INTRODUCTION XXI
rien t Nous -même nous avons pris pour règle de parler des maîtres « à loisir, sans lassitude et avec amour ». N'engageons donc point l'avenir. Réservons notre liberté. Mais, à tout événement, il n'est que temps de fermer cette parenthèse. Nos souvenirs personnels tiennent trop de place ici, puisque nous avions le projet de n'offrir au lecteur que les « Mémoires des autres »I
Nous aurons à faire, au cours des pages qui vont suivre, de fréquents renvois à deux ouvrages dans lesquels il est longuement parlé de David d'Angers et de son œuvre. Ce sont nos propres publications :
David d'Angers, sa vie, son œuvre, ses écrits et ses contemporains (Paris, E. Pion, Nourrit et 0% 1878, 2 vol. in-8°).
Histoire et description des Musées d'Angers : Musée de peinture et de sculpture, Musée David, etc. (Paris, mênaes éditeurs, iSSo, 1 vol. in-8»).
Nous inscrivons ici, pour n'y plus revenir, le titre développé de ces deux ouvrages, que nous donnerons désormais en l'abrégeant. Nous allégerons de la sorte, autant que possible, les notes et commentaires, d'ailleurs très succincts, nécessaires à l'éclaircissement des autographes insérés dans ce recueil.
Pajoii, Roland, Louis David, Dejoux, "Vincent, Ménageot, Lecomte, Lemercier, Jeuffroy, au maire d'Angers.
Demande d'une pension en faveur de P.-J. David, élève de l'École des beaux-arts à Paris.
Paris, 12 février 1811.
A Monsieur le Maire de la ville d'Angers. Monsieur,
J'ose solliciter votre bienveillance en faveur d'un jeune artiste natif d'Angers, nommé David.
Ce jeune homme, venu à Paris depuis un peu plus de deux années, avec le désir de s'occuper de l'étude de la sculpture, s'est livré à ce travail avec beaucoup de zèle, et avec tant de succès qu'il a remporté, l'année dernière, le deuxième grand-prix de sculpture. 11 vient, tout récemment encore, de remporter le prix de la « tète d'expression », qui lui a été décerné d'une voix unanime.
De tels succès ne sont point ordinaires parmi les jeunes élèves, et ils sont d'autant plus étonnants pour le jeune David qu'il est nécessairement détourné de ses éludes par Tobligalion de
pourvoir à sa subsistance. Son père, qui peut à peine suffire à la sienne et à celle de ses autres enfants, est dans l'impossibilité de le secourir. Il serait à désirer que la commune d'Angers pût assurer à cet intéressant jeune homme un secours annuel qui l'aidât à poursuivre ses études, sans qu'il en fût sans cesse détourné par la nécessité de gagner sa vie.
La ville de Liège a accordé un bienfait de cette nature à un jeune sculpteur nommé Rutxhiel, présentement à Rome, après avoir remporté le grand-prix.
Il y a tout lieu d'espérer que le jeune David ne tardera pas à obtenir le même succès. 11 n'en serait probablement privé que par la nécessité de travailler pour vivre ; alors vous concevez^ Monsieur, combien il importe de le mettre à même d'étudier sans interruption.
J'ai pensé ne pouvoir m'adresser mieux qu'à vous, pour solliciter cette faveur de votre commune.
Vous aurez la gloire de contribuer aux succès d'un artiste qui, dévoré du désir de se distinguer et doué par la nature des plus heureuses dispositions, ne pourra qu'illustrer son pays.
Je n'ajouterai qu'un fait qui vous donnera une idée du zèle de ce jeune homme : je l'ai vu cet hiver travailler sans feu, se nourrissant de pain et d'eau et passant les nuits à étudier.
La meilleure constitution ne pourrait résister longtemps à un tel régime.
Il ne tient qu'à vous d'adoucir son sort, et j'espère tout de votre zèle et de votre amour pour les arts.
