M A D A M E ROLAND
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ces facultés viennent se peindre sur la physionomie par des signes pathétiques et variés. Il faut donc que l’on rende saillante la structure monumentale de l’être pour impressionner fortement la vue du spectateur. 11 reste ensuite à rendre les impressions fugitives, les nuances presque imperceptibles, indéfinissables, qui sont le prisme des passions et communiquent à une physionomie quelque chose de mystérieux que les organisations extrêmement délicates peuvent seules sentir et apprécier.
« Roland comprenait merveilleusement la sculpture monumentale destinée pour l’espace et l’éternité. Il était convaincu que la statuaire ne doit pas être un moulage de la nature, une reproduction de tous ces petits plis qui en sont les infirmités et affectent la vue aussi péniblement que ces têtes desséchées de sauvages exposées dans nos galeries d’histoire naturelle. Au contraire, il accentuait vigoureusement les grands plans qui servent à donner le caractère moral aux traits, en passant sur les détails avec une extrême délicatesse, c'est-à-dire qu’il parlait très haut pour les divisions principales et bas pour les nuances. Alors la lumière vibre, la tête
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vit, la bouche respire, les yeux semblent voir.
« En 1802, il exposa son modèle de la statue d’Ilomère. Il est impossible de pousser plus loin la science de la nature qu’il ne l’a fait dans cette composition. Les lignes en sont grandes et simples, les plans des muscles modelés par méplats, témoignent d’une profonde expérience de l’anatomie. Les fibres charnues vivent et chacune des courbes qu’elles forment est rretlement dessinée, les os sont accusés sans dureté et tout le savant travail est recouvert d’une peau délicate ainsi que d’un voile transparent.
« C/estaussi à son ciseau que l’on doit la copie de la Minerve antique placée devant le péristyle de la Chambre des députés.
« Un jour, douloureusement miné par une affection de poitrine, il voulut quitter le lit où il se sentait mourir et revoir une fois encore son atelier confident de son génie. Là, appuyé sur la plinthe du modèle de la statue, il promenait ses yeux presque éteints sur son ouvrage de prédilection. On eut dit un tendre père qui, avant de se livrer au sommeil, va déposer le baiser du soir sur le front de ses enfants au berceau. C’était le dernier éclat d’un soleil qui va s’abîmer
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dans l’éternelle nuit. Qui dira ce qui se passa en lui, toutes ses émotions, toutes ses voluptés, tous ses désespoirs dans cet adieu suprême ? Il succomba le 11 juillet 1816.
« C’est de Roland qu’on peut dire avec vérité : le style c’est l’homme. Ce qui distingue, avant tout, les productions du statuaire de Lille, c’est un sentiment de vie et de correction uni au grandiose exigé par l’art.
« J’avais quelques droits peut-être à retracer toutes ces luttes et Joutes ces souffrances, car, moi aussi, je puis dire :
« Non ignara malt, miseris succurrere disco : »
(Paris, 1846).
— Il y avait dans les commencements de la vie de Roland tant d’analogie avec ceux, plus difficiles cependant, de David d’Angers, que j’ai pensé intéresser le lecteur en mettant en rapport le maître et l’élève et en laissant s’exprimer celui-ci sur les différentes questions d’art dont personne, mieux que lui, ne pouvait parler.
J’ai choisi parmi les écrits de David sur les arts, celui qui a rapport aux statues. Rien que conçu en 1844, il est encore d’actualité. En effet,
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à l’époque où nous sommes on en élève avec une facilité surprenante, au premier vente alors que ce grand honneur ne devrait être rendu qu’au Génie et au Courage.
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« S’il existe dans le cœur de l’homme un sentiment naturel et sacré, après le respect filial, c’est celui de la vénération pour les grands hommes; plus les nations sont morales et célèbres, plus ce sentiment a de puissance chez elles.
