STATUE DE JEAN
DAVID D’ANGERS
ment. Lorsque la ville de Nantes lui proposa de faire la statue de La Tour d’Auvergne, il se désista en faveur du sculpteur Suc, qui cependant n’exécuta pas cette ligure, car ce fut Marochetti qui en fut chargé.
Lorqu’on lui confia l’image du général Travot, il la fit offrir à son compatriote Maindron, mais on ne donna pas suite à cette commande.
Après l’enterrement de Carrel, une commission se chargea de lui élever une statue. Un article du National , signé Decamps, ayant proposé le sculpteur Préault, David se désista à son profit et ne céda qu’aux instances réitérées de la commission, qui voulait que les traits du grand journaliste fussent reproduits par lui.
La ville de Dunkerque s’était aussi adressée à David pour qu’il fît la statue de Jean Bart. Le statuaire Elschoët, son compatriote, éprouva un grand chagrin de ne pas être chargé de ce travail. Ce ne fut que la main forcée par la commission, dont les membres ne voulaient d’autre statuaire que David pour reproduire l’image du vaillant marin, que celui-ci y consentit.
SES ÉLÈVES
David d’Angers avait toujours eu pour ses élèves les attentions les plus touchantes. Il les conseillait et les dirigeait dans l’atelier de la rue du Regard ou il leur prodiguait ses savantes leçons. Chez lui, le matin, rue d’Assas, c’était une procession de jeunes gens lui apportant soit une maquette, soit une esquisse peinte ou dessinée pour recevoir de lui un avis salutaire. Il avait le don de ne jamais décourager les efforts d’un jeune artiste. Toutefois lorsqu’il entrevoyait un avenir par trop douteux chez un jeune homme, il essayait de le détourner d’une carrière qui, sans le conduire à une notoriété certaine, pouvait l’entraîner dans la misère. Combien n’ont pas compris ses sages conseils ! 11 ne voulait
DAVID D’ANGERS
pas non plus de favoritisme pour ses propres élèves et il fut obligé de fermer son atelier. Dans une lettre à son ami Victor Pavie, voici ce qu’il lui écrit sur ce sujet, en 1842 :
« Après vingt-deux années de tendre et constante sollicitude, mes élèves viennent de me quitter. Afin que mes absences ne nuisissent pas trop à la direction de leurs études, j’avais prié M. Husson d’aller constamment leur donner ses conseils. Ils sont venus me demander un autre maître. Je les ai d’abord recommandés à M. Petitot, qui a refusé, puis à M. Rude qui a accepté. Ils ont aussitôt écrit une lettre de remerciements signée de tous à ce dernier, et je suis rentré dans ma solitude...
« Pourquoi auraient-ils eu quelques égards envers un homme qui leur avait donné ses leçons gratuites, qui en avait sauvé plusieurs de la conscription, aidé certains autres de sa bourse lors des concours du prix de Rome, qui leur avait prodigué des consolations quand ils étaient malades. En étant polis, je ne dis pas reconnaissants, ils n’eussent pas été les enfants de ce temps d’égoïsme et d’ingratitude. Je sais bien qu’ils me reprochent de ne leur avoir donné ma
SES ÉLÈVES
voix dans les concours qu’à mérite égal avec leurs concurrents, de l’avoir toujours réservée aux élèves des aulres maîtres, lorsque ceux-ci la méritaient mieux que les miens. Je sais bien qu’ils peuvent me dire que les autres maîtres n’ont pas montré, toujours, tant de scrupule, mais ma conscience m’est trop chère pour la sacrifier en aucune occasion et ma vie prouvera que je ne suis pas républicain de nom seulement... »
Tous cependant n’abandonnèrent pas leur professeur et plusieurs d’entre eux continuèrent à travailler avec David dans ses ateliers; Allasseur, Daumas, Soitoux furent de ceux-là. Les peintres Lenepveu, originaire d’Angers, et Ernest Hébert, devenus célèbres et membres de l'Institut, ne négligèrent aucune occasion de prouver à leur maître leur reconnaissance touchante.
David avait pour praticien un de ses camarades de l’école des Beaux-Arts, nommé Legoupil. Outre l’habileté dans l’exécution de la mise au point du marbre, il savait s’arrêter au moment où le statuaire, si habile à sculpter cette noble matière, devait lui donner la vie. Le dévouement du père Goupil, comme on l’appelait, pour celui
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qui était devenu son patron, ne se démentit pas, même après sa mort. En effet, par son testament, il laissa une somme de 3,000 fr. pour faire le moulage d’œuvres de David manquant au musée d’Angers.
Le Yal-de-Grâce vit s’élever dans la cour d’honneur la statue du baron Larrey, chirurgien de l’armée d’Égypte, celui dont Napoléon disait : « L’homme le plus honnête que j’aie connu. » David l’avait connu aussi et fut aussi le plus intime ami de son fils le baron Hippolyte Larrey, chirurgien distingué, membre de l’Institut.
Le frère du général Gobert avait en mourant laissé un testament pour fonder un prix à l’Institut et élever une statue à son frère tué en Espagne. David d’Angers fut chargé de ce monument. Le général est représenté au moment où il est tué. Son cheval se cabre sur le guérillas qui vient de décharger sur lui son arme. Ce monument élevé au Père-Lachaise coûta au statuaire une somme énorme. Il avail voulu se servir du marbre français des Pyrénées à Saint-Béat et le bloc colossal nécessita la construction d’un pont sur le Gave, d’un chariot spécial traîné par douze paires de bœufs, et