‹ David d'Angers et ses relations littérairesChapitre 36 sur 74 · JOMARD · texte numérisé non relu

JOMARD

Collection David d'Angers. — Le médaillon d'Edme-François Jomard, géographe, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, fut modelé en 1846. Jomard avait alors soixante-neuf ans.

CGXXIII

David à Victor Pavie.

La statue de Dombasle. — Le piédestal du Gutetiberg. — Qu'il ne faut pas se laisser abattre par le malheur.

Paris, U juin 1846.

Mon bon et cher Victor,

Je pars sous peu d'heures pour aller à Nancy désigner la place qui conviendrait à la statue de M. de Dombasle, et fixer les proportions de cette statue. Quand j'aurai terminé, j'irai à Strasbourg pour vérifier si le piédestal de la statue de Gutenberg n'est pas trop peu élevé. On le pense dans le pays, et plusieurs voyageurs m'ont parlé dans ce sens. S'il en était ainsi, larchitecte pourrait l'élever de quelques pieds, sans grandes difficultés ; mais il est bon que je m'assure si cela est d'une sérieuse nécessité.

Je vais revoir ce que nous avons admiré ensemble, non plus avec ces belles et poétiques illusions qui ont rendu notre voyage un des points les plus saillants de ma vie. Depuis lors, les déceptions ont fait leur oeuvre en moi.

Le malheur t'a éprouvé bien cruellement^ cher ami. Mais, en grâce, ne courbe pas la tête devant lui. C'est un implacable ennemi qu'il faut s'habituer à regarder toujours en face; il sert à retremper notre âme, il nous force à lutter pour assurer le calme, le bonheur des êtres qui ont droit à nos affections.

Nous apprenons que tu te laisses accabler par un chagrin qui, à la longue, peut te devenir funeste, à toi, à tes parents et à tes chers enfants; une semblable douleur serait excusable chez un homme qui n'aurait pas, comme toi, le bonheur de croire à une autre vie.

Je ne passe pas une seule journée sans penser à toi.

Adieu , cher ami , présente mes hommages à Madame Pavie et crois-moi pour la vie tout à toi de cœur,

David.

P. S. — Rends-moi le service de prendre, à la mairie, mon extrait de naissance, que tu m'enverrais; j'en ai besoin pour cesser mon service dans la garde nationale.

Collection Pavie. — La statue de Mathieu de Dombasie, érigée à Nancy, fut inaugurée en 1850. {David cT Angers, etc., t. Il, p. 503.)

GCXXIV

Henri de Latouche à David.

Les médailles commémoratives des Quatre Sergents de la Rochelle et des frères Bandiera. — Les profils modelés de Chateaubriand et de Déranger. — Godefroid Cavaignac. — La médaille du maître.

Aulnay, 30 août 1846,

Il faut, mon grand artiste, que je sois bien malade, bien faible, bien mécontent de tout mon être chétif, pour n'avoir pas encore accompli mon dessein d'aller vous chercher à Paris et de vous posséder un jour dans nos bois. Quelle fête je me fais d'entendre, en présence d'un beau paysage, parler cette âme qui fait sortir du feu de la cendre des morts et rallume à cette source le flambeau de la liberté !

Je n'ai pas David ici ; mais j'ai du moins les glorieux Sergents, les quatre couronnes sur un billot, et l'urne des Bandiera. Merci cent fois, mon illustre ami. Chateaubriand et Béranger augmentent depuis longtemps ma collection poétique, il ne me manque que le profil de Cavaignac et le vôtre. Voyez si je suis indiscret! et si, comme les enfants, je ne demande pas la bouche pleine!

Au premier jour de santé je prends la voie de fer, j'arrive à l'atelier vous voler le temps de faire un chef-d'œuvre et je vous emmène dans notre pays des loups; lesquels valent mieux encore que les conservateurs et les Français indifférents.

A vous de cœur,

H. DE Latouche.

Collection David d'A7igers. — La médaille des Quatre Sergents de la Rochelle fut modelée par l'artiste en 1846. La face comporte quatre profils accolés deux par deux; au revers est représentée la Liberté, debout prés d'un billot, sur lequel elle dépose quatre couronnes. {Musées d'Angers, pp. 191.) La médaille commémorative de l'exécution des frères Bandiera, fusillés à Cosenza le 25 juillet 1844, pour avoir conspiré contre l'Autriche, fut modelée l'année même de la mort de ces patriotes italiens. La face représente l'Italie approchant une torche de la flamme qui s'échappe d'une urne funéraire sur laquelle est gravé : Nostris ex ossibus ultor. {Musées d'Angers, pp. 200-201.) Le profil modelé de Chateaubriand date de 1830 ; celui de Béranger, de 1830 également; celui de Godefroid Cavaignac, publiciste, de 1834. {Musées d'Angers, pp. 134, 153, 344-345.)

GGXXV

David à son fils Robert.

Conseils du père et de l'artiste.

Août 1846.