Agréez, Monsieur le Maire, l'assurance de la parfaite considération de votre très humble serviteur,
Pajou, peintre d'histoire.
Rue Jacob, 16, faubourg Saint-Germain;
J'appuie la présente sollicitation en faveur du jeune David, qui en a un très grand besoin et qui le mérite par ses excellentes qualités.
Roland,
Membre de l'Institut et de la Légion d'honneur, et professeur des Écoles spéciales des beaux-arts.
On ne psut dire rien de plus vrai que ce qui est relaté dans la présente demande : les progrès du jeune David se sont passés en quelque sorte sous mes yeux et je puis assurer également que je n'ai jamais vu de pareilles dispositions.
David,
Premier Peintre de S. M.'] 'Empereur, officier de la Légion d'iioniieur, merabi'e de l'Inslitut ImpùriaL
Dejoux,
Sculpteur, membre de l'Institut et de la Légion d'honneur.
Je me plais à donner au jeune David un témoignage de l'estime que je fais de sa personne et de ses talents distingués.
Vincent,
Membre de la Légion d'honneur et de l'Institut de France.
Professeur aux Écoles spéciales des beaux-arts à Paris.
Je rends ici témoignage des bonnes dispositions et de la conduite parfaite de M. David, dont j'ai suivi les études à l'Académie, où il a remporté avec honneur plusieurs prix qui attestent un talent qui n'attend que le moyen de se perfectionner. Ce jeune artiste, si intéressant sous tous les rapports, qui a beaucoup reçu de la nature et rien de la fortune, serait en tout on ne peut plus digne de ce que les amis des arts et la ville d'Angers pourraient faire pour lui faciliter le moyen de poursuivre ses études et de contribuer un jour à l'honneur de l'art du statuaire et de sa patrie.
Ménageot,
Ancien directeur de l'Académie de France à Rome. Professeur de Ecoles des beaux-arts.
Membre de l'Institut et de la Légion d'honneur.
Certifié véritable le témoignage rendu aux talents et aux bonnes mœurs du jeune David.
F. Lecomte,
Meml)ro de l'Institut.
Recteur et administrateur des Écoles de peinture, sculpture et architecture.
Je connais le jeune artiste David et je l'estime autant que
je l'affectionne. Si sa ville natale peut venir à son secours, je crois qu'elle ne peut faire une meilleure œuvre.
Lemercier.
Jeuffroy,
Membre de l'Institut, professeur de l'Ecole Impériale de gravure sur pierres fines.
Archives vninicipales d'Angers. — Est-Il nécessaire de présenter au lecteur chacun des signataires de cette lettre, tout à l'honneur de David encore élève de l'Ecole des beaux-arts? C'est d'abord le peintre Jacques- Auguste Pajou, puis le sculpteur Roland (Philippe-Laurent), maître de David, puis le peintre des Sublnes, qui avait également donné ses leçons à son jeune homonyme, le sculpteur Claude Dejoux, les peintres François- André Vincent et François-Guillaume Ménageot, le sculpteur Félix Lecomte, le graveur en pierres fines Romain-Vincent Jeuffroy et enfin Lemercier. Quel est ce Lemercier? L'absence de titre à la suite du nom autorise plus d'une hypothèse. A tout hasard nous apportons la nôtre. Nous devons être en présence de Louis-Jean-Népomucène Lemercier, entré à l'Académie française en 1810. Mais que viendrait faire un littérateur au milieu de tant . d'artistes ? Ne nous hâtons pas de le proscrire. Lemercier a quelque droit de signer une requête que revêt de sa griffe Louis David, le Premier Peintre de l'Empereur. Ouvrez le discours de réception à l'Académie française de Victor Hugo, successeur de Lemercier : vous y lirez que le poète d'Agamemnon fut l'ami de David. Ouvrez les Archives de l'Art français : vous y trouverez une lettre du peintre au marquis de Brusiartdans laquelle David ne craint pas de revendiquer le poète