‹ David-Frédéric StraussChapitre 10 sur 82 · L LNSUFFISANCE DES CO.NCESSIOXS DE STRAUSS AU POINT DE VUE DE LA FOI · texte numérisé non relu

L LNSUFFISANCE DES CO.NCESSIOXS DE STRAUSS AU POINT DE VUE DE LA FOI

Les concessions que Strauss a faites à ses adversaires et au public chrétien sont graves au point de vue philosophique : elles sont pourtant insuffisantes au point de vue de la foi.

Sa restauration complémentaire est encore d'un libéralisme suspect. Strauss a beau mettre Jésus hors de pair: il ne le fait pas monter au ciel ; il le laisse sur terre, à la tète du chœur humain des génies classiques. Il ne se scandalise pas comme Hengstenberg du culte païen qu'on rendait alors à l'homme de la colonne Vendôme et à l'Olympien de Weimar : il ne trouve pas que l'autel de Jésus soit souillé par le voisinage de Gœthe ou de Napoléon. 11 constate sans la moindre indignation que Heine a comparé les mémoires de O'Meara, Antommarchi et Las-Cases aux souvenirs de Mathieu, Marc et Luc et il s'attend à trouver des fidèles qui considéreront les lettres de Bettina comme un autre Évangile selon saint Jean ; on sent bien que Strauss, comme jadis lempereur Alexandre Sévère, est tout prêt à placer dans sa chapelle domestique les statues d'Abraham et d'Orphée à côté de celle de Jésus. Si le peuple d'Israël est le fils aîné de Jéhovah, pourquoi le peuple

(1) « Ist niclît die ganze Ewigkeit niein ? » Lessing, Erzie/iung des Menschengeschlechts, Werke, éd. K. Laclimann, t. X, p. 329, dernière ligne.

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grec no scmil-il .pas le lils cadcl? Ilomèin cl Sopliorld no sonl-ils pas diti^nos d'ôlio les frères do David cl do Salomon (i)? Phidiasol Socralo, Alexandre et Copornic sont aussi en un sons des rédempteurs dollinmanité. Il nous est impossible de penser que lo Principe créateur se soit idon lilié avec une créature : l'absolu, qui se uianifeslo dans l'univers, ne peut s'épuiser en descendant dans une nature unique: autani vaudrait affirmerqueressoncederiiarnionie peut se réaliser au moyen d'une seule note. Ou il l'aul voir dans tout le fini à un dei^ré différent la révélation authentique do rinfini et dans riiuinanité en |)articulior la vraie incarnation de Dieu, ou il faut renier l'origine sacrée de tout ce qui est fini, en particulier de tout être humain (2). Jésus ne j)eut être appelé le fils do Dieu <]uo si on accorde à lous les fils des liomnies, on <pielquo mesure, la m<Mne dignité et la même noblesse. Ainsi Strauss, tout en accordant au fondateur du christianisme une perfection singulicre, continue ù rejeter tout culte jaloux : toute religion qui creuse un abîme entre lo peuple élu et les autres peuples aussi bien doués en un sens, entre un individu divin et les autres génies, lui parait intolérante.

La deuxième restauration de Stï-auss n'est donc [n\^ jtlus fanatique que la proinièie : elle n'est pas non plus moins critique. Elle élimine la résurrection. « Nous croyons en Christ et vous devez y croire, parce que Dieu l'a réveillé d'entre les morts ; et s'il n'était pas ressuscité, notre prédication serait vaine et notre foi ne servirait à rien. » Ces paroles n'ont plus pour Strauss aucun sens: un réveil naturel ne samail avoir une valeur religieuse : on ne fonde pas une foi sur un succès extérieur «jui n'ajoute rien à la vie spirituelle et à la dignité intime. La résurrection de Jésus, si elle a eu lieu réellement, n'est qu'un détail d(; la destinée physique, qui n'a pas de valeur morale aux yeux

(1) Friedliche JUutler\ p. lO.").

[2]Ibid., pp. 6»-81.

LA OUEIîELl.E DE « LA VIE OE JESUS » 103

de ceux qui ne jugenl pas les lioinmes d'après la chance, comme le loat les enfants et le peuple sans éducation (i). La foi à la rédemption, non plus, n'a plus de racines vivantes dans l'arae de Strauss. Comment la mort de Jésus, incident extérieur et individuel, peut-elle entraîner le pardon des péchés pour l'humanité ? C'est un fait qui n'intéresse pas la religion, mais l'histoire des religions : il a tout au plus une valeur symbolique. — La preuve de la divinité de Jésus par les miracles ne saurait être admise : d'abord les événements ne sont pas attestés par des témoins oculaires ; mais le seraient-ils, cela ne prouverait rien : des témoins oculaires peuvent n'avoir pas bien observé ; des faits extraordinaires ne sont pas forcément miraculeux. En accordant à Jésus certains dons exceptionnels, une clairvoyance spéciale par exemple, on n'ajouterait rien à sa valeur religieuse et morale; au contraire, on ris(|ue de lui attribuer une constitution anormale et morbide. La naissance surnaturelle serait une dérogation aux lois les plus connues de l'expérience ; elle prêterait à des interprétations équivoques ; elle ne suffirait pas à exempter du péché originel. La préexistence éternelle en Dieu donnerait à la conscience de Jésus un caractère tout à fait différent de la conscience humaine; sa vertu, appuyée sur des fondements qui nous manquent, ne saurait dès lors nous servir d'exemple (2).