Mon cher Robert,

Je pense que Thérèse va te trouver en parfaite santé; amusetoi bien, mais quand tu as quelques instants, occupe-toi de choses sérieuses. Dessine tout ce qui se présente à toi : des barques sur le rivage, avec des marins auprès ; un cheval au repos près d'une voiture; des maisons; les petites baraques des baigneurs. Tout cela t'habituera à rendre les formes de la nature sur le papier. Écris aussi tout ce qui te paraît remarquable sous le rapport du sentiment, et lis le plus que tu pourras. La lecture est un auxiliaire immense pour l'imagination ; c'est ainsi qu'on amasse une précieuse bibliothèque dans son cerveau, et celle-là, on la porte toujours avec soi.

Sois docile aux conseils de ta mère et des personnes qui doi-

vent à leur vie déjà longue l'expérience si utile pour soi et pour les autres.

Sois heureux et aime tes parents comme ils t'aiment.

Tout à toi,

David.

Collection David d'Angers. — Thérèse Olivier, tel est le nom de la domestique dévouée qui vécut durant de longues années au service du statuaire. Son profil, modelé en 1836, a pris place dans la collection des médaillons du maître. {Musées d'Angers, p. 162.)

CGXXVf

David à, Victor Pavie.

Médaille comméraoralive de la mort du maréchal Ney. — David écrivain : V Éloge du sculpteur Roland; YÉtude sur Canova, — Médailles des Quatre Sergents de la Rochelle, des frères Bandiera, des Massacres de Galicie, du Neuf Thermidor, de Labédoyére, des frères Faucher. — Mission de l'art. — Bustes des docteurs Garnier et Ollivier. — Le monument de René d'Anjou. — Les bas-reliefs du théâtre de Bèziers. — L'architecte Binet. — Le buste de M"" Mars. — Le Musée David inapprécié. — Le Voyage en Halle de Victor Pavie.

Paris, 27 octobre 1846.

Cher ami,

Je joins un paquet de gravures, un Almanach populaire dans lequel tu verras un trait de la médaille que je viens de faire paraître sur la mort du maréchal Ney, et un épisode de ce déplorable assassinat politique.

Je viens de gagner une médaille d'or pour V Éloge de mon maître Roland. Ce prix était proposé par la ville de Lille, patrie du statuaire. On m'a demandé cet Éloge pour l'insérer dans YArtisle.

Le Siècle de Napoléon édité par Gurmer est-il parvenu jusqu'à Angers? Il y a de moi l'article sur Ganova. Tous ces écrits ne me prennent rien du temps que je dois consacrer à ma sculpture; je les compose en prélevant quel({ues heures sur mon sommeil.

J'ai commencé une collection de médailles, face et revers, consacrées à des drames politiques. Les Sergents de la Rochelle, le maréchal Ney, les l'rères Bandiera. J'ai fait deux médailles sur

les massacres de Galicie; d'un cuté, on voit la Liberté, appuyée sur un fusil, écrivant avec une baïonnette sur une potence : Massacres de Galicie. Metternich. Brendt. Au revers, j'ai mis le flambeau qui éclaire, le sabre qui venge, et au milieu, cette inscription : « La Démocratie française a fait frapper cette médaille pour livrer les auteurs des massacres de Galicie à Vexécration du monde et de la postérité. » J'ai fait une autre médaille grande comme une pièce de cent sous. On y voit la tête de la Liberté ayant pour exergue : « Démocratie française; » puis une baïonnette et une plume. Derrière, la potence est figurée, autour : « Massacres de Galicie », et sous la potence : (( Metternich et Brendt voués à l'exécration de Vavenir. »

Je suis occupé de faire le Neuf Thermidor, la mort de Labédoyère, et celle des deux frères Faucher. Je crois que la véritable mission de l'artiste est de plaider de grandes et nobles causes, utiles à l'humanité', et non de l'amuser en faisant de l'art pour l'art. Ainsi conçu, notre rôle nous permet tout au plus de rivaliser avec les histrions et les sauteurs de corde.

J'espère bien que les bustes de Garnier et d'Olhvier pourront vous arriver vers les premiers jours de la Saint-Martin.

Je m'occupe activement des douze statues qui doivent décorer le piédestal du monument du roi René. C'est un immense travail.

J'ai fait pour le théâtre de Béziers des bas-reliefs renfermant une tragédie de Sophocle (âFc^ipe), une de Corneille {le Cid), une comédie d'Aristophane (les Nuées), une de Molière (le Tartuffe). Il y a aussi les portraits d'une proportion colossale de ces quatre grands hommes.

J'ai conservé un plâtre des bas-reliefs et je crois qu'ils pourraient être placés convenablement sous le péristyle du théâtre d'Angers. J'avais chargé M. Moll de s'occuper de cela, mais je n'avais pas réfléchi que ma demande était de nature à soulever les objections de l'architecte... Vois donc M. Binet; fais-lui part de mon projet; dis-lui que les bas-rehefs mesurent six mètres de longueur sur un mètre neuf centimètres de hauteur. Informe-moi s'il y a un buste de M'^" Mars dans le foyer du théâtre. Je pourrais envoyer le modèle en plâtre que j'ai encore à ma disposition.