pour son élève. Au surplus, Lemercier s'autoiise ici de son amitié pour l'artiste angevin. L'amitié a partout le droit de se faire entendre. Il est à remarquer que la requête adressée au maire d'Angers, et qui reçut d'ailleurs un accueil favorable, valut à ses auteurs une récompense flatteuse. De retour d'Italie, David d'Angers modela le médaillon de la plupart des signataires de la lettre ci-dessus. Pajou, Roland, Louis David, Dejoux et Lemercier reçurent du statuaire cet hommage délicat. Vincent et Ménageot étaient morts en 1816, au moment où notre David était à Londres. Lecomte ayant succombé en février 1817, son protégé de 1811 n'eut pas le temps de reproduire son profil. Reste Jeuffroy, mort seulement en 18:26, presque octogénaire, mais Jeuffroy vivait dans ses derniers temps hors de Paris. Rien de surprenant à ce que David n'ait pu commodément reconnaître le service dont il lui était redevable. Le maire d'Angers obtint sans peine de la municipalité un secours de cinq cents francs pour l'artiste si chaleureusement recommandé. Puis, en cette même année 1811, David ayant remporté le grand-prix, une allocation de 1,200 francs lui fut alors votée par sa ville natale.
David au sculpteur Philippe Roland.
La nature et l'aiiLique. — Rome. — Monte Cavallo. — La statue du Jeune Berger.
Rome, le ^23 mai 1812.
Mon cher Maître,
Je parais à vos yeux un homme négligent : en apparence je mérite ce reproche, mais je pense que quand je vous aurai dit quels sont les motifs qui m'ont empêché de vous écrire, j'ose croire que je ne vous paraîtrai plus si coupable.
D'abord, dans les lettres que j'ai écrites à M. Pajou, je l'ai toujours prié de vous présenter mon respect. Je ne voulais pas vous écrire sans vous envoyer le croquis de ma figure. J'ai cherché à voir toutes les belles choses que cette superbe Rome renferme, et c'est, il me semble, dans les premiers instants oîi l'on arrive dans cette ville qu'on doit voir beaucoup; c'est la seule raison qui m'a engagé à faire une figure de jeune homme, ce qui ne me tiendra pas très longtems; outre cela que le modèle est très beau, et tout est beau à étudier dans celte pose, je n'ai pas balancé à faire cette figure-là. J'ai dessein de mettre à ses pieds un petit chevreau qu'il vient de tuer par mégarde.
Je tâche autant qu'il m'est possible de suivre dans mes études la route que vos précieuses leçons m'ont tracée ; je ne manque pas d'aller tous les soirs étudier d'après le modèle qui pose à l'Académie. Je dessine d'après l'antique : je sais que vous m'avez toujours dit que l'antique servait à faire voir les beautés qui existent dans la nature. Privé du bonheur d'avoir tous les jours vos conseils, il ne me reste de ressources, tant que je serai à Rome, que ces deux maîtres, la nature et l'antique; je dois à vos conseils la connaissance du fruit qu'on peut tirer de l'étude de ces deux maîtres, et j'ose croire que vous mettrez le comble à tous les bienfaits dont vous m'avez honoré en me donnant toujours vos avis.
Je vais souvent voir les statues de Monte Gavallo; je vais tâcher de dessiner ces figures de tous les côtés et de les mesurer. Il me semble que ces figures sont un type qui montre ce que doivent être des statues exposées à l'air. Elles me paraissent beaucoup plus grandes qu'elles ne sont réellement ; de quelque manière qu'elles soient éclairées, c'est toujours de la sculpture surprenante. Voilà l'effet que ces figures me font. Après cela, j'attends votre sentiment sur cette sculpture, parce que je me défie de mon inexpérience. Je pourrais peut-être voir avec les yeux d'un jeune homme qui est enthousiaste de ce que les Grecs ont produit.