Strauss enlève ainsi au fondateur du christianisme tout ce qui en faisait unêtre supraterréstre, surhumain et surnaturel. Il se rend parfaitement compte qu'aux yeux des fidèles, un Jésus terrestre, humain, naturel n'est plus le Christ ; les chrétiens ordinaires tiennent à la situation uni([uode l'Homme-Dieu par rapport au reste desmoilels; ils tiennent aussi au caractère anormal des miracles par

(1) Friedliclw BUiltcr. pp. (i!l-81.

(21 Ihid, pp. 81-97.

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opposition aux évriicinonls conformes aux lois uaUiicllcs. Strauss prélend néanmoins (ju'on auiail lorl de rrfusoi- à sa foi lonomde christianisme; ilnc l'aul passoulcnirqu'iinc foi clarifie es! une loi réduite ; aulant vaudrait nier la liberté donl jouissenlles membres de l'Hlat actuel, parce que cette liberté est commune à tous les citoyens au lieu d'être comme autrefois le privilèii^e d'une caste qui la refusait aux esclaves. C'est une ({uestinn de définition. Si l'on s'en lien! au christianisme |iiimilir (jui nadiiietlait qu'un point de jonction ou de croisement entre l'absolu et le flni, la conscience moderne n'est plus chrétienne ; elle est même anti chrétienne. Si on considère le christianisme comme capable d'évoluer, la philosophie, (pii généralise et étend l'union d'abord strictement localisée de Dieu et de l'humanité, est plus chi'étienne (juc le christianisme primitif lui-même (i).

Pourtant, si l'on veut parler net, on est oblii,'-é de reconnaître que les concessions de Strauss étaient plus ai)parenles que réelles. Il renonçait à son mépris de l'histoire; et à sa sévérité pour le quatrième évangile ; il renonçait à son mépris de l'individu et consentait à voir en Jésus le choryphée du chœur des génies. Mais il restait intraitable sur des points essentiels : il déclai-e (jue les lois de la nature n'admettent aucune dérogation, aucune intervention miraculeuse ; que toutes les parties de l'histoire humaine ont le même caractère divin, qu'elles sont toutes plus ou moins sacrées, plus ou moins profanes ; que, pour assurer le progrès religieux, il faut faire dans le christianisme le départ de ce qui est éphémère et de ce qui est éti;rn(d. En tète des Feuilles pacifiques où il s'efforçait de se montrer aussi conciliant, aussi inoffensif que possible, il écrivait ces fières paroles : « Non, je ne le puis pas. cpiand je le voudrais, et si je le pouvais, j'espère bien (jik- je ne le

1, Frieillichc lilnllfr. préfarc xx\ iii-wmii.

voudrais pas : me faire illusion à moi-même, simplement pour garder en moi la quiétude, avec d'autres la paix(i). » A vrai dire la deuxième restauration de Strauss n'était qu'une transposition de la première. En s'appuyant sur les textes évangéliques, il avait essayé d'abord de maintenir une chaîne entre la communauté chrétienne primitive créant le mythe et la chrétienté philosophique moderne gardant le symbole ; en se fondant sur les mêmes documents, il s'efîorce maintenant d'établir un lien analogue entre la conscience divine de Jésus et la conscience pieuse du philosophe. Le mythe était la figure de l'Humanité-Dieu; Jésus est le prototype de Ihomme religieux. Dans les Feuilles pacifiques, Strauss ne fait pas plus acte de foi positive que dans la Vie de Jésus, il ne veut même pas donner une de ces apologies métaphysiques que prétendaient échafauder la droite et le centre hégélien, en prouvant par voie de déduction le dogme de l'Incarnation : l'auteur se sépare expressément sur ce point de Rosen-

(1) Friedliche BUlller, p. (il. SU-auss a parfaitement jugé plus tard son attitude pacifique dans cette querelle. « Ma Vie de Jésus, dit-il, avait creusé un abîme entre Ihumanité plus ou moins croyante et moi; pour permettre la communication entre les deux versants, j'ai cherché à jeter un pont, ne fût-ce qu'une passerelle étroite et chancelante au possible. A me voir pour ainsi dire absolument seul, répouvante m'avait saisi dans tous les membres; l'agitation maladive se sent distinctement dans le rythme fiévreux de ces monologues. Aujourd'hui, l'auteur, habitué de longue date à la solitude et à l'air vif de la hauteur qu'il a atteinte, n'aime plus cette œuvre morbide; au contraire, certaines âmes, des âmes féminines particulièrement, continuent à la trouver édifiante. Ce qu'on a dit de mieux à ce sujet, ce que je puis finalement laisser dire moi-même, c'est ce que m'a écrit récemment une amie qui m'est chère après avoir relu les deux articles réunis sous le titre de Feuilles pacifiques : « L'article sur Kerner m'a fait plaisir, écrit-elle, « mais le second article m'a ému, parce que. si vous me permettez « de le dire, vous y montrez tant de bonne volonté, et cependant « votre conviction perce sous toutes les formes que vous croyez devoir « prendre par ménagement. » [Lilerarische Denkivurdigkeilen. Ges. Schriflen, I, p. 13.)