« Les statues sont pour les masses un noble stimulant, elles sont les glorieuses archives du genre humain; lorsqu’une génération entière s’est endormie dans la poussière, il reste encore un peuple de grands hommes debou L sur les autels de la patrie. Ces astres brillants de la lumière du génie sont semblables aux phares, guides des marins sur la mer orageuse, ils protègent leurs frères dans leur triste odyssée à
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travers les siècles. Ce sont des demi-dieux,
des saints, qu hormis les révolutions du globe, nulles autres ne pourraient abattre ni effacer de
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la mémoire des hommes. S’ils se trouvaient enveloppés dans une secousse de notre terre, les êlres qui nous auraient remplacés fouilleraient dans ses entrailles et exhumeraient ces figures grandioses portant sur le front le signe de leur immortalité.
« Quelle noble et difficile tâche pour un artiste ! Plus la matière dont il se sert pour ses œuvres offre de caractère de durée, plus il doit chercher à les rendre sublimes pour qu’elles ne ressemblent pas à ces muets et désespérants hiéroglyphes que les monuments antiques conservent et nous montrent avec une dérision apparente.
« C/est un fort, un puissant véhicule pour l’artiste, qu’une telle mission, car son œuvre à lui devient un livre que tous doivent pouvoir lire. Ce sont de glorieuses pages, dont la création est la pensée et les caractères, toute Inhumanité dans ses types. Ces pages, burinées par la vénération et le génie, disent au peuple que le bon et le bien ont leur apothéose sur la terre, que si les pieds de l’homme se souillent dans la fange du globe, sa lête au moins touche au ciel, son dernier asile, que le malheur, quand il s’attache à quelque chose de grand, reçoit aussi son
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autel et que son image se présente aussi dans l’avenir.
« Si les Français ont si bien compris tout ce qu’ils doivent aux glorieux génies sortis du milieu d’entre eux, c’est à la Révolution régénératrice du monde qu’ils doivent d’avoir fouillé dans la poussière des tombeaux pour ressusciter ces divins météores qui viennent ennoblir de leur image le sol de la France, après l’avoir illustrée par leurs œuvres.
« Mais l’honneur de ces résurrections, si j’ose m’exprimer ainsi, revient surtout, et à juste titre, aux villes de province, ce sont elles qui, avec l’obole du prolétaire, l’argent du riche, font surgir, s’élancer dans l’avenir ces brillantes et impressionnantes réalisations rendues lisibles à l’âme, et il faut avouer sans calomnie, que le gouvernement, si habile à arrondir, à grouper les chiffres de son énorme budget, reste étranger à ces actes de justice populaire et si, à de rares intervalles, il a doté d’une faible somme uue souscription ouverte, on peut être certain de ce que le monument s’élevait pour un roi ou un serviteur des cours.
« Nous passerons rapidement en revue les
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rincipales statues élevées par souscription dans les départements.
« La statue du général Travot à Bourbon-Vendée, son buste colossal à Cholet, s’élèvent tous deux à sa mémoire, mais l’immortel Iloclie. le pacificateur de la Vendée, n’a pour monument que la statue que ses compatriotes lui firent élever par souscription à Versailles, sa ville natale. D’où vient cette différence entre deux noms si différents aussi de gloire? C’est que la lâche vengeance des Bourbons poursuivit Travot de sa haine implacable et que les âmes généreuses, car, grâce à Dieu, il en existe encore en France , protestèrent contre ces odieux souvenirs en le relevant sur son piédestal.
a Verdun voit avec orgueil la statue de son illustre Chevert. Le bronze a consacré les traits du profond Montaigne dans sa ville natale.
« Le brave d’Asstfs fait retentir dans Vigan son cri dévoué : « A moi, Auvergne, ce sont les ennemis! » •
« Brune vient de recevoir un semblable hommage de ses concitoyens, et la ville de Brive s a prouvé qu’elle avait ressenti jusqu’au cœur les coups de poignard de l’infâme Trestaillon.
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« La statue du maréchal Larmes , le brave des braves, décore une place de sa ville natale.
« Jeanne (T Arc est représentée à Orléans chassant les Anglais, qui vengèrent lâchement leur défaite sur cette héroïque guerrière.