Fais une visite au Musée, et dis-moi si les modèles que j'envoie ne gênent pas trop. M. Moll m'a fait entendre qu'il y avait

assez de plâtre comme cela, que c'était M. le Maire qui pensait ainsi. Si je disposais seulement de figures d'études, certes, je ne voudrais pas les envoyer à Angers, mais j'offre des statues, des portraits de grands hommes. De pareilles œuvres ont un intérêt national qui doit me servir d'excuse auprès de mes compatriotes.

J'ai lu avec un bien vif et sincère intérêt ton Voyage en Italie. Il faut qu'on te lise enfin. Ne reste donc pas plus longtemps sur une réserve qui n'est pas admissible pour ceux qui savent combien de nobles trésors sont renfermés dans ton cœur et dans ton âme.

Adieu, cher ami, soyez tous heureux et pensez souvent à nous. Ce sont nos vœux les plus fervents à Emilie et à ton tout dévoué de cœur,

David.

Collection Pavie. — La médaille consacrée au maréchal Ney fut plus d'une fois modifiée dans ses accessoires et dans son module. Ce travail date de 1843-1846. Nous parlons plus haut des études du maître sur Roland et Canova. La médaille des Massacres de Galicie date de 1846; celle de Labédoyère est sans date, de même que celle des frères Faucher. Le maître ne donna pas suite à son projet de médaille sur le Neuf Thermidor. Le buste, de proportions colossales, du docteur François-Claude Garnier fut exécuté en 1846 par souscription publique. Le buste de Charles-Prosper Ollivier date également de 1846. C'est un bronze colossal exécuté à l'aide d'une souscription. Ces deux bustes d'Angevins sont à Angers. Les modèles des bas-reliefs du théâtre de Réziers ont pris place au Musée David. Est-ce Binet, l'architecte, qui s'est opposé à ce que les quatre ouvrages du maître offerts par lui décorassent le péristyle du théâtre d'Angers construit en 1821 ? Ne le regrettons pas, car le monument élevé par Binet est devenu la proie des flammes en 1865. Le modèle du buste de M"« Mars date de 1823. Il est au Musée David. Le Voyage en Italie de Victor Pavie, publié dans l'Artiste, a été repris sous le titre « Rome » par l'éditeur des Œuvres choisies de l'ami de David (t. I). (Musées d'Angers, pp. 113, 123, 189, 199, 201, 336; David d'Angers, etc., t. I, p. 424, t. Il, p. 503.)

GGXXVII

Projet de groupe pour la cathédrale d'Angers. — Sinite parvulos. — Le tombeau de René d'Anjou. — Son monument. — Bonchamps et sa

statue, par Victor Pavie. — Le Voyage en Italie.— Le plâtre après la fonte.

Paris, 3 janviej' 1847.

Cher ami,

Une indisposition assez grave, causée par mon rhumatisme, m'a empêché de t'écrire aussi promptement que je l'aurais désiré. J'avais besoin de te remercier de la bonne nouvelle que tu m'avais fait connaître concernant les statues que j'ai depuis si longtemps le projet de faire pour notre église de Saint-Maurice. Ce sont deux beaux et admirables sujets à traiter, mais aussi d'une difficulté très grande, car ce sont les deux personnifications les plus sublimes du christianisme. Enfin je serai heureux d'essayer aussi comme tant d'autres artistes. J'ai reçu une lettre extrêmement bienveillante de Monseigneur l'Évêque. 11 m'annonce celle de MM. les membres du Chapitre.

Je crois me rappeler que je t'ai fait voir un croquis que j'avais fait de la Vierge et un autre du Christ, que je représentais à l'instant où il dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Pour indiquer l'universalité du culte, j'ai mis un petit enfant nègre et un sauvage. Cet instant de la vie du Christ m'a toujours paru extrêmement touchant. Je ne l'ai pas encore vu traité en ronde-bosse. Si nous arrivons à la réalisation de notre projet, ce sera une belle occasion pour moi d'aborder des sujets de l'ordre le plus élevé.

Je ne perds pas de vue non plus le tombeau de notre René. Il faut que ce monument soit restitué à sa place.

J'ai communiqué ton article sur Bonchamps à plusieurs personnes, qui l'ont trouvé parfaitement bien écrit et plein de nobles inspirations. L'Artiste va le publier avec la gravure.

Ce que tu nous as donné sur l'itahe m'a vivement touché. J'y ai retrouvé de mes anciennes sensations bien agrandies en passant par ton cerveau poétique. Tu vois, cher ami, qu'il ne tient qu'à toi de te faire un nom extrêmement honorable dans la littérature. Quand on a un cœur aussi impressionnable que le tien, une âme aussi pure et aussi poétique, on doit écrire. Assez d'hommes déshonorent, profanent leur plume ; il est juste que des hommes d'élite viennent opposer une digue au torrent iangeux.

On publie un ouvrage lithographique sur notre Musée d'Angers. Je désirerais bien connaître ton opinion sur cette publication, et savoir si les lithographies sont bien faites.

