‹ DaumierChapitre 9 sur 52 · VIII. — ROBERT MAC AIRE ET BERTRAND (1837) (H et D · texte numérisé non relu

VIII. — ROBERT MAC AIRE ET BERTRAND (1837) (H et D

Ecarté par les lois de septembre de la satire politique, Daumier se rejette sur la critique des mœurs : il l'a déjà abordée dans la période qui se clôt en 1835. La lutte politique comporte nécessairement une part de satire sociale. A présent il s'y consacre tout entier et donne au Charivari pendant trente-sept ans une collaboration presque continue, interrompue une fois seulement de 1862 à 1864. C'est pour les lecteurs du Charivari qu'il a dessiné la presque totalité de ses lithographies.

lia apporté, dans ce domaine nouveau, une puissance d'artiste qui dépassait infiniment les exigences et, sans doute aussi, la compréhension de la plus grande partie de son public, une pénétration psychologique exceptionnelle, un sens aigu du ridicule. En même temps il a une faiblesse singulière : dépourvu d'esprit littéraire, il est à peu près incapable d'écrire une légende. Il n'en est pas une que l'on puisse lui attribuer avec certitude.

La série célèbre de Robert Macaire fut imaginée par Philipon. Celui-ci ne pouvant plus lutter contre le gouvernement, s'en prenait à la bourgeoisie, soutien du régime. Il s'empara du personnage de Robert Macaire que Frédéric Lemaitre avait rendu populaire et incarna en lui le monde de manieurs

d'argent, spéculateurs véreux, hommes d'affaires, hommes de lois, banquiers, journalistes, charlatans, qui surgissaient dans une époque de prospérité et de gestation économiques. Daumier illustra les textes que Philipon lui fournissait. Cent une planches parurent ainsi, sous le titre de Caricatu rana du 20 août 1836 au 25 novembre 1838 : elles remettaient perpétuellement en scène Robert Macaire et Bertrand, son complice.

Daumier ne se contenta pas de reprendre le type créé par Frédéric Lemaitre. Du bandit fantaisiste aux oripeaux romantiques, il dégagea le filou aux grandes allures, cynique, dominateur, imposant par sa puissante stature, son assurance, ses dehors d'homme du monde. Bertrand, matois, pusillanime et famélique, revêtit avec une égale aisance les déguisements les plus singuliers.

Les scènes se succédèrent, perpétuellement renouvelées par le décor, par la présentation, avec une vérité, un bonheur constants ; pas une pièce où se sente la fatigue. Le public se lassa avant l'artiste, car Daumier avait commencé une suite nouvelle qu'il fallut interrompre devant la satiété des lecteurs.

Les Robert Macaire furent ordinairement vendus coloriés au patron. L'enluminure violente n'est pas désagréable, mais elle masque les délicatesses d'une facture admirable. Il nous est impossible d'insister sur ces mérites. L'exemple que nous avons choisi, après de longues hésitations, permet de deviner le métier savoureux qui exprime une observation riche par des moyens de peintre.

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