« Tandis que la ville de Béziers inaugurait la statue de son Biçuet, qu’une cilé entière célébrait avec enivrement le souvenir du bienfaiteur de la Provence, dont la Société archéologique, aidée des souscriptions des habitants de Béziers, avait fait élever le monument au milieu d’une des plus belles fêtes que puisse se figurer l’imagination, le gouvernement faisait placer àMonlpellier (ville plus qu’à moitié protestante), sur la belle promenade du Pérou, la statue équestre de Louis X1Y, commandée par la Bestauration et donnée à la ville après 1830 par le gouvernement actuel. L’inauguration ne causa pas grand bruit, les ouvriers mirent avec effort le colosse sur son piédestal et c’est à peine si quelques passants s’arrêtaient un instant pour jeter un regard de mépris sur l’homme aux dragonnades. L’idée est heureuse, en effet, de donner à cette province l’image de celui qui fit couler
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tant de sang et de larmes dans les Cévennes, qu’un malheureux hasard fait indiquer dudoigl à la statue. La meme idée d’oubli des injures, sans doute, a inspiré le don fait par le gouvernement, quelques mois auparavant, au musée de Montpellier, c’est le portrait de l’infâme Charles IX méditant la Saint-Barthélemy!
« La statue colossale du grand Corneille domine le pont de Rouen. Le jour de son inauguration, 30,000 soldats citoyens défilèrent devant l illustre tragique et lui portèrent les armes en inclinant le noble drapeau tricolore. La tête de la statue se détachait sur le ciel et à ses pieds les navires se pavoisaient de leurs différentes couleurs nationales, tandis que les Rouennais saluaient de leurs mille voix leur célèbre compatriote. Fiers de leurs grands hommes, ils ne laissent échapper aucune occasion de témoigner leur reconnaissante admiration, et la statue Adrien Boïeldieu , placée au milieu du cours qui porte son nom, est une preuve de la juste estime des habitants de Rouen.
« La ville de Strasbourg élevait, dans le même mois, un monument à Kléber qui, par son immortelle victoire d’Héliopolis, reconquit l’Égypte
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et y trouva la mort sous le fer d’un fanatique et vil assassin.
« Et Guttenberg, sublime inventeur de l’imprimerie. Après quatre siècles d’indifférence, les hommes reconnurent enfin quel bienfait ils avaient reçu de cet homme illustre. Le monument fut exécuté au moyen de souscriptions venues de presque tous les points de la France et pendant trois jours des fêtes, des plus admirables et toutes populaires (les habitants seuls en firent les frais sous la direction du comité du monument), firent tressaillir d’enthousiasme la vieille et noble cité. Les nombreux étrangers accourus de tous lieux, purent se convaincre, en voyant les bas-reliefs représentant les bienfaits de l’imprimerie dans les quatre parties du monde, que les Français se plaisent à rendre hommage à tous les membres de la grande famille humanitaire.
« Fénelon , le digne archevêque de Cambrai, cet homme dé bien dont chaque jour de vie était une bonne action, repose dans la cathédrale de cette ville. Trois bas-reliefs représentant les traits les plus remarquables de sa noble vie et une statue couchée décorent le tombeau érigé par la reconnaissance des Cambrésiens. Une
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autre stalue de Fénelon va être placée dans sa ville natale.
« La reconnaissance placera sous peu, à Versailles, l’image vénérable de Y abbé de l'Épée.
« Les compatriotes du célèbre Cuvier ont placé au milieu d’eux sa statue à Montbéliard. Le jour de l’inauguration, à l’instant où le voile qui recouvrait la stalue fut enlevé, quinze cents voix des deux sexes chantèrent un hymne qui s’éleva jusqu’au ciel.
« Une souscription européenne a fait élever au Jardin des Plantes une représentation de Cuvier, l’illustre savant qui sut ravir aux profondeurs du globe les pages de son histoire.
« Laval a inauguré en 1840 une statue en bronze d 'Ambroise Paré. Sur la plinthe est gravée la devise naïve et pieuse du chirurgien que son talent et le besoin qu’en avait le roi, sauva des massacres de la Saint-Barthélemy :
« Je le pansay et Dieu le guarit. »
« La ville de Cateau-Cambrésis, où est né le maréchal Mortier , vient de lui élever une statue.