Je désire que tu voies M. Mercier. J'ai oublié dans ma dernière lettre de lui dire qu'il faudrait, lorsqu'un modèle lui arrive tout noirci par le travail du fondeur, le faire nettoyer avec des pinceaux, trempés dans de l'eau de lessive; quand on a bien nettoyé avec un gros pinceau , on assèche le plâtre avec une éponge. Cette opération donne au plâtre une certaine teinte un peu jaunâtre qui est agréable à la vue.

Les statues qui doivent décorer le piédestal de notre René sont déjà très avancées; j'y ai travaillé avec une grande ardeur. Toutes les fois qu'il s'agit de notre cher Anjou, je ne puis résister au désir d'y penser avant de m'occuper d'autre chose. C'est te dire que j'ai laissé en souffrance Casimir Delavigne, Bernardin de Saint-Pierre, etc., etc., pour les deux bustes de Garnier etd'Ollivier, et enfin pour les statues du piédestal de René, travail en vérité considérable.

Crois-moi toujours de tout cœur à toi,

Collection Pavie. — Le projet du maître de doter la cathédrale d'Angers d'une statue du Christ et d'une statue de la Vierge, mentionné au Journal de Maine-et-Loire du 23 novembre 1846, ne se réalisa pas. [David d'Angers, etc., t. I, p. 425.) On voit ici que l'artiste eût volontiers transformé les deux statues projetées en un groupe, naturellement plus important, dans lequel il eût traduit la parole évangélique : Sinite parvulos venire ad me.

GGXXVIII

L'approche du Salon. — Acliéveraent du monument de René d'Anjou. — Etude sur Roland.

Paris, 29 mars 1847.

Cher ami,

Si j'ai bonne mémoire, il me semble que tu avais l'intention de venir à Paris pour l'époque du Salon. Si tu persistes toujours dans ce projet, il me serait bien agréable de savoir à quelle date précise tu espères entreprendre ton voyage, car moi-même j'en projette un, à la vérité très court, mais qui serait pour moi la source d'une grande contrariété s'il me privait quelques jours

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seulement de te voir. Les occasions de nous rencontrer deviennent si rares, et la vie s'écoule avec une si effrayante rapidité!

Je suis sûr actuellement que l'évêque d'Angers a reçu ma lettre. Le moyen dont j'ai usé était le seul pratique^ car il paraîtrait que le service de la poste se fait très mal dans notre cher Anjou.

Me voilà arrivé aux dernières figures du piédestal de la statue du roi René. J'ai retardé tous mes travaux afin de terminer promptement ce monument.

Pagnerre vient de faire tirer des épreuves de ma notice sur Roland, le statuaire. Je vais t'en faire parvenir quelques exemplaires que tu voudras bien faire remettre aux personnes dont je vais écrire le nom sur la couverture.

Adieu, cher ami, assure toute ta famille de nos sentiments les plus affectueux.

A toi de cœur,

David.

GGXXIX Lamartine à David.

Paris, 1" mai 1847.

Conte arabe.

Dieu dit un jour à son soleil :

Toi par qui mon nom luit ! toi que ma droite envoie Porter à l'univers ma splendeur et ma joie Pour que tout firmament me loue à son réveil !

De ces dons que répand ta lumière, De ces pas de géant que lu fais dans les cieux, De ces rayons vivants que boit cliaque paupière. Qui te rend, réponds-moi, dans toute ta carrière, Plus semblable à moi-même et plus grand à tes yeux?

— Le soleil répondit en se voilant la face : Ce n'est pas d'éclairer l'immensurable espace, De faire étinceler les sables des déserts, De fondre du Liban la couronne de glace. Ni de me contempler dans le miroir des mers, Ni d'écumer de feu sur les vagues des airs !

Mais c'est de me glisser aux fentes de la pierre Du cachot où languit le captif dans sa tour. Et d'y sécher au bord d'une paupière Que réjouit dans l'ombre un seul rayon de jour !... — Bien ! reprit Jehova, c'est comme mon amour !...

Ce que dit le rayon au bienfaiteur suprême, Moi, l'insecte chantant, je le dis à moi-même : Ce qui donne à ma lyreuii frisson de bonheur, Ce n'est pas de frémir d'un vain soufûe de gloire, IN'i de jeler au teras un nom pour la mémoire, Mais c'est de résonner dans la nuit du mystère Pour l'âme d'un ami, d'un pauvre solitaire Qui n'a qu'un son lointain pour tout bien sur la terre, Et d'y glisser ma voix par les fentes du cœur!

Al. DE Lamartine.

Collection David d Angers. — Lamartine a corrigé les quatre derniers vers. Avant la correction, ils étaient ainsi conçus :

Mais c'est de pénétrer par les fentes du cœur.

Dans l'âme d'un solitaire

Que le monde abandonne et qui n'a, sur la terre, Qu'un écho dans ma voix pour sa douleur.