inC |)\\ in-l Hl.lil.Kli. STRAUSS

kraiiz : pour lui, la (lii,MiHé ('iniiiciiU' du FondaUnir m fsl lo«^itlu(Mnoiil ni iircossairo ni (Irnionlrahlc : c'est un fait d'oxprriencc (in'il faudrait (Mablii" par les procédés ordinaires de la «rilitpie iiisloritpie (i).

I). — L'esprit et la portkk de la preamicre « VIE DE Jésus ».

En somme, Strauss n'a pas renié l'espril de sa première œuvre.

Dès le début, ses adversaires avaient mieux compris que l'auteur lui-même tout le sens et toute la portée du livre scandaleux : avec la clairvoyance de la foi, de la haine ou de l'inquiélude, ils avaient élargi le débat et généralisé le problème. Il s'agissait de savoir si la théologie et la j>hilosophie allemande du dix-ncuN ièine siècle étaient encore chrétieimcs..Iusqu'àlapubli('aliou de/« 1 7e rfe./est/.s, les philosophes et les théologiens allemands avaient paru travailler à la restauration rationnelle et à la restauration hisloritpie du christianisme, si attaqué au dix-huitième siècle par les Anglais et les Fiançais. Strauss lui-même s'élail imaginé d'abord (piil élayait l'une par l'autre ces deux restaurations. Or, maintenant , il apparaissait clairement qu'après cinquante ans de travail acharné, de pieux labeur consacré à consolider l'Kgli.se ébranlée, il ne restait (pie des ruines (2).

(1, Strrihrhriflrn. III Iltill : iJic Jahrl/iicher iiir insseriscfuiflliche Krilik, p. 12<;. •

(2| « On a bou\ ont demandé, éciil «Juinot on 1H38, d'où peut venir limmense relenlis>Ptiienl de l'ouvrage du doeleur hîlruusîi. Cette cause nosi point dans le slyie de l'écrivain. Ce langage triste, nu. géométrique, «|ui. pendant l.."»0o pages, ne se déride pas un momeiil, ce n'e<t point lA la manière d'un amateur de scandales. Quant à ses doctrines, il n'est pas, je crois, une de ses propositions les plus audacieuses qui n'ait été avancée, soutenue,

LA QUERELI.K Dl!: <( LA VIE DE JESUS » 107

Strauss lui-mèinc tressaillit en voyant tout à coup qu'il navait fait que « concentrer tous les doutes en un seul et former un même faisceau des traits épars du scepticisme ». 11 avait cru réaliser la synthèse du rationalisme et du supranaturalisme, de VAufklarung et du romantisme : il se rendait compte qu'il n'avait fait que donner au rationalisme et à V Aiifklnrunij plus de vie et plus de force en les rajeunissant. Sans doute Hengstenberg- avait tort de croire que son adversaire était au fond de l'avis de Reimarus ou qu'en son cœur il criait avec Voltaire : « Ecrasez l'infâme. )^ Strauss explique clairement que l'attitude du dix-neuvième siècle n'est plus celle du dix-huitième (i). Depuis Rei-

débattue avant lui. Comment donc expliquer le prodigieux éclat d'un ouvrage qui semble fait de la dépouille de tous ? Je réponds que cet éclat vient précisément de ce que le système nouveau s'appuie sur tout ce qui l'a précédé, et que son manque d'originalité dans les détails est ce qui fait la puissance de l'ensemble. Si cet ouvrage eût paru être la pensée d'un seul homme, tant d'esprits ne se seraient pas alarmés à la fois. Mais lorsqu'on vit qu'il était comme la conséquence mathématique de presque tous les travaux accomplis au-delà du Rhin depuis cinquante ans et que chacun avait apporté une pierre à ce triste sépulcre, l'Allemagne savante tressaillit et recula devant son œuvre. C'est là ce 'lui se passe dans ce pays depuis trois ans. » Quixet, Delà Vie de Jésus- Chrisl du docteur Strauss. Revue des Deux-Mondes (déc. 1838), t. IV, pp. 587-588.