Cette année, je vais l'aire cette figure de jeune homme: je la fais juste de la grandeur du modèle; l'année prochaine, un bas-relief; pendant ce temps-là, je m'occuperai de trouver le sujet d'une figure de ronde bosse que je désire exécuter, en marbre, s'il m'est possible. Je vous prie de me dire ce que vous pensez de ces projets-là.
Gomme je ne peux travailler toute la journée à ma figure, ce qui me reste de temps je l'emploie à dessiner d'après l'antique : cela varie mon genre de travail d'une manière avantageuse.
Je vous assure que je fais tout mon possible pour qu'un jour vous vous applaudissiez des bontés que vous avez eues pour moi ; bontés qui m'inspirent de vifs sentiments de reconnaissance. Veuillez, je vous prie, en agréer respectueusement le témoignage, ainsi que celui de mon respect.
Votre élève, David fils.
Je vous prie de présenter mon respect à M""^ Roland, ainsi qu'à M. et à M-^e Lucas, et à ce respectable M. Dejoux et à M. Vincent.
P. S. — Si j'étais à Paris, j'aurais eu le plaisir de vous embrasser et de vous souhaiter une bonne fête; je vous assure que c'est une grande privation pour moi. Je m'en dédommage comme jele puis: ne pouvant vous parler ni vous voir, je vous écris; de cette manière je passe une journée avec vous, c'est une journée de bonheur.
Je viens d'apprendre que trois de vos élèves venaient d'être reçus aux prix : j'en suis enchanté pour ce bon Massa ; je leur désire beaucoup de bonheur. Je pense que Van Gheel doit travailler avec beaucoup de courage ; il a de bien belles espérances cette année.
Collection A. Bovet. — Cette lettre a d'abord fait partie du cabinet Lucas de Montigny, gendre du sculpteur Roland. Les autographes rassemblés par cet amateur a3'ant été mis en vente eu 1860, la lettre de David passa entre les mains de M. Charabry, dont la collection fut vendue en 1881. C'est à cette époque que M.Bovet devint possesseur de la lettre qu'on vient de lire. Elle a de nouveau passé en vente en 1885. La statue du Jeune Berger dont parle notre artiste est aujourd'hui au Musée David. D'api'ès le croquis à la plume joint à la lettre du 23 mai 1812, nous voyons que le sculpteur avait placé un chevreau demi-couché et percé d'une flèche aux pieds de son Berger. Roland désapprouva sans doute la présence de l'animal. Il n'en reste pas trace dans l'œuvre définitive de David. Une seconde lettre de l'artiste, également adressée à Roland, sous la date du 18 décembre 1812, contient l'annonce de l'achèvement du Jeu7ie Berger.[{Yoir David d'Angers, etc., t. II, p. 363.)
Madame Benoist à David.
Bontés de Canova pour le sculpteur. — Louis David. — Aparicio.
A M. David, sculpteur, pensionnaire à Rome.
J'ai reçu votre lettre, mon cher David. Je suis ravie des bontés de Canova. Yoyez-le et dites-lui mille tendres choses pour une personne qui l'aime et le révère. Tout le bien qu'il vous fera, j'en prends ma part de reconnaissance; dites-le-lui bien.
Travaillez beaucoup. David vous remercie de votre souvenir; il vous garde, ainsi qu'à notre bon Aparicio, toute son amitié. .Te suis pressée et ne puis vous en dire plus. J'ai vu la famille M... qui vous est bien attachée. Je verrai votre père à Angers. Je pars dans un mois.
Recevez l'assurance de mon attachement,
Emilie Benoist.
L'on me presse. Adieu. Revenez avec un grand talent.