Cette première version eût été, prosodiquement parlant, plus correcte, puisque la rime féminine du cinquième vers n'aurait pas été suivie d'une rime féminine que sa désinence conseillait de reporter plus loin. Les vers que nous donnons ici sont la réalisation d'un projet déjà ancien chez Lamartine. Il en est question dans le commentaire de la lettre de David au poète des Méditations, publiée plus haut sous la date du 12 février 1831.

GGXXX

David à Rauch.

Les études du maître sur Roland, Canova, Thorvaldsen. — Projet d'une étude sur Rauch. — La médaille de Karl Ritter. — A la poursuite d'un croquis d'Hoffmann.

Paris, 18 mai 1847 .

Cher ami,

Votre dernière lettre m'a rendu bien heureux et je suis toujours fier de votre amitié, qui ne peut, je vous assure, rencontrer une âme mieux faite que la mienne pour vous apprécier.

J'entends avec bonheur parler de vos grands et nobles travaux. Je sais que votre santé est bonne, et j'en éprouve un vif bonheur, parce que vous pouvez léguer à l'avenir des ouvrages qui, en consacrant dignement votre nom, seront un puissant stimulant pour les artistes et une gloire immortelle pour votre patrie.

Je ne désespère pas de pouvoir encore aller vous serrer la main dans votre atelier ; du moins c'est le vœu le plus cher de mon cœur.

Je joins à cette lettre une notice sur Roland, le statuaire mon maître.

Depuis longtems je m'occupe, à mes moments de loisir, d'écrire mes réflexions sur les ouvrages des statuaires. C'est une bonne et agréable étude pour moi, et aussi un moyen d'émettre quelques idées sur un art que j'ai longtems étudié et que j'aime tant.

J'ai fait un travail sur Ganova, dont il a paru un extrait dans le Siècle de Napoléo7i, et un sur Thorvaldsen. Celui-ci a été inséré dans un petit journal appelé Journal du Mois. J'en ai d'autres dans différentes publications.

Je serai heureux, cher ami, de parler de vous bientôt et de dire, dans un examen de vos travaux, tout ce que votre grand talent m'inspire.

Adieu, pensez quelquefois à celui qui vous est dévoué de tout cœur,

Vous trouverez un exemplaire pour Ritter, que je vous prie de lui remettre de ma part. Je vous avoue que j'étais très-inquiet du médaillon que je lui avais envoyé, et j'ai attendu vainement une petite lettre de réception de lui.

Cher ami, vous m'obligeriez si vous pouviez me trouver un croquis original, non gravé, de la main d'Hoffmann ; je désire beaucoup en posséder un ; pensez-y donc, je vous en prie.

Colleclion Eggers, à Berlin. — David n'a pas donné suite à son projet d'étude sur Rauch. Le profil du géograplie allemand Karl Ritter a été modelé par le maître en 1845. (Musées d'Angers, p. 190.)

CGXXXI

David à Lucas de Montigny.

A la reclierclic de la sigualure de Gallamare.

Paris, 25 juin 1847.

Monsieur,

J'ai fait des recherches infructueuses pour me procurer une signature du statuaire Antoine Gallamare. Aufiez-vous un autographe de cet artiste et voudriez-vous me le prêter pour quelques instants ?

Excusez-moi de mes continuelles importunités et croyez-moi toujours

Votre bien dévoué serviteur,

Colleclion Dubrunfaut. — Cette lettre a passé en vente le 18 janvier On sait quel usage voulait faire le maître de la signature du statuaire Cliarles-Antoine Gallamare. Il se proposait de la reproduire en fac-similé sur le médaillon de cet artiste. Le médaillon n'est pas daté, mais il doit avoir été modelé en 1847. La signature et le parafe s'y trouvent gravés à l'ébauchoir. Montigrty avait donc pu répondre à la demande de David comme le souhaitait celui-ci ? (Mzwe'e^ d'Angers, pp. 197-198.) Une longue étude sur Gallamare a été recueillie par nous dans l'ouvrage David d'Angers, etc., t. II, pp. 133-146.

GGXXXII

David à Victor Pavie.

Le monument de Gobert. — Statues de Gasimir Delavigne et de David l'urry. — Qu'il faut encourager les artistes fixés en province.

Paris, 2 juillet 1847.

Sous peu de jours, cher Victor, vous allez être tous réunis. Théodore vient de traverser Paris pour vous rejoindre.

.le regrette qu'il n'ait pas pu trouver un instant pour aller au cimetière du Pèrc-Lachaise. Le monument de Gobert est

totalement terminé. Il aurait pu te faire part de ses observations sur cet ouvrage.

Le modèle de la statue de Casimir Delavigne est achevé. Je vais m'occuper de finir la statue de David Purry. pour Neucliâtel, en Suisse. J'espère bien que le mouleur pourra s'en emparer avant la fin de ce mois, car je dois partir vers les premiers jours d'août pour aller dans les Pyrénées, où je ne resterai que fort peu de temps, afin de revenir reprendre mes travaux, et assister aux jugements des concours de l'Académie.

J^es douze statues du monument de René d'Anjou vont être fondues sous peu de jours.