(1) « L'idée que la religion est une duperie et le mythe un mensonge était liée à une philosophie qui ne connaissait l'esprit que sous la forme subjective d'un individu, et non sous la forme objective d'une race, d'un peuple, d'une société religieuse. A ce point de vue, la religion parait l'invention arbitraire d'un homme ou de plusieurs individus, et non le produit nécessaire de la nature intérieure de la collectivité, dont l'individu est l'organe; le mythe n'apparaît plus comme la fleur naturelle dont une communauté spirituelle a favorisé l'éclosion, mais comme une Heur artificiellement fabriquée par un prêtre rusé. Mais ce stade, où l'on expliquait tout en histoire par des motifs subjectifs secrets, par des passions privées ou des intrigues, est décidément dépassé aujourd'hui, grâce aux progrès de la philosophie, de l'histoire et de la mythologie, et il est ridicule de vouloir y ramener (pii que ce soit. » (Sireilschriflen, lll Heft, Die evangeliscbe Kirchenzeilung, pp. 41- 42.)

l(»s nAvin-FRi:ni;uic stralss

inai'iiï., lAll(Mii;ii,Mi(' Jiviiil Iravaillé ; onirc les Fragnicnlsde Wolfcnhiilh'l »'l l<i \'ic (le Jc.siis il y avait rcruvro Ao. Ilcvno cl i\c Herder. de WOIC cl de Niebulir. dr (id'llio cl de Hegel ; on sait en iS'.i't ([iie |>our coinpreiKlre le passé, il ne suffit pas plus de le condamner que de le louer ; on lient compte du caractère spontané ou collectif des œuvres et des manifestations humaines ; on explique donc les textes religieux comme les autres textes, avec plus d'intelligence, plus de goût, plus dérudilion ; mais les e\j)li(|ue-l-on avec plus de foi (i)? Qua lail Strauss, sinon profiler des progrès obtenus par l'histoire, la philosophie, el la mythologie dans les territoires profanes pour permellre à la science d'avancer dans le domaine sacré ? Pas plus que ses adversaires, l'auteur de la ]'ic de Jésus no pouvait se faire longtemps illusion à cet égard.

Strauss eut le courage de ne pas reculci- de\anl son œuvre. 11 niainlinl (jue la science avait le droit de pénétrer dans le sanctuaire. Le savant ne doit chercher (jue la vérité, sans se préoccuper des conséquences : il ne faut pas que l'esprit se laisse séduire par le cœur. Strauss sait prendre le ton de Pascal dans les Provinciales ou de Lessing dans ses Anligoeze pour expliquer à Steudel que Varfjumenlum a lerribili n'a pas de prise sur lui. Il faut traiter, avail dit Steudel, tout ce qui est sacré avec un respect religieux : et Strauss répond : ce (jui est .sacré pour le savant, c'est la vérité et l'amour (Je la vérité est sa religion. Steudel avait pris pour devise le vers de Luther: « Dieu combat à nos cotés » et Strauss invoque le vers suivant: « Ouils laissent debout la Parole. » On saisit ici sur le vif le passage de la Réforme — (jui avait mis le respect do rKvangilc au-dessus do r.mtdiilé de l'Kglise — à la philologie moderne, «pii met le .sens exact «lu tcxlc, évan-

(1 Strauss dit. |t;ir exemple : « L'auteur du quatriènu; Kv.ingiJe n'est i)as plus un ineiileiir «[iie Ilérodolc, Thucydide, Tite-Livc, Jo- -^ephe. qui nVjnt pas hésilr à prtHer à leurs héros des discours

gélique ou non, au-dessus de la piété du fidèle et du sentiment du lecteur. Steudel avait reproché à Strauss le sang-froid qu'il gardait dans son enquête ; Strauss réplique en distinguant dans l'émotion des supranaturalistes une double ardeur : l'ardeur fanatique du confesseur ou de l'inquisiteur et l'ardeur mystique qui aveugle les sens ; il n'admet pas qu'on inquiète le savant en faisant ainsi de la science un péché, ou qu'on l'étourdisse de la fumée de l'encens (i). C'est désormais la liberté de la science ({ue Strauss tient avant tout à sauvegarder ; et c'est pourquoi il a si longuement répliqué à Wolfgang iMenzel. On a cru que Strauss s'était laissé aller à des digressions, parce que, dans cette riposte, il parle autant de l'historien Jean de Millier ou de Gœthe que des Evangiles: en réalité, Strauss a bien senti qu'il était au cœur même du débat, quand il protestait contre le « terrorisme » de Menzel. Dans sa critique, Menzel se permettait des personnalités ; il incriminait le caractère des auteurs ; en outre, il jugeait les œuvres artistiques ou scientifiques uniquement au point de vue moral et national ; n'était-ce pas ce double procédé que les théologiens fanatiques employaient pour condamner la Vie de Jésus ? Quand il a vu Menzel expliquer l'affectation du style par la malhonnêteté de l'écrivain, ou exiger d'un historien qu'il affirme, avant tout examen, le caractère germanique des Suisses, Strauss a reconnu en lui l'inquisiteur et il ne s'étonne plus de voir son adversaire livrer la Jeune-Allemagne au bras séculier (2). L'auteur des Écrits polémiques sait donc bien où il veut en venir quand il défend à propos de la Vie de Jésus ce païen de Gœthe ; il sait que pour changer de forme, l'intolérance ne

non authentiques. » {Streitschrifien, II Heft, p. 60.) Ce n'est plus le ton d'un philosophe du dix-huitième siècle, mais est-ce le ton d'un chrétien croyant ?

