‹ David d'Angers et ses relations littérairesChapitre 26 sur 74 · LXXXI · texte numérisé non relu

LXXXI

David à Lamartine.

Exposition de la Jeune Grecque au tombeau de Marco Botzaris.

Lundi matin, 14 août '1834.

Monsieur,

La statue que je donne à la Grèce, et qui doit être placée sur le tombeau de Marco Botzaris, est exposée au musée Golbert, rue Vivienne, n° 2; je serais heureux qu'il vous fût possible de disposer de quelques instants pour aller la A^oir; elle ne sera visible que peu de jours.

J'ai l'honneur d'être, avec respect, votre très humble serviteur,

David.

P. S. — L'extrême embarras dans lequel je me trouve, pour terminer un ouvrage avant mon départ pour l'Allemagne, est la raison qui m'a empêché d'avoir l'honneur de vous voir; mais je ne partirai pas sans aller vous faire mes adieux et prendre vos commissions.

Collection Lamartine. — La Jeune Grecque datait de 1827. Le marbre avait paru au SaJon de cette même année. L'exposition de 1834 dans la galerie Vivienne fut très courte. {Micsées d'Angers, p. 101.) Il est longuement parlé de cet ouvrage, l'un Ces plus attachants que le maîti'e ait laissés, dans David d'Angers^ etc. (t. I, pp. 171-179, 478-483, 594).

David à Pavie père.

Départ du statuaire pour rAlIeniagnc. — David fa-t son teslament.

Paris, 4 septembre 1834.

Mon cher ami,

Nous partons à l'instant pour notre voyage d'Allemagne. Nous allons voir probablement bien des choses intéressantes, mais nos pensées seront souvent à Angers. Nous n'oublierons

pas que nous y avons trois amis, qui nous conservent une place dans leur cœur.

Nous avons écrit nos dispositions à l'égard de notre pauvre petit Robert; si un accident nous retirait de la vie tous les deux, nous t'aimons tant que nous pensons bien que tu ne refuserais pas d'être utile à notre enfant.

Adieu, mille tendres amitiés de notre part,

A toi de cœur, David.

Collectio7i Pavie. — Un second billet du statuaire, daté du même jour e*^ adressé à Louis Pavie, renferme ce post-sci'iptum ;

Nous avons déposé, dans notre secrétaire, notre testament. C'est une consolation pour nous de penser que notre pauvre petit Robert trouverait en toi un soutien dans la vie.

LXXXÏII

David à Pavie père.

L'Allemagne vue par un ai'tiste en 1834. — Le peintre Carl-VVillielm Wach. — Raucii. — Adalbert de Cliamisso. — Ludwig ïieck. — L'amour de la patrie.

Dresden^ 30 octobre 1834.

Mon cher ami,

Un volume ne suffirait pas pour te donner une idée de toutes les sensations heureuses que j'ai éprouvées jusqu'alors dans cet imposant voyage d'Allemagne. Gomment parler de cette nature si grande, si poétique; de ces hommes pleins de science, de génie, si bons, si aimants ! Quand je pen-e à t'en donner une idée, les sujets arrivent en foule à ma mémoire, et je ne sais par oti commencer, et je n'ai que cette feuille de papier. Quand nous avons fait le voyage d'Allemagne avec Victor, nous étions si pleins de la grande figure que nous venions de voir, que tout nous paraissait petit et insignifiant. En repassant par les lieux que nous avions visités, j'ai éprouvé un sentiment de honte en pensant que cette nature grandiose ne m'avait pas remué da-

vantage à mon premier voyage. Tout porte à de sérieuses réflexions dans ce pays, dont les habitants ont conservé quelque chose de primitif dans leurs mœurs. Le peuple allemand n'a pas, comme tant d'autres, ce ral'tinement de civilisation minaudière qui est, je crois, le cachet de la décrépitude d'une nation; la nature, en Allemagne, est grandiose, sévère, et la terre d'une abondance extraordinaire. Depuis l'Alsace jusqu'à Magdebourg, qui est à peu près à vingt lieues de Berlin, la terre rapporte tous les ans deux récoltes; aussi elle porte un peuple heureux et laborieux. Derrière les immenses forêts d'arbres d'un vert sombre, vous voyez de belles montagnes bleues dont les formes sont énergique et dessinées à grands contours. Ce n'est pas comme en Italie, où les montagnes élèvent leurs ossements arides jusqu'au ciel, et où vous ne voyez aucune végétation. Dans la Germanie, vous êtes sûr que sur ces montagnes, si belles pour le paysagiste, l'agriculture règne aussi. Des routes magnifiques sillonnent l'Allemagne, et, ce qui peint la bonté de ce peuple, des berceaux bien ombragés et des fontaines sont là de distance en distance, pour le pauvre voyageur. Des postillons qui jouent presque toujours leurs airs nationaux, et partout une politesse, une urbanité et une probité qui sont de tous les instants, parmi les gens qui servent les voyageurs. Tout cela n'est point de l'engouement de ma part, c'est de la justice.

Nous avons passé un mois à Barlin; nous nous sommes justement trouvés à l'époque du Salon, ce qui était extrêmement intéressant pour moi. Les peintres de paysage pourraient certainement rivaliser avec les nôtres, mais les peintres d'histoire sont d'une médiocrité désolante. Il y en a cependant un, M. Wach, qui a un talent extrêmement remarquable ; il est élève de Gros. La sculpture est très faible, à l'exposition, mais il y a à Berlin un homme d'un très grand talent, c'est Rauch; j'ai fait son buste.

J'ai vu beaucoup de littérateurs très distingués. J'ai fait la connaissance de M. de Chamisso, émigré français, qui s'est fait naturaliser Allemand; c'est l'auteur de Pierre Schlemihl, l'homme quia perdu son ombre; il est aussi très grand poète.

J'ai fait plusieurs médailles, et enfin nous nous sommes arrachés des bras de tant d'amis que nous nous étions faits dans cette ville, où il y a de si belles et de si grandes choses à v( ir.

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