« Dans la petite église de Saint-Florent (Maineet-Loire) où furent enfermés les 5,000 prison-
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niers républicains auxquels Bonchamps mourant sauva la vie, est placée la statue du général vendéen, sur son tombeau. Cet ouvrage est du fils d’un des 5,000 prisonniers.
« En élevant une statue à René d’Anjou , dans la ville d’Aix, la Provence songea plus au philosophe, peintre, écrivain, qu’à la tête couronnée, et certes si le souvenir du bon roi lui est resté si précieux, c’est grâce à la tradition qui le représente se chauffant le dos contre une muraille exposée au midi. Il y avait une véritable philosophie dans ce royal peintre, qui avait peint sa femme la tête ceinte d’une couronne de reine et dévorée par les vers du cercueil.
« Cent mille citoyens, consternés par la mort du général Foy, votèrent un million à sa famille, un monument au tribun intrépide. Le tombeau est au Père-Lachaise, quatre bas-reliefs ornent le piédestal de la statue; ils représentent : un combat en Espagne; le général, à la tribune, entouré de tous les membres marquants de l’opposition de cette époque et dont bon nombre ont malheureusement prouvé depuis que cette opposition n’était pour eux qu’une question d’hommes et non de principes; le convoi du général suivi
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de ses collègues et, sur l’une des faces, le génie de la Guerre et celui de l’Éloquence.
« Le gouvernement a ordonné, la Ville de Paris, par son Conseil municipal, a payé le magnifique tombeau érigé à l’un de ses personnages, le chef des justes-milieux, le grand Casimir Périer. Le ministre est représenté le poing fermé, comme pour faire respecter la Charte Bérard et compagnie, qu’il tient de l’autre main.
« La noble figure du patriote et chevaleresque Carrel décore le tombeau qui l’a ravi si jeune à son pays, dans le modeste cimetière de Saint- Mandé. Il est représenté au moment où il prononce devant les Pairs ses mémorables paroles accusatrices sur l’assassinat du maréchal Ney.
« Angers élèvera sous peu un monument à l’illustre Beaurepaire , chef du 1er bataillon de Maine-et-Loire, qui se brûla héroïquement la cervelle pour ne pas subir l’humiliante capitulation de Verdun et dont la mort eut sur les soldats de la République une si prodigieuse influence. Cette statue sera en même temps une consécration du souvenir de cette intrépide Légion angevine qui marcha la première vers les frontières pour repousser les ennemis de la Liberté.
S STATUES
« Bourg attend avec impatience la terminaison de la statue de l’immortel auteur de « la Vie et la Mort », Bichal , né dans ses murs.
« La ville de Mayenne s’occupe aussi de ressusciler dans son sein l’image de son digne fils, le vertueux Cardinal de Cheverus, ancien évêque de Boston.
« La Bestauration éleva par souscription l’immonde ligure de Louis XV, dans la ville de Beims, le peuple ne participa pas à cette souscription.
« Les habitants de Beaufort (Maine-et-Loire) ont souscrit pour faire représenter leur bienfaitrice, Jeanne de Laval, deuxième femme de Bené d’Anjou.
« Le statuaire David a offert au maire de la ville de Bennes d’exéculer gratuitement la statue du tailleur Le Perdrix, maire de la ville en 1792 et 1793.
« Les royalistes érigèrent, sous la Bestauration, une statue au traître Picliegru . Elle fut renversée de son piédestal en 1830, et les patriotes la remplacèrent par un drapeau tricolore, en attendant que l’auteur de la « Marseillaise », Rouget de Lisle , y ait sa statue ?
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« Le Génie de la Liberté s’élève, dit-on, sur la colonne de Juillet. Beaucoup de personnes persistent à regarder ce Génie comme celui du juste milieu. N’aurait-il pas été plus logique de représenter sur cette colonne, un homme du peuple appuyé sur son fusil, véritable allégorie de la Liberté et que le peuple, avec son sens droit, aurait certes bien comprise.
« La ville de Valence s’occupe de la réalisation d’un monument au républicain Championnet .