(1) Slreilschriflerif I Ileit, particulièrement pp. 9, 25, 4ti. DO, 182.

2) IbicL, II Ileft, pp. 121-135.

110 i>.\vii>-i ni:nKiuc stkmss

ciiiiii^e pas ili> ii.iliii'c cl il jioursuil duiis tous les (loiiiiiiiirs le fanalisiiic »|iii pivlend opposor au lil»n^ oxainon laiilorilé d'un dof^'inc. Pour lanfion Sparlial<», l'ordre de la loi dispensail de loul aulre inolif : aux Israélites ou ne pouvait rien dire de plus eonvaineanl. (pu* la phrase : « Jélinvah a parlt' à Moïse : dis aux enl'anls dlsrai'l, ele. » ; pour les chn'liens d'aulrelois, une question était ju<^ée, (piand on avait rap|>elé la doctrine de Jésus sur ce point ou cité le texte de rÉcrilure ; tout récemment enfin, sous la domination étrangère et dans la détresse politique, il sullisait, pour soulever les peuples, <Jo faire appel à la vei-tu léguée par les aïeux et à la religion Iradilionnclle ; mais aujourd'hui tous ces mots ne font plus la nicnie impicssion. On aura beau s'indigner contre \c poison t'i-ancais, ou contre les sophismes du d<»ute qui l'cnverse les édilices sacrés et ruine les fondements de la nation, ou conlr<- la pi-oposilion de Hegel qui associe la réalité et la i-aison ; on n'y fera rien. Évoquez les ombres des grands ancêtres, maudissez la race dégénérée, criez aux oreilles de notre génération les noms de « Dieu, vertu ou patrie », envoyez vos adversaires en prison, mclte'/ leurs livres à l'index, vous n'empêcherez pas l'esprit humain de rejetcîr l'inie après l'autre toutes les autorités. Poui- nous imposer une croyance, la leltre d'une Écriture ne suffit j)lus, et toute tra«lition est désormais impuissante à nous dicter noire conduite. C'est la nécessité intérieure qui pousse l'esprit à dépasser toutes les normes et toutes les banières qui s'opposent à lui du dehors: il ne respecte que celles qu'il se pose lui-même. Sans doute, l'application de ce principe <pii mol tout en question ne va pas sans risques : il oblige à rccoimaître à l'athée le droit de douter de Dieu, il expose à la <liscussion critiijue les mœur.s, l'Église, le mariage, etc. Mais quels que soient les inconvénients d(! la liberté, il e.st vain de croire qu'on reviendra au passé ; il n'est pas facile de faire marcher à contre-sens Tnij^niillc de la grande

horlo<*e : et la Révolution de i83o a fait justice de ceux qui n'ont rien oublié ni rien appris. L'humanité est maintenant majeure: son émancipation est définitive (i).

(3n voit tout le chemin que Strauss a fait en quelques années : parti du romantisme, il avait dabord trouvé en Hegel la synthèse du romantisme et de IWufklârung et il avait cru à la paix entre la foi et la raison, entre la tradition et le libre examen ; maintenant il est décidément du côté du dix-huitième siècle et de la Révolution française ; il est avec la Jeune-Allemagne contre Menzel, avec la gauche hégélienne contre Schelling ou Gôschel. A la philosophie du repos éternel selon Schelling, il oppose la philosophie du progrès selon Hegel ; il essaie de prouver que, même en politique, le maître n'est pas un réactionnaire ou un conservateur, un servile comme on disait alors, mais un vrai libéral, et il appelle barbares ceux qui croient que le philosophe, en affirmant le caractère rationnel de la réalité, a voulu sacrer tout ce qui est (2).

Outre l'idée de progrès, Strauss oppose à ses adversaires ridée d'immanence. Le progrès religieux tend à substituer limmanence à la transcendance. L'antiquité — indienne, égyptienne, hébraïque, grecque — avait dressé au-dessus du monde réel des hommes le monde idéal des dieux. Au début, ces deux mondes ne sont pas nettement séparés : devant Troie, les dieux se battent avec les mortels presque sur le pied d'égalité, puisqu'ils reçoivent des blessures ; Jéhovah aussi apparaît aux patriarches : il mange avec l'un, lutte avec l'autre. Mais, peu à peu, ces familiarités cessent ; Abraham avait vu le Seigneur face à face. Moïse ne l'entrevoit plus que d(! dos et les prophètes ne l'aperçoivent plus que dans un instant d'extase ; les dieux grecs, abandonnant le trône trop accessible de l'Olympe, vont résider

(1) Slreilsc.hr if Un, II Heft, Hurtoiit pp. 180-185.

(2) Ihid., II Ileft. .surtout \). 205.