Je ne me souviens pas si, dans la liste des personnes auxquelles je t'avais prié de donner une notice de la vie de Roland, j'avais inscrit le nom de M. Renou. Je crois que c'est bien là le nom de la personne qui a fait paraître quelques articles sur les arts dans le Précurseur de V Ouest. A propos de ce rédacteur, dans un de ses articles, il avait annoncé qu'il parlerait des jeunes statuaires angevins. C'était une très bonne idée à laquelle je serais charmé de lui voir donner suite. C'est bien de stimuler les jeunes artistes, espoir de notre cher pays ; il faut que dans les provinces on cherche à encourager et à remonter le moral des hommes qui consacrent leur existence à honorer leur pays par la littérature ou les arts. Trop longtemps leurs concitoyens les ont étouffés sous le sarcasme, comme si le génie ne pouvait pas se révéler en province tout aussi bien qu'à Paris !

Adieu, cher ami. Emilie et moi formons des vœux bien sincères pour ta bonne famille, pour son bonheur et sa prospérité.

A toi de cœur,

ColteclionPavie. — La statue de David Purry, bienfaiteur de la ville de Neuchàtel, fut iaaugurée le 6 juillet 1835. {David d'Angers^ t. Il, p. 504.)

CGXXXIII

David à Victor Pavie.

Départ pour les Pyrénées. — Hélène David. — Le monument de René d'Anjou. — Offre du modèle des douze statuettes au Musée d'antiquités d'Angers.

Paris, 14 août 1847.

Je puis enfin, cher ami, m'échapper de Paris. J'ai éprouvé tant de fâcheux contre-temps que je doute encore que nous puissions arriver sains et saufs à Baréges. Hélène est encore malade au lit, mais il n'y a plus de danger, et, d'autre part, Emilie est très souffrante. J'espère que le changement d'air lui fera du bien. Nous partons donc demain matin tous les trois, sans notre pauvre petite convalescente, qui a le cœur bien gros de notre départ .

Tes caisses sont expédiées. Tu vas les recevoir sous peu. Assiste à leur ouverture; car il y a les croquis des figures qui décorent le monument du roi René que j'ai cloués en dedans du couvercle de la caisse.

J'ai fait ajouter une certaine quantité de nouveaux médaillons qui ne sont même pas encore à Angers.

Le monument, complet pour la sculpture, de notre René, va bientôt être expédié à Angers. M. de Quatrebarbes presse beaucoup ce départ.

Je vais enfin pendant quelques jours respirer l'air des montagnes et tâcher d'oublier, la tête près du ciel, toute la boue morale des villes. Sois sûr que toi et tes chers parents vous êtes unis dans ma pensée au petit nombre d'êtres qui m'attachent à une vie dure à supporter.

A toi de tout cœur,

P. S. — Je m'occuperai à mon retour de restaurer les modèles des petites statues du piédestal du roi René. Demande à M. Godard s'il veut les placer dans son Musée; je les lui enverrais. Ce sont des personnages historiques de notre vieil Anjou.

Nous resterons â Baréges jus(ju'au 7 septembre, au plus lard.

Si tu avais à m'écrire, je serais heureux de recevoir de tes nouvelles.

Collection Pavie. — M.'Godard-Faultrier, nommé dans le post-.sc7H2:)ium de cette lettre, a fondé, il y a un demi-siècle, à Angers, un Musée archéologique dont il est demeuré jusqu'à ce jour le directeur zélé. Les modèles des douze statuettes du monument de René d'Anjou, acceptés par M. Godard, prirent place dans le Musée confié à ses soins.

David à "Victor Pavie.

Jules-Eugène Lenepveu, grand prix de Rome. — Projet d'une statue de la Vierge pour la cathédrale d'Angers.

Paris, 30 septembre 1847.

Cher ami,

Cette lettre te sera remise par M. Lenepveu, bon et intéressant jeune homme auquel j'ai été heureux de donner mon vote pour le prix de Rome qu'il vient d'obtenir. Il y a un bel avenir dans cet artiste, dont j'estime beaucoup le caractère.

A notre retour à Paris, nous avons reçu les lignes, si pleines d'intérêt pour nous, que tu nous adressais. Merci mille fois, cher ami. Elles m'ont fait beaucoup de bien. Des amis tels que toi font sentir davantage le prix du miracle qui fait que nous sommes encore de ce monde, qui, bien que fertile en douloureuses émotions, offre cependant quelques compensations sous le rapport du cœur.

Dans la lettre que tu m'as adressée à Baréges, tu me parles du placement projeté de la statue de la Vierge dans un endroit qui me paraît parfaitement convenable. Cependant, il y a bien longtemps que je n'ai vu notre cathédrale, et je crains que mes souvenirs ne soient pas très précis. C'est à vous, qui êtes sur les lieux, à décider cette question, et tes observations à cet égard vaudront mille fois mieux qu'aucune autre.

Je vais m'occuper de terminer plusieurs ouvrages qui sont commencés depuis longtemps, et ensuite je me donnerai entièrement à l'exécution de nos statues de Saint-Maurice.

