‹ David d'Angers et ses relations littérairesChapitre 13 sur 74 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

aveu, une sorte de deuil domestique pour nous-même. L'un de nos rêves d'enfant s'évanouissait. L'espoir longtemps nourri de rencontrer un jour le mâle ouvrier de tant d'œuvres robustes nous échappait. David était mort. Pendant de longues heures nous assaillîmes de questions l'un de nos professeurs, car nous étions encore au collège; nous voulions savoir en quoi consiste le modelage de la terre, sa cuisson, le moulage, la fonte. Un point surtout nous intriguait. Avait-on conservé les plâtres originaux de David d'Angers, de telle sorte qu'il fût possible de procéder à une fonte nouvelle si, par hasard, une œuvre du maître disparu venait à subir quelque outrage ? Il était manifeste pour le psychologue ou le simple observateur que l'enfant curieux, aux interrogations pressantes, avait voué à David une sorte d'affectueuse admiration qui déjà lui permettait de vivre par la pensée, en dépit du temps ou de l'espace, dans l'intimité de son modèle.

Adieu donc, jeune ami que je n'ai pas connu,

a dit un poète de ce siècle en déplorant de n'avoir pu converser avec André Chénier. Pour un peu, nous aurions retouché le vers de notre devancier, afin de l'adapter à nos regrets; pour un peu, nous aurions dit nous-même :

Adieu, maître puissant que je n'ai pas connu!

La ville d'Angers commanda, dès 1856, le buste du sculpteur. Toussaint, l'élève de David, honoré de cette commande, mais empêché par la maladie de répondre promptement au vœu des Angevins, retint plusieurs années dans son atelier le marbre ébauché. Cependant on annonçait de temps à autre l'achèvement du buste et son inauguration prochaine. Nous pouvions avoir dixhuit ans, lorsqu'au retour d'une station prolongée au Musée

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