive, ces harmonies chaudes et lourdes, la traduction des ciels diaprés et crépusculaires. Il les a poursuivies souvent, mais il n'a pas été hypnotisé par la technique et, capable de virtuosité, il a subordonné ses développements au caractère de ses œuvres ; moins séduisant souvent, à coup sûr moins artificiel.

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