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Récit d’après une note manuscrite de David d’Angers

BAS- RE LIEE DE LARC DE TRIOMPHE DE LA PORTE d’aIX, A MARSEILLE

DAVID D’ANGERS

grand vieillard amaigri et ayant peine à se soutenir. Il tend sa main osseuse vers le comptoir, on le met à la porte. David le suivit et l’ayant rejoint, il lui mit dans la main une pièce de cinq francs. Le vieux brave le regarda avec étonnement. S’étant caché dans une porte, il vit le vieillard se diriger vers le faubourg Saint-Marceau. Le suivant toujours, il le vit entrer chez un boulanger acheter du pain, puis se diriger vers une maison délabrée. C’est là qu’il demeurait.

« Le lendemain, David revenait et pénétrait chez le vieux grognard. Dans la mansarde où il habitait, pas de meubles, une pierre servait de siège et de la paille lui tenait lieu de lit. Au mur, un vieux sabre était pendu, c’était le seul ornement de la pièce. Ce vieillard était un débris de la 32e demi-Brigade, un « Brigand de la Loire ». Son nom était Pierre Bertrand. On l’avait surnommé « Trompe la Mort », et le Premier Consul, le jour de la bataille de Marengo, lui avait donné un sabre d’honneur. Il avait parcouru victorieusement toute l’Europe jusqu’à Waterloo.

« Pendant plus d’un an, David pourvut aux besoins de ce brave, bien que n’étant pas riche luimême, puisqu’il avait à soutenir son vieux père

GLORIEUSE CARRIÈRE

et ses deux sœurs. Forcé de quitter Paris pendant quelque temps, il alla à son retour rue du Mûrier, mais à peine avait-il posé le pied sur l’échelle qui conduisait à la mansarde du grenadier, qu’il entendit des rires d’enfants! Son cœur se serra et, questionnant les voisins, il apprit que le vieux brave, à bout de forces, s’était couché pour ne plus se relever. S’il a succombé sans honneurs, ses traits sont aujourd’hui immortalisés sur le fronton du Panthéon. »

Cette œuvre ne s’avança pas sans discussions très vives entre le statuaire et le gouvernement. L’esquisse, présentée à M. Guizot, ministre de l’intérieur, avait été acceptée sans réserves. En 1834, M. Tliiers, alors ministre, fit venir David. Lafayette et Manuel, qu’il avait mis dans son bas-relief, gênaient le gouvernement. La presse cléricale et ses défenseurs réclamaient bruyamment contre la présence de Voltaire et de Rousseau sur les parois d’un temple enlevé au culte, mais qui pouvait un jour lui revenir. Enfin le statuaire refusa de modifier quoi que ce fût dans l’esquisse officiellement acceptée. M. Tliiers

n’insista^pas et il contresigna la commande. Au

mois de juin 1837, le bas-relief était terminé.

Le 21 juillet de la même année, M. de Montalivet, qui avait repris le portefeuille de l’Intérieur, entama avec David de nouvelles négociations pour lui faire opérer quelques modifications. Il s’y refusa toujours énergiquement et demanda que l’inauguration eût lieu pour l’anniversaire des «journées ». Il ne put l’obtenir. Les élèves des écoles proposèrent alors à David de mettre le feu aux échafaudages. Un membre de la famille de Desgenettes vint lui proposer d’organiser une inauguration populaire; il ne consentit à aucune de ces demandes.