112 nAVin-FRi:ni;RH: strauss

!Ui-<l«"ssus de la voTilc (r;iir;iin <lii ciel. ('.luv. les Grecs, c'est surtout IMalon (|ui o|)pos<' au monde sensible le chœur divin des idées ; de leur côté, les Juifs, à la suite d'innuences chaldéennes el persanes, constituent, après l'exil, toute une hiérarchie d'anges. Ainsi s'agrandit l'abîme (jui sépare les deux mondes ; les Juifs de Palestine, au début de la suzeraineté romaine, considéraient que le présent était abandonné de Dieu, mais cpie, dans l'avenir, Dieu interviendrait de nouveau pour changer It^ cours des choses, comme il l'axait fait jadis; les païens, sous l'influence des idées de Pvthagorc et de Platon, considéraient le monde sensible comme un monde tléchu, et le corps comme le cachot de l'âme ; les Juifs d'Alexandrie concilient les deux conceptions dans le système de Philon.

Pour essayer de combler le fossé creusé entre les deux mondes, on fait intervenir des médiateurs ; entre Dieu et la création, le Logos sert de lien. Mais ces artifices étaientinsuftisants pour unir l'Idée et le réel : l'Incarnalion manifesta une jonction, mais sur un point seulement. L'unité du divin et de l'humain dans la personne de Jésus était une exception à la règle, un miracle ; le christianisme n'est donc que le point de départ du système moderne de l'immanence. L'Église |)rimitive eut h lutter contre les hérésies qui voulaient ruiner l'union du di\ in et de riiurnain en Jésus (i) ; même dans l'Église orthodoxe, la pneumatologi(^ et la démonologie des Pères, la hiérai'chie de rAréoj)agite, le culte des anges et des saints et la persistance des miracles dans le catholicisme prouvent que la transcendance a survécu au triomjjhe exceptionnel de rimmanence en (^Ihrist. — La Héforme réduisit au repos les anges et les saiids, dissipa les rêves de purgatoire, limita le rjninip du miracle;

(1) Tantôt p.ir la iiéi,';ili(>ii (•ijidiiilc ou .iiiciiiii- do sa diviriilé, tant lot par l'éliiiiirialioii docéli(iue ou iiioriopli\ silique de son liurnanilé, latilùt par la s«''paration neslorienne des d(!ux faces de son essence.

LA QUERELLE DE (( La VIE DE JESUS » 113

mais la rcvélalion ordinaire de Dieu dans rhumanité et dans la nature continua à être considérée comme inférieure à la révélation extraordinaire par le miracle : le Dieu caché continua à paraître plus grand que le Dieu qui se manifeste dans Tunivers.

Mais les progrès des sciences naturelles et historiques font découvrir partout Tordre, la règle, la raison, la chaîne des causes et des effets. Dès lors commence la lutte entre l'Eglise qui persiste à soutenir la transcendance, et la science ou la philosophie qui se décident à affirmer l'immanence. Le déisme réduit d'abord le monde vivant et peuplé de lau-delà à la solitude vide et morte de l'Être suprême; le matérialisme nie l'un des deux mondes, le monde idéal; l'idéalisme inversement sacrifie le corps à la conscience. Le spinozisme affirme l'unité du réel et de l'idéal et le caractère divin de la nature et de l'humanité ; ce système peut être plus ou moins modifié : il l'a été par exemple par ScheUing et par Hegel, mais il est au fond de la philosojthie moderne (i).

C'est au nom du panthéisme de la philosophie moderne que Strauss répond aux objections que lui avaient adressées les rédacteurs de la Gazette de l Église évangéliqiie. Ces hommes influents soutenaient qu'il fallait admettre outre l'action permanente et générale de Dieu dans le monde,

(1) Friedliche Blaller, Vorwort, pp. xv !^-iq. Strauss soutient que le panthéisme n'est pas la négation du christianisme : on ne fait que développer logiquement le principe chrétien en étendant à toute l'humanité et à toute la nature l'incarnation localisée en Jésus. La philosophie moderne achève plutôt ([u'elle ne réfute le christianisme. — Mais, pour pouvoir considérer le panthéisme comme l'héritier légitime du christianisme, il faut admettre que l'incarnation unique peut se généraliser jusqu'à diviniser, sous le nom d'immanence, tout le règne du diable. En outre, ce paradoxe, comme tous les paradoxes hégéliens, est une arme à double tranchant ; ici dans les Feuilles pacifiques, le panthéisme respecte encore le christianisme; bientôt dans la Dogmatique, l'héritier du trône va renverser le vieux souverain.

Lévy. — Strauss 8

114 DAViD-i iti:i)i:iiK: stuauss

une aclioii cxce|)li<)nnelk' «'l pailiculiiTc. Strauss montre ijii'il faut choisir iMilre une rcvclation coiistanlo et une r»'vrlalion spéciale : il proleslc coiilrc le |)ri\il('g(' exclusif accorde aux juifs et aux ciwéticus. Le |)asleur Lange, de Duisburg, avait essayé de justilier ce monopole rcdigieux par une philosophie de l'hisloire (i). Il avait dcmantlé :