Colleclion David d'Angers. — Cette lettre n'est pas datée. Nous la supposons écrite en 1812. Marie-Guilhelmine Lavillc-Leroux, peintre, élève de M""" Vigée-Lebrun et de Louis David, avait épousé, en l'an VI, Pierre-Vincent Benoist, homme politique et publiciste, né à Angers en 17o8, mort en 1834. M"" Benoist, fort connue à son époque comme portraitiste, avait obtenu au Salon de 1804 une médaille de première classe. C'est à M™" Benoist que sont dédiées les Lettres sur la mythologie de Demousliers. José Aparicio, élève de Louis David, était pensionnaire durci d'Espagne à Paris. Sa réputation, fondée dés 1804, ne fut pas moins grande que celle de Girodet.
Cartellier à David.
Commande du Condé.
Juillet 1816.
A Monsieur David, statuaire.
Je m'empresse, Monsieur^ de vous prévenir que le ministre vient de vous charger d'une statue. Venez me voir demain entre 8 et 9 heures du matin, je vous donnerai des renseignements à ce sujet. J'éprouve un grand plaisir à vous apprendre cette nouvelle qui vient de me parvenir à l'instant.
Votre dévoué serviteur,
Cartellier.
Collection David d'Angers. — Ce billet, non daté, [fut écrit entre le 11 et le 16 juillet 1816 et a trait au Condé. Le sculpteur Roland avait reçu la commande d'une statue de Condé que la mort ne lui laissa pas le temps d'exécuter. Roland mourut le 11 juillet 1816. C'est alors que l'on eut la pensée de charger David de succéder à son maître dans l'exécution de la statue du vainqueur de Roci'oy, destinée à la décoration du pont Louis XVL II n'est pas téméraire de penser que le sculpteur Pierre Cartellier, membre de l'Institut, a pu s'intéresser à David en cette occasion d'une importance capitale pour l'avenir du jeune artiste. La commande officielle, signée de Laine, ministre de l'Intérieur, porte la date du 16 juillet 1816.
De Villemorge à David.
La statue de Condé. — La Tête d'Ulysse.
Angers, le i" août 1816.
Le Maire de la ville d'Angers, chevalier de V Ordre royal et militaire de Saint-Louis., à Monsieur David, sculpteur.
Monsieur,
Ayant appris par les papiers publics la preuve honorable de confiance en vos talens, que S. Exe. le ministre de l'Intérieur vient de vous donner, j'ai su par cette annonce même votre retour à
Paris et j'en profite pour vous exprimer moi-même combien le conseil municipal de la ville d'Angers et moi avons été satisfaits de l'offre que vous avez faite à votre ville natale de votre premier ouvrage en marbre. Votre Tête d' Ulysse -est exposée au iMuseum et y réunit tous les suffrages; elle nous donne la certitude que vous justifierez le choix qu'on a fait de vous pour traiter un des plus beaux comme un des plus grands sujets de notre histoire, et cette distinction flatteuse qui vous est accordée est- un motif de joie pour vos compatriotes en général et l'administration de la ville d'Angers en particulier.
J'ai l'honneur d'être avec une parfaite considération, Monsieur, votre très humble serviteur,
De Villemorge.
Collection Henry Jouin. — La commande faite à David par le ministre de l'Intérieur dont il est parlé ici est celle du Condé. (Voir David d'Angers, etc., t. I, p. 118.)
Yl David à Pavie père.
La statue de Bonchamps.
Paris, ce 24 juillet 1822.
Monsieur,
Il y a peu de jours, M. le préfet d'Angers était ici ; il a paru content du monument de Bonchamps. Cela m'a fait plaisir, car je fais de mon mieux ; l'idée que ce monument devait représenter un de nos compatriotes et être placé dans notre cher pays m'a engagé à l'entreprendre pour la faible somme qu'on me donne et qui suffira à peine à payer les frais.
Adieu, Monsieur, conservez-moi toujours une part dans votre amitié, et croyez au sincère attachement de votre très humble serviteur,
David.