« L’autorité avait toléré pendant quelques années un buste placé en 1830 sur une fontaine de la Place des Invalides, modeste monument élevé au général Lafayette . Mais, trouvant que le plâtre résistait trop longtemps aux intempéries des saisons, elle l’a fait briser et le fondateur de la nouvelle monarchie n’a plus un seul monument.
« La Ville de Paris fait les frais du tardif monument élevé à la mémoire de Molière , mais enfin « e meglio tardi che mai ».
« Ne semblerait-il pas que les Tartuffes, dont la race semble indestructible, ne peuvent lui pardonner de les avoir mis au pilori du sarcasme des siècles, et le poursuivent encore en le reléguant à l’angle d’une rue comme une borne-
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fontaine. Est-il donc Irop peu pour pouvoir être placé sur une place publique? A Paris, elles sont consacrées d’avance aux têtes couronnées, et pourtant, quelle est la gloire royale qui puisse lutter contre ce grand génie!
« Je suis tout émerveillé qu’on veuille bien permettre aux provinces d’élever les images de leurs grands hommes sur les places publiques. C’est que sans doute, la province ne tire pas à conséquence.
« On peut voir, à Versailles, la statue du maréchal Jourdan , mais la tête seule a été faite en son honneur, car tout le corps appartient de droit au général Valhubert, destiné à décorer le pont Louis XVI, mais qu’on a guillotiné pour substituer sur ses épaules (système d’économie de la liste civile) la tête de l’illustre maréchal à la sienne propre.
« La Restauration avait fait exécuter trois statues de Louis XVI , destinées à la Place de la Révolution, à Nîmes et à Rordeaux. On a oublié depuis 1830 de les élever sur leurs piédestaux.
« Louis XIV se pavane sur l’une des places publiques de Caen. Le grand despote a toujours
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trouvé grâce devant ses successeurs couronnés. Napoléon même l’honorait et l’aimait.
« Boulogne-sur-Mer a érigé un buste colossal à Henri II. Ce roi avait battu les Anglais. C’est ce qui lui a mérité le souvenir des Boulonnais.
« La Ferté-Milon, patrie de Racine , possède sa statue en marbre.
« Château-Thierry s’enorgueillit de l’image du bon La Fontaine , né dans son sein.
« Les mariniers de Clamecy élèvent de leur modeste souscription, un buste colossal à Jean Bouvet , leur compatriote, inventeur des trains de bois. Il est placé sur le pont.
« Une chose assez plaisante est arrivée à l’égard du modèle de ce buste. L’artiste eut l’idée d’offrir le modèle en plâtre à la mairie de Clamecy, mais le maire n’ayant pas bien compris la lettre d’envoi, crut que c’était un buste du roi Louis-Philippe, et renvoya, sans l’ouvrir, la caisse au statuaire, en disantquela ville possédait déjà un buste de SaMajesté. Peu de temps après, la méprise s’éclaircit et l’autorité accepta alors avec reconnaissance, le buste de Jean Bouvet.
« Il faut certainement élever beaucoup de mo-
LES STATUES
numenls aux grands hommes, mais il faul le laire avec justice el discernement, afin que cet
honneur ne devienne pas banal, et ne fasse pas manquer le but, c’est-à-dire la vénération et l’émulation des peuples.
« A Rome, dans le Bas-Empire, il y avait plus
LES STATUES
de statues que d’hommes, on les prodiguait d’une manière ridicule. Un avocat plaidant une cause importante, exigeait une statue, s’il gagnait son procès. Ce n’était donc plus qu’un portrait en pied de l’homme, plus d’apothéose. C’était la prostitution d’une chose qui ne reste sacrée que, tant que le peuple conserve des idées de véritable grandeur et de moralité. Cela se passait, à la vérité, à la dislocation du colossal Empire romain.
« Il faut, je le répète, être très scrupuleux sur le choix des personnages auxquels on veut ériger des monuments.
«Je voudrais que, dans toutes les villes, l’érection d’un monument en ce genre, fût le motif d’une délibération du conseil municipal et qu’ensuite, le nom désigné par lui fût inscrit sur un registre sur lequel chaque citoyen apposerait son vote d’adhésion ou de répulsion. Puis, tel mériterait une statue, tel un buste, tel une simple inscription.