Adieu, cher ami, tout à toi de cœur,

Collec/ionPavie. — A la suite de pourparlers entre Victor Pavic, mandataii'c de David, et l'évêque d'Angers, le maître devait sculpter, non plus deux statues, mais ime seule, pour la cathédrale. C'est une F/erg-e que l'on demandait à l'artiste d'exécuter afin de décorer l'autel du transept do gauche.

Thoré à David.

Une fausse nouvelle.

Paris, 8 mars 1848.

Mon cher ami.

J'apprends avec joie, — mais est-ce bien sûr? — votre nomination aux beaux-arts. Yous représentez, mieux que personne, l'art que nous avons toujours désiré, l'art républicain, l'art populaire, l'art de l'avenir.

Votre nom est européen et fera rayonner en Europe l'art français. Vos œuvres sont en Grèce, en Amérique, en Allemagne, partout où une pensée généreuse a provoqué votre beau talent.

Les artistes seront heureux de vous avoir pour drapeau, en avant de la République.

Fraternité,

T. Thoré.

Collection David d'Angers. — Théophile Thoré, plus connu sous le pseudonyme de W. Burgcr, ami du maître, avait reçu de lui son médaillon en 1847. (Musées d'Angers, p. 19a.) On veri'a par la lettre de David à Victor Pavie, en date du 15 mars 1848, que notre artiste déclina l'honneur d'administrer les Musées nationaux, de même qu'il refusa de prendre la Direction des beaux-arts au Ministère de l'Intérieur.

CGXXXVI

David à Victbr Pavie.

La révolution de Février, — Le maître est nommé maire du XI" arrondissement. — Il refuse la charge de Directeur des Musées nationaux.

Paris, 1.") mars IS4S.

Cher ami.

Ces quelques lignes sont écrites pour te prouver qu'au milieu

des innombrables difficultés qui viennent m'assaillir de toutes parts, ton cher souvenir m'est toujours présent.

J'ai assisté au plus grand, au plus noble spectacle qu'il soit donné à l'homme de voir, pendant les trois journées révolutionnaires. Nuit et jour je n'ai pas quitté les barricades, et je suis plein d'admiration pour ce grand et sublime peuple se présentant la poitrine nue devant des masses innombrables de baïonnettes, poussé seulement par cet instinct de la sainte liberté. Qu'ils sont grands, ces généreux républicains! Et comme il fallait que ce sentiment fût profondément imprimé dans les âmes pour qu'il mît en mouvement toute cette masse d'hommes !

A trois heures du matin, lorsque les barricades étaient encore toutes fumantes de poudre et teintes d'un sang généreux, je m'étais couché tout habillé afin de prendre quelques instants de repos. Plusieurs citoyens vinrent m'annoncer qu'on m'avait nommé maire, et au même instant un exprès m'apporta ma nomination de Directeur des Musées nationaux. Je répondis aussitôt que je refusais cette place, et je me rendis à mon poste de maire. Depuis, j'ai refusé deux fois d'être chargé de la direction des arts au Ministère de l'Intérieur. Je crois qu'en acceptant le poste périlleux de maire j'ai été utile, car le peuple me connaît, et j'ai empêché des malheurs inévitables dans les circonstances que nous traversons et où toutes les passions sont en lutte.

Il y a deux jours que j'ai reçu une lettre du maire de Dunkerque qui m'annonçait qu'une rue, à laquelle on avait autrefois donné le nom de rue de Chartres, portait actuellement celui de David d'Angers. J'en ai été d'autant plus heureux que le nom de notre chère cité, qui déjà parcourt les mers gravé sur la proue d'un vaisseau, se trouve aujourd'hui inscrit sur les murs d'une ville française.

Tout marche bien à Paris. On commence à comprendre que le gouvernement républicain est désormais possible. Les partis se rendent compte que la République peut soulever la tempête et aussi la calmer Toutefois, le calme ne peut pas se manifester immédiatement après une commotion aussi grandiose. Quand un vaisseau va sombrer, s'il s'en trouve un qui recueille les passagers et leurs bagages, il doit nécessairement exister, sur le navire sauveur, un très grand désordre, mais avec un peu de tems chacun retrouvera sa case et l'ordre renaîtra.

Adieu, mou cher Victor, embrasse pour moi tous ceux qui te sont chers et crois-moi toujours à toi de cœur,

P. S. — Depuis la Révolution, je n'ai pas remis le pied dans mon atelier. Avant d'être artiste, il faut être citoyen. Voilà ma devise.

Viendras-tu voir notre exposition? J'ai gagné le procès de la liberté des Salons avec l'aide de coups de fusil.

Vive la République !

Collection Pavie. — Le XI" aiTondisscment est aujourd'hui le VI% avec diverses modifications dans son porimètre. La mairie où David siégea est située rue Garancière, n" 8.

GGXXXVII

David à Victor Pavie.

Que l'artiste doit céder le pas au citoyen. — Les élections à Paris.

Paris, 1"' mai 1848.

Cher ami,

J'ai reçu avec bien du plaisir ta bonne lettre.