Collection Pavie. — Le monument de Bonchamps dont il sera parlé fréqueiameut dans les lettres qui vont suivre est érigé à Saint-Florent, en Vendée.
David à Pavie père.
Sur une « Epître à David, statuaire ».
21 aoust 1824.
Mon cher ami,
Je dois vous paraître bien négligent.
De grâce, ne méjugez pas défavorablement; je désirais vous dire l'efifet que votre trop bienveillante Épître a produit ; je l'ai communiquée à quelques-uns de mes bons amis qui l'ont trouvée ■écrite avec beaucoup de verve et d'une touchante mélancolie ; M. le duc de Brissac en est très content; il l'a gardée.
Bon ami, je sens que je ne puis trouver d'expressions assez fortes pour vous témoigner toute ma reconnaissance; ce qui me touche vivement, c'est la constante amitié dont vous n'avez cessé de me donner des preuves ; croyez que mon cœur en connaît tout le prix. Mais, cher ami, il me semble que cette amitié vous ;a poussé trop loin ; je ne suis point un sujet digne d'inspirer votre beau talent; pour que les récompenses soient honorables, il ne faut pas qu'elles soient prodiguées ; je n'ai encore rien fait pour mériter de pareils éloges.
Je vous ai souvent parlé avec toute l'ardeur possible du désir que j'avais de vous voir produire quelques ouvrages littéraires, persuadé que vous ne pouvez qu'illustrer notre cher pays. Vous avez de beaux sujets, dont vous m'avez parlé; la Vendée même peut vous en fournir de grands. J'admire toujours le courage qui lutte contre de grands obstacles.
Que de choses j'ai à vous dire! Gomme j'attends avec impatience le moment heureux qui me rapprochera de vous ! Je me rappelle nos projets ! Comme le temps me paraît long ! Je voudrais vous écrire encore, mais je suis accablé d'affaires pour le Salon dont l'ouverture est proche, et je n'ai pas terminé mes ouvrages.
Quand vous visitez les environs de notre délicieuse contrée,
rappelez-vous quelquefois de votre compatriote, qui les a gravés dans son cœur, ainsi que le souvenir des bons Angevins.
Adieu, bon ami, indulgence pour mon griffonnage, et assurance de l'éternelle amitié de votre dévoué compatriote,
David,
Collection Pavie. — Louis Pavie, compatriote et condisciple de Chevreul et de David à l'Ecole centrale d'Angers, est resté l'ami du sculpteur jusqu'à son dernier jour. Littérateur, fondateur du journal les Affiches d'Angers et imprimeur, Louis Pavie publia en 1824 une Epitve à M. P.-J. David, statuaire, auteur du Monument de Boncliamps exposé au Salon de i 824. (In-12, 12 p.) C'est au sujet de cet opuscule que David a écrit la lettre qui précède.
David à Pavie père.
La Religion. — Statue de Racine. — L'Innocence implorant la Justice.
Paris, ce 25 décembre 1824.
Je profite de votre obligeance, mon cher ami, pour vous prier de remettre cette lettre à Madame Papiau. Je profite aussi de cette occasion pour vous réitérer l'assurance de mon éternelle amitié et des vœux que je fais pour votre bonheur.
Depuis que j'ai eu le plaisir de vous voir, j'ai travaillé beaucoup. Enfin le modèle de la statue de Racine est terminé, et le bas-relief de la cour du Louvre le sera dans deux ou trois jours. Tous ces travaux m'ont empêché de voir votre fils aussi souvent que je l'aurais désiré. Il est si bon, si intéressant que c'est vraiment une privation pour moi quand je ne le vois pas. J'ai acquis la conviction que la tendresse paternelle ne vous a point aveuglé à son égard ; vous ne m'en aviez rien dit de trop. Demain dimanche il vient dîner avec moi-, nous parlerons de vous, de ses chers parents, car c'est tout son bonheur.