« Ainsi, l’admission d’un homme célèbre au Panthéon, n’aurait lieu qu’après un décret de l’Assemblée nationale; puis le scrutin de la Nation, par le moyen de registres ouverts dans
LES STATUES
Hi
toutes les communes de France viendrait sanctionner la décision.
« Un semblable honneur serait une véritable apolhéose et il n’y aurait pas à craindre que jamais un nom confirmé de cette manière put être effacé du temple de la Gloire. »
BRILLANT DÉBUT
Roland, frappé par la mort, n’ayant pu exécuter la statue de Condé, ce fut David, son élève, qui fut chargé de la faire pour la décoration du pont Louis XVI (depuis pont de la Concorde). Cette statue, moitié d’exécution, figura au Salon de 1817. Condé est représenté jetant son bâton de commandement dans le camp ennemi, à Fribourg. L’énergie du mouvement, ainsi que l’heureux arrangement du costume, plaça du coup le jeune statuaire dans les premiers. Une femme du peuple, devant le marbre qui fut placé pendant quelque temps sur le pont, dit en le voyant : « On dirait d’un ouragan! » Cette statue est actuellement jdans la cour d’honneur à Versailles.
BRILLANT DÉBUT
A ce inoinent-là, le père de David, le croyant définitivement lancé et riche par le travail qui lui était commandé, envoya à son fils ses deux plus jeunes sœurs. L’une d’elles, celle que la douceur de son caractère lui faisait aimer le plus, mourut peu de temps après son arrivée à Paris.
En cette meme année 1817, David fait le médaillon de Yadier (1), ancien conventionnel, alors octogénaire, et que les lois de proscription obligeaient de quitter la France. Pendant toute sa vie il recherchera à reproduire les traits des grands hommes de l’époque de notre Révolution française.
Louis X VIII conçut le projet d’élever un monument à la mémoire de Bonchamps, le général vendéen qui, en mourant, avait sauvé la vie à quatre mille prisonniers de l’armée républicaine enfermés dans l’église de Saint-Florent et parmi lesquels était le père de David. David d’Angers fut chargé de ce monument qui est placé dans l’église derrière l’autel. Puis viennent les statues
1. Marc-Guillaume-Albert Vadier, né à Pamiers (Ariège) le 17 juillet 1736, magistrat, député de TAriège aux Etats- Généraux et à la Convention, mort à Bruxelles le 14 décembre 1828.
du roi René pour Aix-en-Provence, de Racine pour La Ferté-Milon, de Fénelon , pour la cathédrale de Cambrai.
David d’Angers, cruellement éprouvé par la mort de sa plus jeune sœur, devait à peu de temps de là, le 17 janvier 1821, éprouver un nouveau chagrin. Son père, âgé de soixantequatre ans, mourait à Angers entre les bras de sa fille aînée, la seule qu’il eût près de lui. Pierre-Louis David fut accompagné à sa dernière demeure par Jacques Delusse, le bienfaiteur de son fils.
Après ce deuil cruel, David se présenta, sur l’invitation d’un de ses amis, chez La Révellière- Lépeaux(l), l’ancien membre du Directoire, dont il connaissait bien la vie et dont il admirait le caractère ainsi que la conduite si noble pendant la Révolution. La Révellière, après avoir été mis hors la loi au 31 mai, n’avait pu reparaître à la Convention nationale qu’après le 9 thermidor. Comme membre du Directoire, il avait, par ses dons, contribué à la fondation du Musée d’An-
1. Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux, né à Montaigu (Vendée) le 24 août 1733, avocat, député de Maine-et-Loire aux Etats-Généraux et à la Convention, membre du Directoire et de l’Institut, mort à Paris le 27 mars 1824.
BRILLANT DÉBUT 8 o
gers. Tous ces litres avaient inspire à David le
désir de faire son buste, qui fut terminé peu de temps après sa mort, le 27 mars 1824.
Sept ans plus tard, David devait épouser