Au mois de septembre, un matin, les ouvriers commençèrent à enlever les- échafaudages, aux applaudissementsdela foule. Le 6 décembre 1851 , le renégat Fortoul, ministre de Napoléon III, fut sur le point, après le décret qui rendait le Panthéon au culte catholique, de faire détruire le fronton. Fut-il retenu par l’image du général Bonaparte, craignait-il la réprobation populaire? toujours est-il qu’il n’osa pas toucher à ce chefd’œuvre ni effacer la devise : a Aux grands hommes , la patrie reconnaissante. »

David d’Angers était dans son atelier, en train de terminer le marbre du buste de Cuvier, lors-

DAVID D’ANGERS

qu’il reçoit la visite de M. de Talleyrand, amené par un membre de l’Institut. « Il vous faudrait un buste comme cela, dit celui-ci au diplomate en se plaçant devant l’artiste. » Mais David, qui avait de bonnes raisons pour ne pas vouloir faire ce buste, s’excusa, en disant que ses nombreux travaux ne lui permettraient pas de l’entreprendre. M. de Talleyrand ne se le fit pas dire deux fois et sortit aussitôt.

Le 17 novembre 1839, la ville d’Angers inaugurait le Musée David. Une grande salle voûtée, précédée d’autres salles dans le Logis Barrault, là même où David, tout jeune, était venu suivre les cours de dessin de l’École centrale, fut disposée pour recueillir les envois que le statuaire angevin avait déjà faits, en grand nombre, à sa ville natale.

Au centre de la grande salle, se trouve l’autel de la Patrie sculpté en bois par le père de David et sur lequel se trouve le buste de David d’Angers, exécuté en marbre par Toussaint, son élève. Chaque modèle, soit d’une statue, soit d’un buste ou d’un bas-relief, en plâtre ou terre cuite, la collection complète de ses médaillons

en bronze, était envoyé par lui à sa ville natale.

GLORIEUSE CARRIERE

Avec les envois de Home et une collection importante de dessins, ces œuvres constiluent un ensemble très important, qui montre le génie du statuaire et sa puissance de travail. Il faut espérer que quelques-unes de ses œuvres des plus importantes viendront avant peu compléter cette réunion unique de l’œuvre colossale d’un artiste.

La ville de Béziers éleva en 1837 une statue à Riquet. David, dont l’œuvre avait été inaugurée au milieu des fêtes joyeuses et d’un grand enthousiasme populaire, avait reçu, de la part de la municipalité, le droit de cité. Une des rues de la ville porta son nom. M. Isabelle, architecte, qui avait fait le piédestal de Riquet, ayant été chargé de construire le théâtre, ce tut David que l’on pria de faire la décoration de la façade par des bas-reliefs. De même ses dessins servirent pour le plafond de la salle de spectacle.

On coule en bronze la statue d 'Ambroise Paré pour Laval, celle de Bichat pour la ville de Bourg et celle du cardinal Cheverus pour Mayenne. La statue de M. de Delmas, évêque de Cambrai, est exécutée en marbre pour cette ville. L’inauguration de la statue de Gutenberg à Strasbourg eut un grand éclat patriotique.

DAVID D’ANGERS

A la même époque David finit le marbre de la statue de Bara, le jeune hussard, qui ne voulut pas crier : « Vive le Roi », fut criblé de balles et mourut en criant : « Vive la République. » Le statuaire l’a représenté couché agonisant et pressant sur son cœur la cocarde tricolore.

Il modela une quantité de médaillons de personnages de la Révolution, les uns d’après des portraits du temps que lui prêta la veuve de Lebas, les autres d’après les modèles eux mêmes. Ce sont: Boissv-d’Anglas, Saint-Just, Gohier, Cassanyès, Carnot, Talot, Garat, Bouchotte, Barère, Parent-Réal, les deux Robespierre, Couthon , Lebas, Le Peletier-Saint-Fargeau, Lakanal, Condorcet, Guyton de Morveau. etc., etc.

Après vinrent les bustes d’André Chénier, de son frère Marie-Joseph, ainsi que celui de Casimir Delavigne, tous deux pour la Comédie- Française ; celui de Mickiewicz, le poète polonais proscrit, qui depuis sa rencontre avec le statuaire chez Goethe, à Weimar, était devenu son ami; Balzac, qui est sur son tombeau, au Père- Lachaise. Il fit encore celui de Paganini, de Charles Nodier, de François Arago.

Parmi les contemporains, il fit les médaillons

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