GLU
David à, Victor Pavie.
Une lecture chez Lamennais.
Paris, 9 mars 1840.
Mon cher Victor,
Aujourd'hui, j'ai passé plusieurs heures auprès de M. de Lamennais ; il m'a lu des fragments de son grand ouvrage de philosophie qui, j'espère, sera bientôt hvré à l'impression. Le chapitre sur la philosophie de l'art chez tous les peuples et les phases qu'il a traversées à différentes époques est vraiment sublime. Quelle poésie ! Quelle profondeur de pensées unies à un style si pur et si animé! J'ai senti un bien vif bonheur d'être initié à cette source si précieuse qui doit bientôt se répandre dans le monde intellectuel comme un océan de lumière. Il m'était impossible de ne pas être profondément ému en recueillant de si hautes pensées émanant de l'homme sublime que j'avais devant moi. Cet homme si bon, si noble, si plein de tendre affection pour la pauvre et trop souvent ingrate espèce humaine, cet apôtre de la vérité, ce philosophe compatissant de l'avenir, vit au milieu des privations de tout genre, car le peu qu'il a, il le partage avec les aflligés ; cet homme auquel l'avenir élèvera des statues occupe pour le présent un petit appartement sous le toit. La maison qu'il habite donne sur le boulevard, au coin de la rue de la Michodière. L'irniombrable quantité de voitures qui roulent sur le boulevard font continuellement trembler la maison, et lorsque la tête du grand écrivain s'illuminait enlisant, je pensais à Moïse sur le mont Sinaï, ébranlé par le tonnerre qui grondait à ses pieds. Ah! certainement, cet homme qui porte l'univers en volcan dans son cerveau devait aussi habiter prôs du ciel ; il convenait qu'il vit sans cesse à ses pieds des myriades d'êtres qui paraissent autant de fourmis agitées, ignorantes de tout ce qui n'est pas dans la boue, leur cher et constant élément. Leur vue troublée ne saurait fixer l'astre qui brille au dessus d'eux. M. de Lamennais est un de ces astres trop rares à notre époque qui doit, en jetant une vive lumière sur elle, l'empêcher dêlre
un jour complètement ensevelie dans la nuit obscure de l'oubli. Dieu envoie à la terre, même dans les instants les plus désespérés, de ces hommes types, phares resplendissants, qui attestent la présence de l'àme divine au-dessus de la matière.
Dans la petite chambre de mon illustre ami, j'ai vu, non sans un sentiment profond de reconnaissance, deux de mes ouvrages : son buste en marbre, que je lui ai donné, et le dessin représentant le Christ assis sur le iMonde et écrivant avec son sang ce code éternel de l'humanité : Liberté, Égalité, Fraternité.
En sortant de chez M. de Lamennais, je ne pus m'empêcher de gémir sur l'ingratitude et la cupide méchanceté des hommes. Tous ceux qui ont voué leur génie et leur existence à l'amélioration de l'espèce humaine ont été malheureux et calomniés, et la haine de l'immense quantité d'hommes qui profitent des abus les a souvent poursuivis bien au delà du cercueil. Peu de voix se sont élevées pour les défendre. Quelques lignes seulement arrachées à une évidence trop puissante sont réservées à ces bienfaiteurs de l'humanité. Mais qu'une tête couronnée bouleverse des nations, mette l'Europe à feu et à sang, plonge des milliers de familles dans le deuil, des peuples dans l'esclavage^, alors des volumes ne suffisent pas même pour raconter tous ces hauts faits !
La justice n'est donc pas possible sur cette terre ? Sans doute que Dieu a voulu la réserver pour une autre vie, car si l'homme trouvait le bonheur, la vérité, dans celle-ci, il prendrait la préface pour le livre, livre sublime qu'il lira quand il aura laissé sa chaîne matérielle dans le cercueil.
Emilie et moi, nous vous souhaitons à tous bonheur et santé.
A toi de cœur,
David.
Colleclion Pavie. — Les chapitres lus par Lamennais au statuaire ont pris la forme d'un volume sous le titre De l'Art pt chi Beau (in-12), après avoir été publiés dans le tome \\l d.^ Y Esquisse d'une pliUosophie. [{^•à.v'i^, 1841-184C, 4 vol. in-8".)
GLIII
Le baron Petit à David.
La médaille du général.
Paris, 17 mars 1840.
Monsieur,
Plusieurs fois je me suis présenté chez vous pour vous prier d'agréer mes sentiments et mes bien sincères remerciements de l'envoi obligeant que vous avez bien voulu me faire. Je suis confus, et pénétré de la plus vive reconnaissance. Je voudrais bien trouver des expressions qui pussent vous exprimer toute ma gratitude. Mais cela est au-dessus de mon pouvoir. Vous avez voulu, Monsieur, consacrer quelques-uns de vos moments à retracer les traits d'un vieux soldat dont tout le mérite consiste aujourd'hui dans son amour de la Patrie, comme à une autre époque, douloureusement célèbre, il ne fut connu que par son dévouement au héros des siècles modernes. Si mon nom, Monsieur, peut échapper à l'oubli, je le devrai à votre beau talent comme à celui de M. Horace Vernet.
Veuillez, Monsieur, agréer les sentiments' de haute considération et de reconnaissance avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble serviteur.
Lieutenant-général , pair de France,
Baron Petit,
Collection David d'Angers. — • On se souvient de l'honneur fait au baron Petit par Napoléon lors des adieux de Fontainebleau. La médaille du général fut modelée en 1840. {Musées d'Angers, p. 178.)
GLIV Pariset à David.
Le médecin en possession de sa médaille.
Paris, ce 29 mars 1840,
Million de grâces pour vous, grand Phidias! Me voilà immor-
talisé par votre beau talent, de qui vous pouvez dire cere perennius. Mon respect pour Madame ; mes tendresses pour vous.Vous m'apprendriez à être fier de moi ; maisje ne le suis et ne le serai jamais que de vos bontés,
E. Pariset.
Collection David d'Angers.
Victor Cousin à David.
Une invitation. — Hugo et Lamartine.
Paris, ... avril 1840 {?).
Cher David,
Ce n'est pas le Ministre qui vous invite, c'est le confrère, c'est l'ami. Que l'ami fasse donc un effort et vienne prendre place entre Hugo et Lamartine.
A jeudi.
Tout à vous de cœur,