‹ DaumierChapitre 43 sur 52 · XLI. — LE FORGERON · texte numérisé non relu

XLI. — LE FORGERON

(La vis)

Albert Wolf conte qu'un jour Daumier vendit un tableau cinq mille francs à un marchand américain que Daubigny lui avait envoyé, fixant lui-même le prix de l'œuvre et que Daumier fut stupéfait de cette aubaine unique en sa vie. Il aurait aujourd'hui d'autres surprises. Voici quelques prix relevés dans les ventes publiques faites depuis 1905.

Avril 1905. Collection Ciacomelli : Les Amateurs (dessin), 9.080 francs. — Décembre 1905. Collection E. Cronier : LES AMATEURS (peinture), 17.100 francs.

Mai 1906. Vente Viguier : LE Wagon de troisième CLASSE (p.), 5.100 francs; Les Avocats (p.), 2.550 francs ; LES CHANTEURS des Rues (p.), 4.000 francs. — Vente E. Blot : Les CAVALIERS (p.), 4.800 francs.

Mars 1907. Vente Georges Viau : Le Drame (c'est notre planche XLli), 28.100 francs ; UNE Famille sur la Barricade (p.), 4.600 francs; Le Peintre et le Graveur (p.), 2.450 francs.

— Avril 1907. Vente T. : S ALLE des PAS PERDUS (p.), 1.400 francs; Les PLAIDEURS (p.), 2.300 francs; Le Plaideur mécontent (p.), 2.550 francs; Chanson A Boire (aquarelle), 6.400 francs: Avocats et Juges AVANT L'Audience (aq.), 3.400 francs.

Mars 1908. Vente J. Cronier : Le Chanteur au

Lutrin (p.), 4.400 francs. — Mai 1908. Vente Chèramy : L'Artiste en face de son Modèle (lavis), 3.050 francs.— Décembre 1908. Vente P.: LE V/ACON DE TROISIÈME CLASSE (p.), 6.700 francs.

Décembre 1909.— Vent3 Darasse : Deux Avocats

(p.). 2.000 francs ; SCANARELLE ET PURGON (sq.), 720 francs ; LES JUCES EN SÉANCE (aq.), 4,000 francs.

Mai 1910. — Vente Georg de Reims : DON QUI- CHOTTE 8.100 francs. — Vente A. du C. : LE Fardeau (p.), 20.000 francs ; Le Haleur, 3.520 francs.

Mai 1911.— Vente Alexis Rouart : Satyre tenant UN Enfant (p.), 1.600 francs ; Dans la Campagne (aq.), 2.300 francs ; Mère et Enfant (dessin), 3.900 francs. — Vente de Bériot : Chez le Propriétaire (dessin), 1.580 francs ; Don Quichotte (dessin), 715 francs. — Juin 1911. Vente anonyme : La Soupe (p.), 3.900 francs.

Le Forgeron, auquel Daumier a su donner tant d'envergure u sculptant avec de l'ombre et la lumière les grands plans du corps..., et des objets », est l'héritier lointain du héros des Le Nain. Sa famille n'est pas fort nombreuse à travers l'histoire de l'art moderne. Si le peuple et les paysans ont toujours eu des chantres, l'ouvrier à son travail a été presque constamment délaissé. Bonhomme, lorsqu'il peignait des ateliers et des fonderies, Menzel, avec son Intérieur de Forces, ont ouvert des voies nouvelles à l'art contemporain. Daumier, par ses forgerons, par ses hadigeonneurs qu'il représente suspendus dans le vide, s'associe à eux comme précui seur.

XLi. — Le Forgeron

AQUARELLE. COLLECTION PARTICULIÈRE

PhOT. DURAND-RUEL

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XLIl. — LE DRAME (Peinture)

« Il n'est pas donné à chacun, écrit Baudelaire, de prendre un bain de multitude... Celui-là qui épouse facilement la foule connaît des jouissances fiévreuses, dont seront éternellement privés l'égoïste, fermé comme un coffre et le paresseux interné comme un mollusque. »

Daumier a épousé la foule et il en a été le peintre. A plusieurs reprises, dans ses lithographies, il a essayé d'exprimer la vie collective, soit dans un spectacle familier (planche xxv), soit au théâtre. Peintre, il a représenté tour à tour les spectateurs d'orchestre, habitués à contenir leurs sentiments et les auditeurs des galeries supérieures qui se laissent dominer par leurs émotions ; il a été particulièrement heureux comme interprète de la mentalité populaire.

« Aucun mot, a écrit Burty, ne pourrait donner une idée exacte de la diversité de ces physionomies qu'absorbe, qu'allume, qu'excite, qu'effraye, qu'amuse le jeu de la scène. La pose affaissée ou tendue, le jeu des muscles, la direction des regards, la flamme des prunelles, tout ce qui fait travailler un corps et penser un cerveau est saisi dans son infinie mobilité, fixé avec un art incomparable de l'observation morale et des conditions physiologiques... Ces cadres étroits seront un jour sans prix. On y retrouvera je ne dis pas l'habit de nos

contemporains, de nos femmes, de nos enfants, mais leur visage et leur émotion pendant un court moment de la vie vécue. »

Au moment où Daumier essayait de surprendre l'atmosphère du théâtre, Menzel peignait son célèbre Souvenir du Gymnase; mais le Drame, que nous reproduisons, s'apparente plus directement avec le Théâtre de Belleville et l'on pourrait lui appliquer, presque sans aucune modification la belle page que M. Gabriel Séailles a consacrée à l'œuvre de Carrière : a Par une application hardie de ses principes, ce n'est plus un individu, un groupe : c'est un être collectif, palpitant de la même émotion, les yeux remplis du même spectacle, que Carrière fait émerger de l'ombre, la reliant intimement au milieu qu'elle anime, la montrant non dans chacun de ses éléments, mais telle qu'elle apparaît soudain, dans son ensemble, tout à la fois... Les figures ne sont pas étudiées chacune pour soi, elles n'ont de sens que l'une par l'autre, elles sont saisies d'un coup d'ceil, elles se dégagent du milieu, de la buée qui monte, elles en sortent: c'est le théâtre même qui vit, qui pour un instant fait corps avec la foule qui l'anime. »

M. Séailles ajoute : « Cette œuvre d'une singulière audace, en poussant le principe à ses conséquences dernières, nous aide à entendre les préoccupations de l'artiste, son effort pour créer avec les êtres leur ambiance, en ramenant le tableau à l'unité d'une vision dont tous les termes soient inséparables. » Cette définition et ces éloges ne pouvaient-ils s'appliquer à Daumier?

XLii. — Le Drame

PEINTURE. COLLECTION PARTICULIÈRE

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