‹ David d'Angers et ses relations littérairesChapitre 11 sur 74 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

A rencontre des hommes d'application, tels que le législateur, le magistrat, le soldat, l'industriel, on distingue les hommes d'inspiration, c'est-à-dire le philosophe, l'orateur, le poète, l'historien. A ceux-ci se rattache l'artiste. Victor Hugo le rappelle dans une page lyrique dédiée précisément à David, lorsque, délimitant le champ d'action des hommes de pensée suivant le mode d'expression propre à chacun , il vient de dire : « La forme au statuaire 1 » A peine a-t-il énoncé cet axiome qu'il s'empresse d'ajouter:

La forme, ô grand sculpteur, c'est tout et ce n'est rien: Ce n'est rien sans l'esprit, c'est tout avec l'idée.

Or, le penseur, habile à parler salangue, estun auxiliaire précieux pour l'artiste qui, le plus souvent, n'a pas bénéficié d'une formation littéraire. Si bien doué qu'on le veuille, l'homme dont l'esprit n'a point été discipliné à l'heure de la jeunesse éprouvera toujours quelque embarras dans l'expression juste de l'idée. L'inexpérience, la gaucherie, des fautes plus graves encore déparent maint ouvrage moderne sorti des mains du peintre ou du statuaire. Estce indifférence ou présomption ? Je ne puis le dire, mais soyez sûr que l'artiste contemporain dont je parle s'est abstenu de vivre dans l'intimité des lettrés. Ceux-ci l'auraient averti à temps de son erreur, tandis que le chefd'œuvre incomplet du maître ombrageux qui a craint d'ouvrir son atelier au penseur en pleine possession de ses facultés intellectuelles, va porter à jamais l'empreinte de lacunes regrettables. Les artistes de la Renaissance se montraient moins méfiants à l'endroit des hauts esprits de leur époque. Dans l'ancienne France, le peintre et le sculpteur nous apparaissent en société constante avec les philosophes ou les poètes: Champaigne fréquente Port-Royal, Le Sueur est l'ami des Chartreux, Mignard est chez Mo-

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