« Si Dieu a doué le peuple grec de lidée de beauté, s'il l'a pour ainsi dire (2; béni en lui donnant le génie de l'art, fallait-il, pour cette raison, accorder aussi aux Scythes ce bienfait? Or, si nous admettons que les (Jrecs ont eu seuls la révélation du beau, jiourquoi ne pas admettre que la race d'Abraham a eu seule la foi en iJieu ? » Strauss souligne toutes les équivoques de ce sophisme ; il veut bien accorder (jue le jx'uple Israélite — (pourquoi dire encfU'e Abraham pour les Hébreux, puisqu'on ne dit plus llellen pour les Cirées ?j — a été singulièrement doué au point de vue religieux comme le peuple grec au point de vue artisticjuc : mais il n'admet pas plus de révélation, au sens rigoureux du mot, dans un cas que dans lauti-e. Grecs ou barbares, juifs ou gentils, chrétiens ou païens, tous les peuples manifestent Dieu à leur manière; avec plus ou moins de pureté, avec plus ou moins de force, ils rétlèteut une face de l'Essence divine de l'univers.

Arrivé à ce point, Strauss lient à définir son altitude à l'égard de Hegel et des hégéliens. Il a été obligé dinsister sur le coté révolutionnaire du système ; il s'était autorisé de Hegel d'abord j)0ur ruiner l'historicité des Évangiles;

(1) Cf. Evangelische Kirchcnzeilung, 18:Sti, juillet, j»!». m sqq. Strauss, Slreitschriften, III Heft, pp. 46 sqq.

(2) Strauss f-e moque du style à la fois pastoral et hérétique de Lange. Il sourit de ce Jéhovah qui élit, pour ainsi dire, uu i)euple parmi les gentils: il raille cette pseudo-bénédiclion chrétienne des jiaïens. — On no peut s'empêcher, en lisant ce parallèle de la révélation juive et de la révélation grecque, de songer à ce <iue Henan dira des deux (ou trois) histoires providcnliellps. Cf., par exemple, préface de \ Histoire du peuple d'Israël, t. I, p. v.

puis pour souteuir le droit de l'individu à examiner toutes les traditions religieuses, morales ou nationales, enfin pour opposer l'idée de progrès et l'idée d'immanence à ceux qui défendaient la fidélité au passé, la stabilité et la révélation particulière. Dans quelle mesure l'auteur de la Vie de Jésus et des Ecrits polémiques a-t-il encore le droit de se réclamer de Hegel ? Telle est la question que Strauss se pose dans sa réponse aux objections de la revue hégélienne : les Annales de critique scientifique.

Il expose d'abord ia genèse de son œuvre ; il montre comment l'idée lui en est venue en étudiant Hegel. Il avait accepté la distinction entre le contenu et la forme de la religion, entre le concept et la représentation ; mais il s'était demandé bientôt si l'histoire évangélique faisait partie du contenu ou de la forme, et il n'avait trouvé ni chez' les maîtres ni chez les disciples (comme Marheineke ou Gôschel) de réponse satisfaisante. Il avait songé alors à compléter le système sur ce point particulier. La Vie de Jésus était donc bien une œuvre d'origine hégélienne ii) ; et cependant les hégéliens n'ont pas entièrement tort en la reniant. Hegel, personnellement, n'aimait pas la critique historique ; il regrettait, comme Gœthe, de voir attaquer les figures héro'iques de l'antiquité ; il en voulait à Niebuhr de lui avoir ravi ses illusions classiques. Mais, abstraction faite de la personnalité du philosophe, il est vrai aussi que le système de Hegel est autant un sys-

(1; Le plan de la Vie de Jésus était déjà arrêté quand Strauss connut les conférences de Schleiermacher ; ces conférences n'ont eu sur l'œuvre de 1835 qu'une influence négative. Schleiermacher partait, en effet, de la conscience chrétienne pour reconstituer le personnage de Jésus; Strauss n'admettait pas ce postulat. Schleiermacher donnait toujours la préférence au texte du quatrième Évangile; Strauss ne croyait pas qu'il fût permis d'être aussi partial. Schleiermacher, dans son interprétation de la transfiguration, de la résurrection, etc., se rapprochait souvent du rationalisme de Paulus, Strauss cherchait à s'en éloigner, etc.

lir, DAVID-KRLDLHIC STRAUSS

lî'ine (le rcslaiir.ilion (lu'iin syslriuc »le révolulioi'i ; il liciil aulaiil (Ir la philosophie roinanlitjue de Schollin^ (pic delà philosophie crilitjue de Kanl ou de Ficlile. Il y a, cependant, entre le système de Hegel et celui de Schelling, une dilTérence essentielle : c'est que Hegel soumet tout h la critique. La Phénoménologie part de la cerlilude sensible pour s'élever à des formes de connaissance supérieures : mais Hegel ne conclut pas : « Nous voilà, apr('s de longs détours, revenus au point de (li''j)art » ; il ne prétend pas que la certitude sensible contenait déjà toute la richesse spirituelle. De même en théologie, on part de la croyance historique pour s'élever à des formes de foi plus hautes : pourquoi conclurait-on que l'histoire évangélicjue contient la vérité absolue? L'orthodoxie est le point de dépari, non le lei'me de l'évolution. Ainsi, ce cpie Strauss avait voulu faire au juste, c'était une phénoménologie de la ivligion.

