‹ DaumierChapitre 40 sur 52 · XXXVIII. — LA BLANCHISSEUSE (Peinture · texte numérisé non relu

XXXVIII. — LA BLANCHISSEUSE (Peinture

M. Gustave Geffroy a visité, après Banville, l'atelier de Daumier ; mais, plus curieux que Banville, il a voulu connaître les spectacles que l'artiste découvrait de ses fenêtres :

« L'un des carreaux, écrit-il, s'ouvre comme un vasistas », et c'est d'un coup une vision charmante, à la fois mouvementée et ordonnée.

On a sous les yeux le tournant du petit bras de la Seine. Le fleuve, dont le large courant impétueux a été brisé par l'estacade, devient une paisible rivière de campagne, bordée d'arbres, avec une large grève. Elle coule en décrivant une belle courbe molle. Les lourds chalands dorment sur son eau verte. Une petite barque va et vient comine un bateau de passeur. Les chevaux que l'on baigne, solides bêtes de travail, émergent de l'eau en massives sculptures. Des enfants courent, jambes nues. Des femmes sont assises sur le sable. Des pêcheurs à la ligne sont immobiles. Des blanchisseuses, pliant sous le faix, montent les escaliers de pierre. Des ouvriers et des bourgeois, coude à coude, regardent les remous et les sillages. Tout cela sur le fond de maisons blanches, rousses et grises, du quai des Célestins, aux toits inégaux et aux fenêtres irrégulières. Au dessus, des coteaux lointains et les nuages qui voguent au ciel. »

(( Le bon Daumier, ajoute M. Ceffroy, a pris par sa lucarne tout ce qui était à prendre, les nuages et le fleuve, les maisons et le quai, les chevaux et les chiens, les hommes, les femmes et les enfants, tous les aspects lumineux, toutes les ombres fluides, toutes les attitudes et tous les mouvements de cette humanité instinctive, qui pose si bien, si admirablement, lorsqu'elle est elle-même. »

Daumier porta, dans cette contemplation féconde un amour intense pour les humbles, u II avait la pitié, la grande vertu humaine, ce satiriste forcené » (Jules ClaretieJ.

Il a vu les femmes du peuple courir le long du quai, brisées en deux par un fardeau trop lourd, il les a regardées gravissant, au sortir du lavoir, les escaliers de pierre interminables ; il les a admirées, dominant la fatigue du paquet de linge humide pour guider les pas de leur bébé et, dans la main de ce bébé, il a vu le battoir maternel, symbole des labeurs futurs.

L'image que nous examinons, doit d'abord sa beauté à l'intensité du sentiment humain.

Que la composition soit admirablement mise en page, que la figure, solidement bâtie, forme sur les maisons éblouissantes, une tache saisissante, qu'il y ait là un vrai et noble morceau de peintre, que cela soit de la très grande peinture, c'est sur quoi il paraît inutile d'insister et les noms de Millet et de Carrière ne sauraient être prononcés ici que pour montrer en quelle estime on les tient eux-mêmes.

xxxvMi. — La Blanchisseuse

PEINTURE. COLLECTION PARTICULIÈRE

HOT. LEMAKE

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