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XXXIV. — LES JOUEURS D'ORGUE (Aquarelle

La mort de Daumier fournit une seconde occasion de proclamer son génie. Dans le Figaro, Albert Wolf publia un article très documenté et d'une rare clairvoyance ; il affirmait la force considérable de ce dessinateur et la singulière énergie de sa peinture, u Quelle singulière puissance, s'écriait-il, quelle maîtrise dans les tableaux dont personne ne voulait et qu'on retrouvera plus tard dans les collections, n

Charles Blanc, par contre, traduisit dans le Temps, les antipathies académiques : il reconnaissait dans l'œuvre de Daumier « du Goya et du Rembrandt », mais il ajoutait, dogmatique : u Le peu de variété qu'on y trouve et l'immuable fidélité de l'artiste au culte du laid produisent bientôt une lassitude impossible à vaincre. >>

Par Burty, Albert Wolf. VioUet-le-Duc, Paul Foucher, M. Camille Pelletan, d'un côté, Charles Blanc, de l'autre, le problème était bien posé : les partisans de la liberté dans l'art exaltaient Daumier, l'Institut le traitait en ennemi.

Plusieurs années de silence se passèrent, pendant lesquelles s'accomplit un travail latent. En 1888, M. Arsène Alexandre consacra un livre

à Daumier ; il y étudiait surtout le lithographe, mais signalait l'importance de Vczuvre peint que confirmait l'illustration. L'année suivante, plusieurs pages de Daumier figuraient à l'Exposition universelle, parmi les « Dessins du siècle >>. Philippe de Chennevières, reconnaissait, à cette occasion, en Daumier : u l'un des plus expressifs dessinateurs, le plus expressif peut-être, qu'ait produit notre temps; et, ajoutait-il, dans sa puissante vision des choses, son pinceau chaleureux et profond d'aquarelliste vaut son crayon de lithographe. »

L'hommage définitif fut rendu en 1900. Cette fois enfin, Daumier fut placé parmi les peintres. Dix-sept peintures et dix-sept aquarelles ou dessins réunis lui revendiquaient et lui assuraient désormais sa place éminente dans l'art français. M. André Michel en faisait la remarque : « A chaque exposition nouvelle, le caricaturiste Daumier, qui mit dans la satire des platitudes et des laideurs de son temps tant d'honnêteté, de verve et de lyrisme, s'établit un peu plus solidement dans sa réputation posthume de peintre puissant et savoureux. »

L'exposition de 1901 à l'École des Beaux-Arts confirma et renouvela l'apothéose.

LES Joueurs d'orgue nous montrent Daumier aux prises avec la réalité qui a été sa source essentielle d'inspiration et dans un ordre de sujets auquel il s'est complu : la peinture des gueux de la rue, chanteurs, lutteurs, saltimbanques.

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