CONCLUSION DE LA QUERELLE i^AFFAlKE DE ZURICH

Pour le grand public, Strauss était et restait l'auteur de la premi(''re I7e de Jésus, c'est-à-dire une des incarnations de l'Antéchrist; toutes les concessions, toutes les interprétations n'y pouvaient plus rien changer. La Faculté de théologie de Zurich considéra, selon les termes du rajtport d'Alexandre Schweizer, que l'œuvre de Strauss conservait le caractère d'une déclaration de guerre à la foi de l'Kglise, en particulier de l'Église prolestante; Hitzig seul vola pour Strauss. \u Conseil d'éducation, il est vrai, Strauss, soutenu par le vaillant philologue Orelli, eut sept voix contre sept, et la voix du président Hiizel décida en sa faveur. Mais il fallait compter avec les passions du dehors. Les réformes scolaires, politiques et sociales, (|ue venait d'entreprendre le gouvernement démocratique clu canton

LA QUERELI.F: de « LA VIE DE JESUS » 117

de Zurich, avaient coalisé conlre lui l'arislocratie conservatrice de la ville, les fabricants, le clergé et les paysans. L'inslruclion obligatoire, en particulier, indignait les industriels (i), parce qu'elle restreignait la « liberté du travail » des enfants. Tous les opposants se groupèrent en un parti « antistraussard ». Il y eut un premier débat au Grand Conseil, mais, malgré Fintervention de Bluntschli (2), la majorité soutint d'abord le gouvernement, et Strauss fut nommé le 2 février 1889.

L'opposition commença alors l'agitation daus le pays; elle fut dirigée par un « Comité de la foi », qui avait à sa tête l'industriel Hûrlimann, un pauvre homme qui, ne pouvant plus exploiter les enfants de son canton, était obligé d'en importer du canton voisin. Les appels au peuple de Hirzel (.3), du Grand Conseil, de Paulus en faveur de Strauss n'eurent pas d'effet. Le gouvernement prit peur et ajourna l'entrée en fonctions du dangereux professeur. Le Comité de la foi demanda qu'on annulât la nomination scandaleuse et qu'on livrât tout l'enseignement au clergé; une pétition se couvrit de 4o.ooo signatures. De plus en plus effrayé, le gouvernement proposa de mettre Strauss à la retraite, et le Grand Conseil adhéra, à une majorité écrasante, à ce sacrifice héroïque. Au Conseil d'éducation, Orelli lui-même céda, en prononçant des paroles amères (4)-

(1) Ces champions du Christ faisaient travailler, la nuit, des enfants au-dessous de neuf ans; on interdit le travail de nuit; mais on continua à permettre le travail de jour des enfants au-dessus de douze ans parfois jusqu'à quatorze heures par jour. Cf. Zie- GLER, Slrauss, I, p. 294.

2) Bluntschli fut conservateur à Zurich, avant de devenir chef libéral en pays de Bade; inversement, son adversaire, le docteur Keller, chef des radicaux de Zurich, devint député conservateur en Prusse.

(3) Dans l'appel du bourgmestre Hirzel à ses concitoyens et à ses concitoyennes, il y avait une phrase malheureuse,, où il était fait allusion à la beauté du jeune étranger; inutile de dire le parti qu'on en tira contre Strauss.

(4) « Vous avez une fois de plus immolé un liérétique; prenez

lis nWlD-FREDKRIC STRAUSS

Le sacrifiro do Strauss ne fil nalurellemenl qu'ex-ciler Tappétil des «anlislraussards» qui s'en prirenl au direcleur Scherr, un autre « Souabe n impie. 11 y cul une émeute Iragicomique (i) le 5 septembre, et les conservateurs anivèrent au pouvoir. La croisade contre les ennemis de la foi et pour la libre ex[)loitalion dt^'s enfants chr<''licns avait abouti.

Pour Strauss lui-mt^me, la leçon était dure ; malgré toute sa bonne volonté, il était trop hérétique même pour la Suisse républicaine ; il n'était décidément pas si facile de concilier la tradition et le progrès, la toi et la science ! Strauss i-elira, dans la (pialrième édition de sa IVe de Jcsus, toutes les concessions (piil avait faites dans la troisième, et il se mit à rédigera la doctrine de la foi chrétienne dans son développement historique et dans sa hitlc avec la science moderne ».

votre victime, failcs-la rôtir et dovorez-la. » Strauss était mis h ta reliaite avant d'entrer en fonctions, avec l.OdO francs de pension. Maluré l'avis de tous ses ennemis et de rjuelrjues amis, Strauss crut devoir accepter cette rente, quitte à en disposer, à l'occasion, pour de bonnes œuvres; mais il renonça au titre de professeur. Cf. ce qu'il dit à ce sujet : Ziegler, .SVrau.ss, I, pp. 307-312.

(1) .\ un moment donné, tout le monde était en fuite : le gouvernement devant l'émeute, l'émeute devant la troupe, la troupe sur l'ordre du tfouvernement qui défendait de tirer. Cf. Halshatii, Slraui^.t, I, p. 40'.».

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