MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE
ment sur ce dernier acte du drame de la vie et près de briser une existence qu'avaient flétrie la honte de Pharsale et l’anéantissement de la liberté...
« Roland avait eu la précaution de modeler à part, de grandeur plus que naturelle, les bras et les jambes de la statue de Caton, et bien lui en prit : on prétendait que ces fragments étaient moulés sur nature. Il fallut le témoignage du compas pour prouver que de pareils membres n'eussent pu être que ceux d'un géant, et d'ailleurs tout en conservant la plus stricte vérité. Roland avait empreint son œuvre d'un cachet original. Les plus incrédules furent forcés de reconnaître que le moulage seul eût été impuissant à rendre des formes, si vivement accentuées. Il fit hommage à la ville de Lille du modèle réduit de cette statue, touchante reconnaissance d'un artiste qui aimait à reporter vers son pays natal son premier succès, prélude de tant d'autres.
« P.ajou s'intéressait chaque jour plus vivement à son élève chéri, il lui fit épouser, en 1772, la fille de -Nicolas Potain, architecte du roi, et obtenir un logement au Louvre.
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« A celle époque, la royauté donnait un asile aux artistes qui s’étaient distingués, coutume remise en usage par Louis XIV, et qui remontait au temps de la féodalité. Les grands seigneurs d’alors prenaient sous leur patronage les artistes et les poètes, qui vivaient confondus avec la haute domesticité du castel. De là, dépendance de ces enfants du génie, contraints qu’ils étaient toujours de ne reproduire que les faits et gestes de leurs protecteurs. Ainsi les grandes idées qui pouvaient déplaire au maître, tout ce qui devail intéresser le peuple et le glorifier était passé sous silence.
« Ce n’est pas pour un homme que les artistes doivent travailler, c’est pour la nation, pour l’humanité tout entière. Ils doivent envisager l’art comme un sacerdoce dont ils sont les ministres et contribuer par leurs exemples à propager la morale qui seule peut amener les hommes au plus haut degré de perfection possible et conséquemment au bonheur...
« En 1781, Roland fut élu membre de l’Académie. Son ouvrage de réception était une statue de Samson. A cette époque, il exécuta deux bas-
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reliefs considérables, l’un représente un Sacrifice des anciens, l’autre l’Astronomie et la Géométrie. On voit dans ces bas-reliefs que Roland avait su se débarrasser des funesles influences de l’école du dernier siècle, ce n’est pas là son moindre titre à l’estime.
« Les bas-reliefs , par leur destination, attachés à la muraille du monument, sont une sorte d’écriture, d'inscription historique. Ils ne peuvent ni ne doivent avoir la prétention de jouer le trompe-l’œil , de chercher à représenter l’apparence de la réalité, comme fait la peinture à qui la douleur en donne le moyen. Chaque art a ses limites qu’il est absurde de vouloir franchir. Trop longtemps les statuaires ont manqué à la véritable mission que la raison leur assigne. Ils creusaient la muraille, espérant donnera croire que les personnages se mouvaient réellement, et s’imaginaient pouvoir se servir avec avantage de la perspective linéaire accessible à la peinture seule, comme si la sculpture avait aussi la ressource des effets qui éloignent les personnages suivant l’exigence du sujet. Qu’arrivait-il alors? Les figures du premier plan projetaient leurs ombres sur celles qui étaient censées se trouver
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à une plus grande distance; celles-ci étaient bien conçues comme perspective linéaire, mais l’cfTet aérien venait apporter un cruel démenti aux prétentions du sculpteur.
« Le seul genre de bas-reliefs avoué par le goût est celui des Grecs, des figures méplates sur le milieu, offrant a 1a. lumière une large surface. Les membres qui passent au-devant du corps, n’offrent qu’une saillie peu sensible et, par suite, ne projettent point d’ombres, l’ombre de la figure elle-même se trouve portée sur le fond, la dessine énergiquement et la rend visible sans aucune indécision, chaque personnage est isolé. C’est un type, pour ainsi dire symbolique.
