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XLV. — L'AMATEUR D'ESTAMPES (Peinture

Daumier peintre ne tient pas sur les gens de justice un autre langage que Daumier lithographe. Au contraire, lorsqu'il s'agit des artistes et de ceux qui les entourent, lithographies et peintures nous donnent des témoignages bien divergents.

Dans les lithographies, l'artiste est perpétuellement mis aux prises avec le bourgeois, l'épicier, le philistin, incapable de le comprendre, borné, avare et grossier. Derrière le chevalet du paysagiste, les curieux échangent des réflexions ineptes. Dans l'atelier du peintre les visiteurs émettent des réflexions grivoises sur les modèles, se rendent insupportables jusqu'au moment où quelque scie improvisée les met a la porte. Le bourgeois qui achète un tableau en mesure soigneusement les dimensions pour être sûr qu'il sera bien meublant. Il ne commande guère aux artistes que son portrait et l'artiste, partagé entre l'espoir d'un maigre salaire et l'horreur du modèle, exécute à contre cceur une ceuvre dont la vanité bourgeoise sera flattée. Au Salon, le bourgeois se pavane avec son épouse devant son effigie, fier de la foule qui la contemple, sourd aux quolibets. La visite du Salon est, d'ailleurs, une obligation pour le bourgeois qui se prétend ami des arts; il accomplit rapidement ce devoir, se faufile dans les salles bondées, essayant de découvrir les toiles à la mode

par dessus les épaules et les chapeaux. En 1857, Courbet le scandalise; la sculpture effarouche sa pudeur. Dans une scène typique, un père, présentant son fils à un peintre, l'assure que si l'enfant n'a pas assez de moyens pour être épicier, il fera de lui un artiste.

Ces plaisanteries faciles étaient alors à la mode; justifiées ou grossies, elles provoquaient le rire à coup sûr. L'œuvre dessiné ou peint ignore le philistin ; par contre, il célèbre, avec une éloquence abondante, l'ami des artistes et des arts, l'amateur, le collectionneur.

Des estampes accrochées à un mur forment sous les jeux de la lumière une symphonie de blancs, de gris, de noirs, de sanguines, que viennent compléter les cartons fermés ou entrouverts. Il y a là pour la palette de Daumier le thème le plus éclatant, le plus caressant ; il sait, en quelques indications, donner l'impression de l'image entrevue et la faire vivre parmi les images qui l'entourent. Toute sa puissance s'attendrit en nuances délicates, impalpables. L'amateur, penché sur un carton ou debout, en arrêt, participe à l'harmonie sur laquelle il se détache et l'on devine une sympathie cordiale de l'artiste pour l'homme à qui les œuvres révèlent leur secret, pour l'ami inconnu sensible à la beauté.

Et voici, dans une exposition trois hommes de goût qui échangent leurs réflexions ; graves, attentifs, recueillis, ils forment, sous le jour qui tombe de haut, un groupe familier et puissant où Daumier, par un don mystérieux, a su mettre une inexplicable grandeur.

xLv. — L'Amateur d'Estampes

COLLECTION PARTICULIÈRE

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