J'ai été heureux de connaître par toi l'expression vivante du cœur angevin.

Me voilà donc appelé à assister à la fondation do ce grand et généreux gouvernement, qui ne pouvait être imposé au monde que par la France : elle, le cerveau du monde I

Je ne me suis jamais dissimulé quel sacrifice je m'imposais en acceptant ce mandat. Me voilà éloigné momentanément de mon cher atelier, de mes grands, si grands et si beaux modèles, quand on ne les voit ({u'à travers l'auréole de leur gloire. Mais j'ai toujours pensé qu'avant d'être artiste, il fallait être citoyen. Et tout homme qui penserait différemment serait un lâche.

J'ai eu à Paris près de quatre-vingt mille voix. Certes, c'est une minorité extrêmement honorable. Tout le monde est persuadé que si j'eusse voulu faire comme les autres candidats: répandre à profusion des professions de foi, j'aurais pu être nommé

à Paris, Je suis très heureux de ne pas avoir employé des moyens

qui ne conviennent nullement à mon caractère.

Adieu, cher ami; embrasse pour moi ton bon et cher père, mon

vieil et constant ami.

A toi de cœur,

DAvm d'Angers.

Collection Pavie.

GGXXXYIII

David à Victor Pavie.

Le maître fait l'abandon de son indemnité de représentant du peuple à des œuvres de bienfaisance.

Paris, 28 juillet 1848.

Cher ami,

J'ai déjà offert, en dons patriotiques, mes deux premiers mois d'indemnité de représentant. Je viens d'annoncer à Bordillon que j'allais lui envoyer le montant de ce mois en le chargeant de l'offrir de ma part au bureau de bienfaisance d'Angers.

La confiance reprend d'une manière vraiment remarquable ici ; tout porte à croire que nos mauvais jours sont passés, et que notre belle patrie pourra jouir avec calme des bienfaits que la République peut seule donner à l'humanité.

Soyez heureux, mes amis, et crois-moi toujours à toi de cœur,

Collection Pavie. — David avait été élu représentant de Maine-et-Loire, par 72,597 voix, aux élections du 23 avril 1848. {David d'Angers, etc., t. I,p. 433.)

GGXXXIX

David à Victor Pavie.

L'Anjou. — L'amitié. — Le devoir. — Robert David. — Divergence d'opinions entre Victor Hugo et David.

Taris,... août 1848.

Mon cher Victor, Ma famille va enfin passer quelque temps dans notre cher

Anjou. Elle va jouir de notre beau ciel et continuer ces bons entretiens si rares malheureusement depuis bien des années. Pour moi, me voilà soudé à mon poste comme un soldat en faction dans une ville de guerre. Si l'amitié me dit tout ce que je perds de douces émotions, le patriotisme me dit aussi avec son langage sévère : « Tu dois faire ton devoir avant tout », et je me résigne avec courage. Les courts instants que nous passons dans cette triste vie ne doivent jamais être dépensés à satisfaire notre égoïsme.

Je désire beaucoup qu'Emilie passe le plus de tems possible auprès de toi ; quand elle sera de retour, je t'entendrai par sa bouche. Fais voir à mon Robert le plus que tu pourras de notre ville. Je désire qu'il l'aime autant que je l'aime. Parle à ce cher enfant comme à un homme : il est fait pour t'entendrc.

J'ai dit à Hugo qu'Émihe partait pour l'Anjou avec ses enfants. Il m'a chargé de te faire dire toutes choses aimables de sa part. Sa conduite politique m'afflige beaucoup. Comment le génie peut-il s'amoindrir ainsi, et le cœur ne pas battre pour la patrie, réveillée par quelque chose d'aussi grand que ce qui se passe sous nos yeux?

Adieu, soyez tous heureux, et crois-moi toujours à toi de tout cœur,

David à Madame Geoffroy Saint-Hilaire.

Lo maitre abandonne son indemnité de représentant à l'OEuvre des Crèches.

Pai-is, 5 octobi'e 1848.

Madame,

Permettez-moi do vous offrir un mois do mon traitement de représentant pour la Crèche dont vous êtes présidente. Permettez-moi aussi de vous exprimer toute ma^ reconnaissance pour la noble tâche que vous poursuivez avec tant de zèle en venant ainsi en aide à de pauvres mères et à de petits êtres si

intéressants par leur faiblesse même. Vous leur léguez, Madame, un titre à vous bénir. Puissent-ils plus tard, inspirés par un tel exemple, comprendre que notre mission sur la terre doit être toute fraternelle!

Veuillez agréer, Madame, l'assurance de mon respectueux dévouement.

A cette lettre est jointe la quittance à souche ci-après : N» 215. — Le 10 octobre 1848, il a été payé par M. David d'Angers et enregistré en recette sous le numéro ci-contre du livre à souche, en même temps qu'au compte-journal, la somme de sept cent quarante-cinq francs, que M"'« Geoffroy de Saint- Hilaire a remis au trésorier p"" la Crèche du 12^.

Le Receveur,

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