« Dans leurs bas-reliefs, une armée est représentée par quelques soldats, comme l’était par un vieillard le chœur du peuple sur leur théâtre. Grâce à ce principe, le sujet traité par leur ciseau était simple et d’une interprétation facile.
« Les temps n'étant plus les mêmes, l’art a dû nécessairement se prêter à des exigences nouvelles. La Renaissance a essayé, il faut en convenir, avec succès, de modifier les bas-reliefs antiques. De nos jours, on exige l’apparence de la réalité des scènes où soient rendus les mou-
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vements de la foule, une exécution rigoureuse dans la reproduction du costume. Aussi, quand les artistes modernes ont à représenter une bataille, c’est le choc des escadrons, une mêlée furieuse, les chevaux des vainqueurs écrasant sous leurs pieds les morts et les mourants, etc. De là le besoin de faire plusieurs plans, comme on en a des exemples surtout dans les bas-reliefs du tombeau de François Ier, sculptés par Germain Pilon. Là on peut voir quel parti avantageux l’artiste a su tirer de l’étude des monuments grecs, tout en conservant une saillie très peu prononcée et méplate. Il est parvenu à produire une illusion frappante, autant qu’il est donné du moins à la sculpture de le faire.
« Roland était éminemment statuaire monumental, c’est pourquoi je me suis plus longuement arrêté sur le bas-relief que comportent les convenances de l’architecture. Je n’ignore pas, du reste, que le bas-relief a une latitude immense que l’artiste de nos jours peut s’abandonner à tous les caprices de son imagination, selon la destination de son ouvrage, ou le fantastique du sujet.
a En 1791, Roland fut chargé de l'exécution
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d’un groupe colossal, le Peuple terrassant le Fédéralisme. Dans celle vaste composilion, il put déployer à Taise toute la puissance de son mâle génie, l’œuvre fut digne du sujet. Le Peuple était là, debout, dans sa simple, énergique et robuste personnification. On reconnaissait sans aucune hésitation que ce juge inflexible, quelquefois terrible comme le destin, accomplissait un grand acte de souveraineté.
« Dans l’année suivante il modela un plâtre dans des proportions gigantesques, la statue allégorique de la Loi, qui fut placée sous le péristyle du Panthéon.
« Dans cette admirable production, il avait traduit et rendu visible par la forme une des plus hautes et des plus sérieuses abstractions que l’esprit humain puisse concevoir. C’était en quelque sorte l’incarnation de la Loi, non pas ce monstre qui en usurpe le nom, création capricieuse et servile instrument du despotisme, Janus politique à double face, portant deux poids et deux mesures, impitoyable pour les faibles et souriant aux forts, mais cette Loi, fille aînée de la Liberté, son rempart contre les oppresseurs, égale pour tous.
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« C’est au milieu des plus épouvantables secousses politiques que l’immortelle Convention nationale décrétait de semblables monuments, grands comme leur époque et investis d’une espèce de magistrature morale. Les artistes, brûlant d’un saint enthousiasme, s’élevaient au dessus d’eux-mêmes et répondaient par des chefs-d’œuvre à l’appel de la Nation.
« Le buste de sa fille, pour lequel il obtint à l’Exposition un prix de première classe, est, sans contredit, son chef-d’œuvre : c’est la beauté, la suave candeur, présentée avec toute la magie du sentiment le plus exquis et la correction la plus achevée.
« U?i buste , est une œuvre d’une haute importance. C’est sur ce visage réflecteur de l’âme que se traduisent les passions, et, en quelque sorte, le poème du drame intérieur de la vie humaine. L’étude de la phrénologie doit donc, chez le statuaire, marcher de front avec celle de l’anatomie et de la physiologie. C’est elle qui dévoile à l’artiste les facultés distinctives de l’individu sculptées sur son crâne par la puissante main de la Nature. Les mouvements du cœur, les inspirations de l’esprit qui dérivent de