Adieu, cher ami, portez-vous bien, et croyez à l'entier dévouement de votre ami,
David.
Collection Pavie. — La lettre destinée à M™" Papiau de laVerric et dont il est parlé ici était relative au petit monument élevé à la mémoire de son fils Raymond, mort à neuf ans en 182i\ Ce monument représente la Religion. Il a été érigé dans le cimetière d'Angers. Le bas-relief do la cour du Louvre a pour su'joiV Innocence implorant la Justice. [David d'Angers, etc., t. II, pp. 461,462,475.)
David à Pavie père.
Sur une page de poésie.
Paris, ce 21 mars 1825.
Mon cher ami,
Le sujet que vous avez traité est touchant et écrit avec une grande verve ; quoique vous en disiez, je crois que vous devez renoncer aux chansons pour prendre ce genre élevé qui convient à votre talent et à votre caractère. C'est aussi le seul qui convienne aux hommes. Je ne connais rien à ce qu'on appelle la facture des vers : quand j'en lis je cherche des idées, et j'en al beaucoup trouvé dans votre dernier ouvrage; il m'a intéressé vivement, aussi je réclame de votre amitié un exemplaire.
En revenant de conduire au cimetière notre malheureux compatriote Béclard, j'ai rencontré notre jeune ami; il m'a dit que vous ne tarderiez pas à venir nous voir à Paris. Yenez, venez, cher ami, vous nous rendrez bien heureux tous les deux.
Recevez l'assurance de l'entier dévouement de votre ami,
David.
Collection Pavie. — Béclard (Pierre-Augustin), médecin distingué, né à Angers en 1788, est mort à Paris en 1825. L'ami rencontré au retour des obsèques du docteur Béclard, c'est Victor Pavie, alors collégien à Paris.
David à Victor Pavie.
Une ode sur Béclard. — La Religion.
Ce vendredi 22 avril 1825.
Mon cher ami.
J'ai lu avec un bien grand intérêt les vers que vous venez de faire pour Béclard. 11 me semble qu'ils sont pleins de verve.
Dimanche matin, vers deux heures, j'irai à votre pension pour vous faire sortir. Nous en causerons.
J'attends avec impatience l'épitaphe que votre ptre doit m'envoyer pour graver sur le tombeau que je fais pour M'""= Papiau. Tout à vous de cœur,
David.
Collection Pavie. — Il est parlé du tombeau de Raymond Papiau dans la lettre du :2o décembre 1824.
David à Victor Pavie.
Conseils à un collégien.
Ce dimanche \." mai 1825.
Combien j'ai été contrarié de n'avoir pas pu retourner à votre pension, jeudi passé. Je suis si pressé ! Ne m'en voulez pas, mon jeune ami, si jeudi prochain je ne vais pas vous voir : j'ai un modèle vivant qui pose depuis le matin jusqu'au soir ; mais de dimanche en huit j'irai vous cliercher et nous dînerons ensemble.
Courage, travaillez beaucoup, c'est le moyen de chasser l'ennui. Rien ne doit vous effrayer si vous voulez faire de grandes choses. Un ruisseau est arrêté par une digue, le torrent la franchit.
J'ai fait voir votre pièce de vers à des hommes qui s'occupent beaucoup de littérature. Ils en ont fait un grand éloge, eu égard à votre jeunesse. Je dois vous dire qu'ils pensent que si vous continuez ainsi, nous aurons un poète distingué de plus en France. Vous devez concevoir combien j'ai été content d'entendre dire toutes choses que j'avais pensées de mon jeune compatriote.
Tout à vous de cœur,
David.
Si vous avez besoin de quelque chose, voici mon adresse : Place de l'Estrapade, n° 34.
Collection Parie. — Lasuscription de cette lettre porte : « M. Pavi(\ lue Saint-Antoine, pension de M. Fuvart. »La pièce de vers dont parle ici Daviil est l'ode sur Béclard.